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Interview d’Adèle Haenel (La Fille Inconnue)

Rencontre avec la coqueluche du cinéma français

 
C’est à l’occasion de la présentation de La Fille Inconnue en ouverture du dernier FIFF que nous avons rencontré son interprète principale, Adèle Haenel. Depuis La Naissance d’une pieuvre, elle ne fait que monter et ses choix ne font que confirmer ça d’années en années.
 
Quand vous avez reçu le scénario, qu’avez-vous pensé ?
 
J’était hyper contente de l’opportunité de travailler avec les frères. Il n’y a pas beaucoup de réalisateurs comme eux dans le cinéma francophone et même européen.
 
Que représentait leur cinéma pour vous ?
 
En fait, je n’ai pas eu envie de tourner avec eux. Je ne pensais juste pas que c’était possible. Je n’en ai pas eu le désir alors, quand ça arrive, ça tombe d’un coup. C’est quand même incroyable. J’ai grandi avec leur cinéma, j’ai vu beaucoup de leurs films. Ils sont très précis dans ce qu’ils font, dans ce qu’ils regardent. J’aime bien. C’est un peu bateau comme réponse.
 
Comment avez-vous construit votre personnage ? Vous vous sentiez proche ?
 
J’ai l’impression qu’on le construit à base d’idées comme axe directeur. Pour moi, le film parle d’un réveil. C’est quelqu’un qui pense avoir défini qui il était et dont tout est bouleversé par la disparition de cette jeune femme. La vie va passer à travers elle. C’est ça l’axe principal. Il y a aussi un aspect d’écoute. L’autre chose c’est de laisser la place aux autres. Ce sont les autres qui sont vraiment importants. 
Extrait La fille inconnue de Luc et Jean-Pierre Dardenne (2016)
Extrait de La fille inconnue de Luc et Jean-Pierre Dardenne (2016)
Le personnage a-t-il évolué par un apport de votre part ?
 
J’imagine oui. Après je ne saurais pas dire parce que c’est un mélange. C’est pas comme un contrat de mariage où on peut dire « ça c’est mon armoire, ça c’est la tienne. » Il y a certainement des choses de moi dans le personnage oui.
 
Le fait de répéter avant le tournage comme ça avant le tournage, c’est quelque chose que vous aviez déjà fait ?
 
Jamais comme ça. Ce n’est pas juste une question de répéter beaucoup. C’est aussi la façon dont ils répètent. Ils le font de façon très organisée. Ils répètent toutes les scènes en fait. Pour comprendre les mouvements de caméras et des choses comme ça. On répète toutes les scènes. 
 
Ca ne donne pas l’impression de tourner deux fois ?
 
Non. Ca n’a rien à voir. La pression que t’as quand tu fais un film, ça n’a rien à voir avec une pression de répétition. Ca ne donne pas l’impression de tourner deux fois.
Luc Dardenne, Adèle Haenel et Jean-Pierre Dardenne lors de la présentation de La Fille Inconnue au 69ème festival de Cannes
Luc Dardenne, Adèle Haenel et Jean-Pierre Dardenne lors de la présentation de La Fille inconnue au 69ème festival de Cannes
Ca t’apporte quelque chose ?
 
Ca permet de rencontrer les autres acteurs. C’est important. Quand t’arrives sur le tournage, t’as une pression énorme. Si t’as peu de jours de tournage et que tu ne connais personne, les répétitions désamorcent ça par la rencontre. 
 
Qu’est-ce qui vous motive pour faire un film ?
 
Une idée, un scénario. Quand tu lis un scénario, tu sens s’il y a quelque chose ou pas. Je pense à l’importance de la forme dans un film. Il y a des films qui sont enchâssés, où les idées prennent une forme préconçue. La plasticité des idées a déjà été vue. Ca c’est un scénario lourd. Je le vois comme une question de liquidité des choses. Il y a des films qui sont libres dans leur forme. C’est une question souterraine. Un film peut être actuel sans parler de sujets de société de par son cadre ou autre. Je n’aime pas trop les films qui disent « ça c’est le cinéma éternel. »
 
Que vous fait le fait que votre rencontre avec les frères ait débloqué un vieux projet ?
 
Je ne sais pas trop. C’est marrant. C’est un peu abusé. Surtout que je ne suis pas à la recherche de ça. J’ai de la chance.