BIFFF 2014, Interviews

Interview de Gareth Evans « Nous ne savions pas que Mad Dog deviendrait si emblématique après The Raid »

Vendredi dernier, nous avions rendez-vous pour une interview via skype avec Gareth Evans, le réalisateur du surprenant The Raid et de sa suite qui n’est rien de moins qu’un petit bijou en la matière, probablement un des meilleurs films d’action jamais réalisé.

Gareth Evans
Gareth Evans

The Raid 2 aurait du être le premier film. L’aviez-vous imaginé comme un one-shot ou comme une possible trilogie ?

La version originale de Berandal je l’ai imaginée juste après Merantau (son premier film NDLR). Je voulais le faire juste après. On a passé presque 2 ans à chercher à le financer et, après tout ce temps, on s’est dit qu’il fallait faire quelque chose rapidement. The Raid était en sorte un projet de secours. Je ne voulais pas faire une version de Berandal qui aurait été bon marché. Je savais que j’aurais besoin de beaucoup d’argent pour le faire. The Raid est donc devenu la priorité et pendant que je développais The Raid, je ne pouvais pas m’empêcher de penser à Berandal. Un des problèmes c’est toujours la motivation pour créer des personnages. Dans le script original, le personnage principal (Rama NDLR) était juste une personne normale qui se fourre dans une mauvaise situation. Le fait qu’il soit un policier a résolu tous les problèmes de motivation. Cela expliquait tout. C’est son job, son devoir, il doit rester là-bas. Quand j’ai réalisé ça, j’ai compris que ça pouvait devenir la suite à ce que j’étais en train de développer sur le moment. C’est à ce moment là que Berandal est devenu la suite de The Raid. Et j’ai fait ce que j’aime bien avec les suites, le fait que l’univers soit plus étendu, les personnages plus développés,… Il n’y a rien de pire pour moi qu’une suite qui ait à peu près la même idée que le premier.

Corrigez-moi si je me trompe mais il me semble que vous avez annoncé un troisième épisode et ce avant même que le deuxième ne sorte. Avez-vous déjà un synopsis ou est-ce toujours en développement ?

Oui j’ai une idée pour ça. Dans ma tête. Je sais déjà plus ou moins ce vers quoi je veux emmener l’histoire mais rien n’est écrit pour le moment. Il y aura un grand écart par rapport aux deux premiers. Le deuxième est très différent du premier et le troisième sera très différent des deux premiers également. Ca sera très amusant de faire ça mais je ne prévois encore rien avant 2 ou 3 ans. J’ai d’autres projets que j’aimerais développer avant ça. J’aimerais retourner à The Raid 3, parce que mes prochains films n’auront aucun rapport avec les arts martiaux, avec des idées fraiches et une approche fraiche afin de pouvoir se dire « qu’est-ce qu’on peut faire de différent, de mieux, de nouveau, comment peut-on étendre encore cet univers et l’utilisation des arts martiaux».

Une des différences qu’il y a entre The Raid et The Raid 2 c’est le drame. Le premier était assez simple à ce niveau. N’aviez-vous pas peur de réaliser un film trop long et trop complexe ?

Pour moi, tout ce que j’essaie de faire, et ça va sembler égoïste et complaisant, et ça l’est totalement (en riant) mais tout ce que je fais, ce sont des choses que moi-même j’aimerais voir à l’écran. Et je ne peux jamais en profiter, je dois travailler pour y arriver (toujours en riant). Pour la suite, je savais que je voulais étendre l’univers, je ne pouvais pas faire un copier/coller du précédant opus parce qu’en tant que réalisateur, je ne veux pas refaire quelque chose que j’ai déjà fait. Je veux faire quelque chose de différent, de nouveau, quelque chose qui va me mettre au défi. On apprend quelque chose de chaque film qu’on fait, les choses qu’on fait bien, celles qu’on fait mal,… C’est une opportunité d’étendre, pas seulement l’univers mais aussi mon style en tant que réalisateur aussi. Je n’ai encore fait que 3 ou 4 films donc je suis toujours en train d’apprendre qui je suis en tant que réalisateur. Quels thèmes j’aimerais explorer, quel style de montage j’ai,… C’était donc une opportunité d’explorer tout ça y compris l’action dans le film.

Extrait de The Raid de Gareth Evans (2010)
Extrait de The Raid de Gareth Evans (2011)

Le premier film était quasiment monochrome. Le second est beaucoup plus coloré. Est-ce un effet voulu ?

