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Interview : Arthur de Pins et Alexis Ducord (Zombillenium)

Rencontre avec les papas de Zombillenium

Lors du dernier Festival d’Annecy, nous avons pu rencontrer Arthur de Pins et Alexis Ducord les réalisateurs du film Zombillenium. Le producteur Henri Magalon s’est joint à nous lors de cet entretien.

C’est difficile d’être en compétition et en ouverture d’un festival?

Arthur de Pins : En même temps on n’a rien demandé (rire). En compétition, on le savait plus ou moins puisque ça fait longtemps qu’on vient parler du film à Annecy. En ouverture par contre, j’étais un peu étonné.

Alexis Ducord : C’est pas plus compliqué qu’autre chose.

Henri Magalon : L’ouverture s’est très bien passée, on a eu des échos des officiels. Mais nous ce qu’on veut c’est rencontrer le public donc on espère que ça va bien prendre. Le buzz est bon. Ça aurait pu être le danger. Les officiels auraient pu ne pais aimer mais la hype existe donc c’est bon.

C’est quoi la cible du film?

Alexis : On l’a écrit en tant que film universel. On ne s’est pas posé de question de cible tout le long.

Henri : Moi je leur en ai posé !

Arthur : La BD parait dans Spirou alors comme on n’a pas changé grand chose, ça doit être l’équivalent du lectorat. C’est tout public mais c’est surtout 8-12 ans il me semble. Mais même pour la BD, je ne me suis jamais posé la question et là non plus.

Henri : Par rapport à Fluide Glacial, t’as compris que c’était pas le même lectorat.

Arthur : Non c’est sûr, le film est un peu plus restreint. Que ce soit  dans le fond ou dans la forme, on a décidé de raconter ce qu’on voulait sans se poser la question. Comme dit Henri, c’est vain de calculer ce que va être la cible. Henri a d’ailleurs beaucoup d’exemples de gens qui se sont trompés parce qu’il s’étaient posés la question.

Henri : C’est génial que tu répondes ça car ça veut dire que j’ai super bien fait mon boulot. J’étais super vigilant sur la cible sans imposer quoique ce soit. On a eu plein de discussions sur comment les personnages s’animent dans le film etc. La cible c’est 6-12 ans. Et il y a un deuxième niveau de lecture qui fait que les parents qui accompagnent nécessairement leurs enfants dans les salles vont passer 1h30 où ils s’amusent. Ils sortent de là en n’ayant pas juste sacrifié du temps pour leurs enfants comme ça arrive parfois. En tant que producteurs, mes discussions pour monter le financement du film c’est un gros budget pour nous. On a eu 13,4 millions pour le faire. C’est pas un énorme budget comme les américains alors qu’on vise un divertissement à leur hauteur. Et j’ai eu beaucoup d’interlocuteurs qui m’ont posé la question de la cible en me disant : « c’est pour ados, c’est pour ados ! ». En fait, on n’a pas forcément sur le travail artistique mais en résonnant, on a fait très gaffe en ne faisant pas un film « pour ados ». Et sachant qu’on n’aurait pas su quoi faire pour un film que pour ados. Il y en a qui s’y sont tenté et ça a foiré à chaque fois. On a fait un film qui n’est pas du tout pour eux en fait. Je pense que les ados, quand on fait un truc pour eux c’est la raison pour laquelle ils ne viennent pas. Eux ils font ce qu’ils veulent, ils sont sur Intagram, Facebook, ils téléchargent des films. Quand on essaye de leur dire c’est pour toi, ils te répondent qu’ils ne sont pas là où on les attend. Et en même temps, y a des ados qui l’ont vu et qui l’adorent. Il y a une sorcière dans le film avec un skateboard, des tatouages, elle est en conflit avec son père, il lui retire ses pouvoirs… C’est plein de problématiques auxquelles les ados peuvent s’identifier. Mais c’est un film familial. Il fallait que je formule les choses pour convaincre mes clients. Donc ce que j’ai dit c’est que c’était le premier film pour enfants avec des zombies. Parce que les zombies  c’est interdit aux enfants. Et cette fois-ci ils peuvent voir des zombies à nous qui ne sont pas ceux de The Walking Dead.

