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Critique : Haman de Tetsuya Okabe

Quand les vagins ont des dents.

Haman affiche

La première fois d’Haruka vire au cauchemar lorsqu’elle tue accidentellement son petit-ami. La jeune fille comprend vite que son vagin est doté de dents, une malédiction qu’elle devra accepter…

Basé sur entre une idée oscillant entre humour glauque et horreur cauchemardesque pour hommes, Haman se détache doucement de ces idées préconçues pour donner le beau rôle non pas aux dents du vagin de son héroïne mais à ses doutes et complexes. Il y a bien quelques tonalités d’humour grinçant qui apparaissent de ci de là, tout comme le réalisateur assume le comique de son propos, mais l’œuvre relève majoritairement du drame intimiste. L’important est ici les ressentis de la jeune Haruka qui n’a personne à qui parler de cette caractéristique inhabituelle.

Haman est un premier long-métrage autoproduit avec une équipe de bénévoles, tourné en 11 jours, ce qui est assez admirable pour être signalé, s’inscrivant dans la lignée des films sans budget qui réussissent à avoir une belle carrière en festival. Cette absence de budget se fait parfois ressentir mais cela n’est pas gênant et n’altère en rien au film compte tenu qu’il se base essentiellement sur l’intériorité du personnage et non pas ses prouesses visuelles, assumant un certain naturalisme à l’image, parfois brisé par des envolés musicales réussies ou à contrario, des effets de mise en scène un peu kitsch et enfonçant les clichés qui ne parviennent pas à être systématiquement évités. En revanche, l’œuvre souffre du manque d’aboutissement de son idée. L’héroïne tourne souvent en rond et quelques lourdeurs viennent s’installer, comme une scène particulièrement difficile qui passe à côté de son but initial et, apparaît comme provocatrice et gratuite. La volonté du réalisateur se veut portée par Eros et Thanatos mais reste bien trop timide et peu passionnelle, préférant la pudeur là où un peu de viscélarité aurait été de mise, laissant le film s’enliser.

Extrait de Haman
Extrait de Haman

Toutes les questions, tous les thèmes naissants dans l’angle choisi ne sont pas abordés, si les complexes d’Haruka, sa relation par rapport à son corps et son appréhension des relations amoureuses à venir, par crainte de devoir révéler son secret, restent bien présents, leur traitement est regrettablement superficiel. C’est dans ce lent manège à rallonge que Nonoka Baba s’impose cependant comme une révélation, avec son visage toujours très expressif. Haman connaît également de rapides mais sublimes fulgurances, des scènes qui sonnent soudainement très justes, avec un regard intéressant et sensible posé sur la famille et notamment la gêne d’une adolescente en proie avec sa sexualité ignorée au sein de cette famille, captant au passage des situations et hésitations propres à l’adolescence. Si le réalisateur peine à imposer la passion et les sentiments exacerbés intériorisés, il démontre un certain talent dans les cercles restreints et relations aux autres : on retrouve cette qualité dans la relation qu’entretien Haruka avec Yusuke, un jeune homme rencontré au court du film. Si leurs liens apparaissent comme étant très amenés par le scénario et assez prévisibles, leur alchimie est telle qu’on se surprend à espérer pour le jeune couple. Bien que l’intériorité de Haruka ne se fasse pas assez ressentir, on passe au-delà du défaut lorsqu’il s’agit de ressentir sa frustration sexuelle et la tension qui en découle, contagieuse pour le spectateur.

Extrait de Haman
Extrait de Haman

Haman est un premier film trop hésitant, peu abouti, souvent maladroit et s’encombrant de lourdeurs, il aurait fallu, pour la durée du film, que les thèmes soient abordés avec plus de profondeur. Haman connaît aussi quelques fulgurances, si les errances d’Haruka en tenue d’écolière faisant face à ses sentiments ne sont en rien exceptionnelles et ennuient rapidement, ses quelques scènes en pyjama lors desquelles l’adolescente tente de cacher son malaise en famille se distinguent. La réflexion sur un sujet très vaste et ses thèmes en découlant n’est pas assez poussée et s’encombrent de clichés parfois très embarrassants mais Tetsuya Okabe, dont la sincérité n’est pas à douter, sera peut-être capable de nous offrir un travail d’une qualité supérieure par la suite puisqu’en débit de sa timidité et de ses maladresses, Haman est doté de discrètes qualités un certain point de vue, à approfondir.