Oui. Dans le premier, on a tourné en HD avec des caméras bon marché, de très bonnes caméras mais des caméras bon marché quand même tandis que pour le second film, on a tourné en RED et en cinémascope. C’est une des ces choses que, quand tu vois les images tournées en cinémascope sur le moniteur avec la composition d’image, tu ne peux pas rendre tout ça plus cinématographique d’une certaine manière et, de nouveau, tout se rapporte à l’histoire. Dans le premier, tout est une question d’être enfermé dans cet immeuble et d’être un peu à la merci de ces gangsters de bas étages. Dans la suite, on rencontre des personnes de plusieurs niveaux de vie. Il y a des petits grangsters dans la prison et puis une fois qu’on en sort et qu’on rencontre les gangsters importants, ceux qui ont affaire à la police, on est plus dans la haute société. C’est pour ça qu’on a voulu jouer avec les couleurs. Il y a un aspect chromé, propre pour les bureaux de Bangun et Goto, le restaurant de Bejo est plutôt rouge. C’était donc une opportunité de jouer avec les couleurs. D’attribuer une couleur à un personnage ou une « classe sociale ». Cela a créé quelque chose de plus intéressant visuellement.

Comment avez-vous imaginé les chorégraphies (de combats) ?

C’était une expérience complètement folle. Ca va sembler étrange mais on avait imaginé 90% des chorégraphies avant The Raid. C’était bizarre. On a commencé à les imaginer en 2010, avant la préparation de The Raid. On avait donc pas mal de scènes déjà préparées. Le ton de ces scènes a été défini en fonction du taux de violence qu’il y avait dans The Raid. Il fallait donc que ça corresponde à ce qui avait été fait précédemment, que ce soit en terme d’atmosphère ou de ton. C’était quelque chose de libérateur de pouvoir emmener les scènes d’action en dehors du building. C’était du genre « ok, je veux faire une scène dans un métro, on peut le faire. Je veux faire une course-poursuite, on peut le faire, une rébellion dans une prison, on peut le faire. » Ca nous a ouvert et permis d’explorer de nouvelles choses, au niveau des couleurs comme dit précédemment, des lieux de tournages mais aussi de nouvelles approches pour filmer les séquences de combats. Pour les scènes de rébellion dans la prison et la course-poursuite je voulais qu’on ait l’impression que la caméra flottait à travers l’action. On a cherché les différentes techniques qu’on pouvait utiliser pour faire des plans séquences également.

Yaya Ruhian jouait Mad Dog dans The Raid. Il joue Prakoso dans The Raid 2. Pourquoi l’avez-vous fait revenir avec un personnage différent ?

Pour deux raisons. La première c’est que j’adore le regarder à l’écran. Il donne tellement en terme de performance et pas seulement au niveau des arts partiaux mais aussi au niveau dramatique. Il a une classe naturelle qui fait que j’adore le regarder. La deuxième raison est que, parce que The Raid 2 a été écrit avant The Raid, Prakoso a toujours été prévu comme étant son rôle. Tous les travaux qu’on a fait en production concernant le personnage ont été fait en se basant sur Yaya. Certaines personnes sont gênées par le fait qu’il joue deux personnages différents dans les deux films mais nous ne savions pas que Mad Dog deviendrait si emblématique après le premier film. Certains vous onc s’en plaindre mais d’autres vont aimer le fait de revoir cet acteur faisant de superbes scènes d’action avec un nouveau rôle. Dans le film, et là je vous conseille de mettre des crochets spoilers, l’idée de l’assassin comme étant le nouvel adversaire d’Iko (Rama), c’est un peu l’idée symbolique d’avoir l’assassin tuant l’acteur qui joue Mad Dog dans le premier film. C’est une manière de dire que l’assassin est le Mad Dog de ce film. C’est une manière d’avoir une symbolique entre ces deux films.

Allez-vous le faire revenir pour le troisième épisode ?

On doit toujours en débattre. Je ne sais pas, deux fois est peut-être déjà assez et une troisième serait peut-être de trop mais on verra ce qui se passera lors de l’écriture du scénario et si un personnage correspond à Yaya.

Extrait de Merantau de Gareth Evans (2008)
Extrait de Merantau de Gareth Evans (2009)

Le surnom d’Iko Uwais dans le film (Rama) est Yuda. C’est aussi le nom de son personnage dans Merantau. Voulez-vous faire des clins d’oeils à vos précédents films dans vos prochains ?