La mode actuellement c’est de mettre des youtubeurs pour le doublage des films d’animation pour attirer du public plus jeunes. Ce n’est pas le cas ici.

Arthur : Non en effet c’est clair qu’on n’a pas fait ça. On a été clairs tous les trois sur ce sujet. Pas de youtubeur ou même d’acteur connus. 

Henri : On en a parlé des youtubeurs. Ils ont même des attachés de presse dédiés à ça.

Moi l’expérience que j’ai eu c’est que les BD passent dans Spirou et à un moment il y a eu des sélections pour le festival BD d’Angoulême. Arthur a été sélectionné en jeunesse et il comprenait pas. Pour moi c’était génial pour convaincre mes clients. J’ai même dit à Arthur que c’est génial car c’est des enfants qui votent. Il faut dans la communication qu’on rassure les familles et qu’on ne prennent pas les enfants pour des idiots. La presse nous aide. C’est un film qui porte des valeurs éthiques très fortes. Il y a des notions de peur mais ce n’est pas gratuit. Il n’y a pas d’ambiguïté et je trouve ça super.

En ce moment dans le cinéma d’animation et jeunesse, on parle beaucoup de la perte d’un parent. Pourquoi ce thème récurrent?

Alexis : C’est un ressort pratique et dramatique pour un scénario mais dans Zombillenium ça a beaucoup de sens puisqu’elle perd son père et il devient un zombie. On est obligé de passer par la case meurtre ou décès. Au moment de l’écriture c’était un sujet marrant. Comment tuer le héros de ton film dans les cinq premières minutes tout en voulant qu’on s’attache à lui et le faire tuer par un autre personnage qui n’est pas méchant et auquel on s’attache. Le tout sans que ce soit dramatique. C’était un des moments les plus compliqué mais c’est drôle.

Arthur : On s’est beaucoup posé de questions sur la mort. Pas tant sur le deuil ou l’absence d’un parent. Le père se retrouve dans le parc contre sa volonté. Enfin, il y est pour quelque chose puisqu’il cherche la merde mais il se retrouve prisonnier et il devient un monstre. C’est un schéma classique en fait. Mais ce n’est pas tant sur la mort en soit. D’ailleurs est ce qu’on peut parler de mort alors que finalement la vie continue pour lui.

Henri : La bonne nouvelle dans Zombillenium c’est quand on est mort, on a un super job dans un parc d’attractions (rire). C’est, personnellement, une bonne nouvelle. Je signe tout de suite si on me garantit ça.

Arthur : Ça veut aussi dire que, quand on est mort, on a les mêmes problèmes que lorsqu’on est vivant. On continue à travailler, on a les mêmes emmerdes que quand on est en vie. Mais oui ce lien est très fort entre la petite Lucie et son papa. Lucie n’existe pas dans la BD. Hector est aussi un personnage créé pour le film. Il fallait qu’il ait un lien pour le relier au monde des vivants.  Sinon il serait comme Aurélien, le héros de la BD qui lui est un peu plus passif et se laisse porter par les événements. Là le fait de faire un papa en fait un personnage plus intéressant.

Pourquoi avoir décidé de faire une histoire originale par rapport à la BD?

Arthur : Pour plein de raisons. Dans la BD, le tome 1 fait 44 planches, ce qui, en film, ferait 20 minutes. C’était pas intéressant de raconter la même histoire. Elle existe déjà en BD, pourquoi faire la même en film ? On a conservé l’univers, les personnages principaux, sauf le héros, et on est parti complètement de zéro pour une histoire où on devait tirer a profit du meilleur de l’univers pour raconter quelque chose pour que les gens sortent de la salle en se disant « on m’a raconté une belle histoire ».

Les nouveaux personnages du film vont apparaître dans la BD plus tard?

Arthur : Tout à fait. J’y compte bien. Pas tous évidemment mais il y en a deux que je vais faire ressurgir. Un je n’aurai pas trop le choix de toute façon. Il faut que les deux puissent coexister.