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Focus Saga : Le journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)

Bridget, 32 ans, célibataire, cherche désespérément l’amour.

Affiche de Le journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)
Affiche de Le journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)

A l’aube de sa trente-deuxième année, Bridget Jones, employée dans une agence publicitaire à Londres, décide de reprendre sa vie en main. Pour ce faire, elle dresse une liste de bonnes résolutions.

  • La première : tenir un journal intime
  • La deuxième : trouver un petit ami voire même l’homme idéal. Pourquoi ne pas s’habiller sexy pour se faire remarquer par Daniel Cleaver, son patron ? Et pas question de sortir avec l’insupportable Mark Darcy, un ami d’enfance ! Celui-ci est l’incarnation de tout ce que Bridget déteste chez un homme. En plus, il fréquente une peste mondaine répondant au doux nom de Natasha.
  • La troisième : perdre du poids
  • La quatrième : arrêter de fumer

Adaptation cinématographique du livre du même nom écrit par Helen Fielding en 1996, Le journal de Bridget Jones est le film de référence du début des années 2000 pour toute trentenaire célibataire. Fidèle à l’œuvre d’origine, on retrouve sur grand écran les phrases courtes et le style télégraphique qui ont contribué à son succès mais aussi cet humour anglais si particulier. Le journal de Bridget Jones ce n’est pas le premier ni le dernier film de célibataire désespérée dans son combat de trouver l’amour et pourtant, il a réussi à tirer son épingle du lot.

Conte de fées des temps modernes, Le journal de Bridget Jones ne cherche pas à mettre en scène la femme parfaite dont personne ne veut, inutilement désespérée. Le film nous montre une femme, une vraie, avec ses défauts, ses vices et ses faiblesses. Bridget fume trop, boit trop et parle sans réfléchir, se ridiculisant constamment auprès de ses interlocuteurs. Dans une société où l’apparence prime, Le journal de Bridget Jones met en avant le visage de la femme lambda, n’hésitant pas même à caricaturer son personnage principal pour le plaisir des spectateurs. Finement, le film démonte les préjugés portés sur les femmes, nous montrant qu’être sexy et belle ne sont pas les seules qualités requises pour séduire la gente masculine. Et Bridget en est le parfait exemple : elle plait malgré elle, sans même en avoir conscience une seconde.

Cette accentuation des défauts au point d’en rendre le protagoniste presque ridicule ne peut que plaire à l’auditoire féminin qui se retrouve dans cette femme à la vie apparemment catastrophique. Car si la vie amoureuse de Bridget semble si chaotique, cette impression n’est que de courte durée : rapidement, elle qui ne plaisait qu’aux hommes aux désirs discutables séduit son patron sans même s’en rendre compte. Cette relation rêvée, apparemment idyllique n’était qu’un mirage : Daniel Cleaver est en fait l’archétype du séducteur méprisable, coureur de jupons, dragueur dans l’âme. Cet échec amoureux n’est que profitable à la londonienne, obligeant cette dernière à dépasser les apparences pour trouver son double.

Le journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)
Le journal de Bridget Jones de Sharon Maguire (2001)

A la sortie du film, la performance de Renée Zellweger a été applaudie, séduisant le spectateur. La texane qui a été jusqu’à prendre dix kilos, en plus de son bel accent londonien, incarne avec légèreté et humour le personnage de Bridget. Ce rôle lui a d’ailleurs valu plusieurs nominations dans la catégorie ‘‘meilleure actrice’’. Bien que le BAFTA, le Golden Globe et l’Oscar lui soient passés sous le nez, l’interprétation de la comédienne n’en reste pas moins convaincante. Si le rôle plait tant, c’est aussi grâce au travail de Richard Curtis, co-scénariste du film, qui a réussi à cerner les personnages imaginés par Helen Fielding, restant dans l’esprit développé par le livre. Cela explique cet attachement des spectateurs envers les personnages et plus particulièrement Bridget, qui est pour les nombreux adeptes de l’œuvre écrite similaire à celle du roman.

Mais l’un des intérêts majeurs du Journal de Bridget Jones, c’est son universalité. Outre le fait que le film est une comédie qui pourrait sembler naïve au premier abord, il véhicule une idée intemporelle : la question de la pression sociale. Derrière son humour british, Sharon Maguire place son spectateur face à un dilemme : faut-il entrer dans les normes pour être heureux ? Le départ de cette course contre la montre pour trouver l’amour est donné dès l’ouverture du film. Que ce soit Bridget se définissant elle-même comme une célibataire endurcie ou ses proches, notamment sa mère, qui cherchent pertinemment à la guider dans sa recherche du prince charmant. Ainsi, bien que la forme puisse paraître candide avec par exemple une bande originale efficace tant elle use de titres populaires tels que It’s raining men, Le journal de Bridget Jones remet en cause ces normes sociales qui font pression sur ces célibataires trentenaires. Car si elles n’étaient pas si présentes, Bridget serait-elle désespérément à la recherche de l’homme de sa vie ?

Le journal de Bridget Jones c’est aussi, comme beaucoup le savent, une adaptation moderne de l’œuvre de Jane Austen : Orgueil et Préjugés. Déjà son écrivain Helen Fielding ne s’en cachait pas mais Sharon Maguire renforce le parallèle. La présence de Colin Firth n’est pas anodine, d’autant plus dans le rôle de Mark Darcy, rôle déjà incarné dans l’adaptation réalisée par la BBC de ce grand classique de la littérature anglaise. La réalisatrice continue les clins d’œil, en particulier avec cette fameuse scène au lac dans laquelle Daniel tombe de sa barque. Cet analogue renforce l’idée d’intemporalité du sujet abordé mais permet aussi de faire rêver le spectateur. Car tout comme pour Bridget, la vie de n’importe qui peut très bien devenir un conte de fées.

Léger, drôle et à la fois intelligent, Le journal de Bridget Jones est un incontournable du cinéma. Tant bien pour se détendre que réfléchir à l’image des célibataires et des femmes que nous renvoie la société, le film traite avec humour du sujet. Comédie réussie, on a beau la trouver un peu idiote et extrêmement maladroite, Bridget n’en reste pas moins touchante.