Yeah. Il y a quelques clins d’oeils. Ce ne sont pas des choses importantes mais ce sont des choses qu’on s’amuse à faire. Dans Merantau, le nom Yuda est aussi un nom repris dans The Raid 2. Il y a aussi une boite en métal utilisée dans The Raid 2 qui est la même que celle utilisée par les enfants dans Merantau. Ce sont tous des petits clins de yeux visuels entre les 3 films. Dans le premier film, quand on introduit le boss, Mad Dog et Andi, quand ils sont assis à table avant que le boss ne commence à abattre les 5 gars, on a décidé de faire une copie de ce plan. Rama se déshabille dans le bureau de Bangun. Il y a Bangun au milieu, son fils à côté de lui et de l’autre côté il y a Eka. Derrière eux, il y a une peinture. C’est aussi un clin d’œil visuel.

Vous avez dit en début d’interview que vos prochains films ne seront pas des films d’arts martiaux. Quels genres de films seront-ce ?

J’en ai deux en développement en ce moment. Le premier est basé sur une histoire vraie à propos d’un personnage qui serait le cerveau derrière le plus grand casse de l’histoire d’Angleterre. C’est avec Universal et c’est plus centré sur les personnages. C’est une histoire sur un personnage et la manière dont la violence le consume. L’autre c’est celui que je suis en train d’écrire pour le moment pour MRC aux Etats-Unis. Cela s’appellera Blister et c’est plus un thriller d’action avec des gangsters qui se déroulera aux Etats-Unis. Ca ne sera pas avec des arts martiaux. Il y aura des combats mais pas de ce type. L’action est donc toujours présente chez moi mais pas les arts martiaux purs.

Extrait de The Raid 2 Berendal de Gareth Evans (2014)
Extrait de The Raid 2 Berendal de Gareth Evans (2014)

Suite au succès de The Raid et The Raid 2, je suppose que vous avez beaucoup de propositions de la part d’Hollywod. Les acceptez-vous ?

Les deux prochains viennent d’Hollywood bien sur mais ce n’est pas un piège. Encore une fois, ce sont des choses avec lesquelles je suis très prudent parce qu’après The Raid j’ai eu quelques projets mais j’ai été très hésitant avant d’accepter. Je ne l’ai pas fait parce que The Raid 2 était mon absolue priorité. Les deux projets sur lesquels je travaille actuellement sont des projets où j’ai eu la chance de trouver des producteurs qui comprennent ce que je veux faire. Ils sont venus vers moi parce qu’ils veulent aussi me voir grandir en tant que réalisateur. C’est un aspect très existant. Ce n’est pas comme si j’étais rajouté à un épisode d’une franchise qui existe déjà. Je ne voudrais pas travailler pour une franchise qui en est à son troisième ou quatrième épisode. Si je veux bosser pour une franchise, il faut que ça soit sur le premier épisode afin d’être impliqué dans le processus de création. Pour le moment j’ai le sentiment d’avoir les bons projets pour moi. Si quelque chose arrive, je ne vais pas refuser d’office mais je vais m’assurer que c’est la bonne chose à faire et que ça va me permettre de progresser en tant que réalisateur.

Je ne sais pas si c’est vrai mais j’ai lu qu’il y avait un projet de remake de The Raid aux USA. C’est toujours en cours ?

Oui. C’est en préparation pour le moment. Je pense qu’ils vont débuter l’année prochaine. Démarrer la production je veux dire. C’est toujours le début de la préparation pour le moment mais ils ont signé avec Patrick Hugues qui va le réaliser. Il a déjà réalisé Red Hill et vient de terminer Expendables 3. Je crois qu’ils ont choisi la bonne personne pour le travail. Les gens ont souvent un à priori sur les remakes des films « majeurs » déjà sortis mais pour moi, pour The Raid, je vois pourquoi ça peut avoir du sens. Il y a un concept de base à partir duquel tu peux faire ce que tu veux. Tu peux faire n’importe quelle scène d’action que tu veux sans dévier de l’original. Ils peuvent faire des choses différemment de ce que j’ai fait et des choses que je n’aurais probablement pas pu faire. J’ai toujours des espoirs et je suis excité à l’idée de voir le résultat. Quant à mon implication, je reste dans l’ombre.