BIFFF 2014, Interviews

Interview de Patxi Amezcua « Le fait que Ricardo Darin choisisse notre film a été une fierté »

Rencontre avec Patxi Amezcua, réalisateur de The 7th Floor

Patxi Amezcua
Patxi Amezcua

D’où est venue l’idée du film ?

 

L’idée vient d’une petite anecdote personnelle. Le jeu sur lequel est basée l’histoire est un jeu que je faisais avec mes enfants. Je descendais par l’ascenseur et mes enfants descendent par les escaliers. Le premier arrivé en bas gagnait. Un jour, j’étais arrivé en bas en premier parce que l’ascenseur est plus rapide, en attendant je me suis dit « Et si ils disparaissent ? Et si je suis ici et qu’ils ne descendent pas ? » C’est horrible pour un père de perdre ses enfants dans un endroit si familier comme son propre building. Je me suis dit que c’était une idée qui pouvait donner un beau terrain de jeu. Et ces questions, qu’est-ce qui s’est passé, où sont-ils, pourquoi ont-ils disparus, qui l’a fait, m’ont donné l’impression d’être un bon concept de départ pour un film.

J’ai vu que vous aviez écrit le scénario avec quelqu’un.

Oui. Je l’ai écrit avec un scénariste argentin, un ami de longue date. Et on s’est dit qu’on devait collaborer ensemble parce que l’histoire se passait en Argentine et j’avais besoin d’un collaborateur qui connaissait bien les dialogues et la manière de parler parce que tous les personnages sont argentins et  j’avais donc besoin de quelqu’un qui savait tout cela parce que moi ce n’est pas mon cas (il est espagnol NDLR) et je ne sais pas écrire dans le style argentin. Cette collaboration était fondamentale.

Extrait de The 7th Floor de Patxi Amezcua (2014)
Extrait de The 7th Floor de Patxi Amezcua (2014)

The 7th Floor est votre second film. C’était plus facile ou plus difficile que pour le premier ? Parce que j’ai vu que c’était en catalan.

Oui. Ca a été tourné à Barcelone. Il y avait une partie en catalan et une partie en castillan (l’espagnol normal NDLR). C’était une coproduction avec la Catalogne, une productrice catalogne et on devait donc garder une partie des dialogues en catalan. Et c’était compliqué parce que je ne parle pas le catalan. C’était une petite complication mais la grande différence entre mon premier et mon deuxième film c’est que pour le premier, je n’avais pas d’expérience. Je suis scénariste à la base et donc je n’avais pas d’expérience en tant que réalisateur. Ton premier film te confronte à beaucoup de choses qui sont nouvelles et que tu dois résoudre pour la première fois. Pour le deuxième film, tu as déjà l’expérience du premier film. Autre différence c’est que mon deuxième film était plus grand, avait un plus gros budget et beaucoup d’éléments au niveau de la production comme la Fox, Télé Cinco,… Il y avait plus de pression. Et deux acteurs qui sont des stars, tant en Argentine qu’en Espagne. Ricardo comme Belen sont deux acteurs connus avec beaucoup d’expérience ce qui impose le respect.

Vous aimez les défis !

Mon premier film était un film policier avec pas mal d’action, avec plusieurs trames en même temps. Puis le film policier n’est pas un genre si développé en Espagne. L’Espagne est réputée pour ses comédies, ses drames sociaux, ses films d’horreur. J’ai donc fait un thriller avec un budget limité et qui a été tourné à Barcelone et Madrid. Il y a eu pas mal de défis sur le film. Pour celui-ci aussi. J’ai vécu 4 mois à Buenos Aires, dans un autre pays et avec une équipe et un casting qu’on ne connaît pas. Mais bon, tous les films sont des aventures. Mon premier film, 25 Kilates, fût une aventure et celui-ci aussi.

Extrait de 25 Kilates de Patxi Amezcua (2008)
Extrait de 25 Kilates de Patxi Amezcua (2008)

Vous avez tourné à Buenos Aires, c’était pour des raisons de coproduction ou c’était prévu depuis le début ?

Dans ce cas ci ce n’était pas pour des raisons de coproduction. Depuis le début, j’ai voulu tourner le film à Buenos Aires parce qu’il y avait 2 éléments importants qui étaient le scénariste, mon ami argentin, et le producteur qui était aussi un ami argentin. On était donc 3 amis qui voulaient travailler ensemble. Pour le producteur, pour qu’il puisse participer au projet, il fallait que ça se passer en Argentine pour qu’il puisse chercher un financement. On a donc décidés de faire ça à Buenos Aires et que ça allait être un film argentin. Une fois qu’on a écrit le scénario et qu’il était clair que le personnage de la femme serait espagnol, on a pu inclure un producteur espagnol dans l’aventure et le financement s’est fait entre l’Espagne et l’Argentine mais depuis le début, on a songé à Buenos Aires. C’était un endroit que je ne connaissais pas. J’avais 2 amis là-bas mais je ne connaissais pas l’Argentine et c’était une excuse parfaite pour voyager et connaître le pays. Les questions de coproductions sont venues après.

Quels sont les défis que auxquels vous avez fait face durant le tournage. Ca ne devait pas être évident de filmer quasiment tout le film dans l’immeuble.

 

Le défi initial a été de trouver le bâtiment parce que c’est un personnage important du film. Une grande partie de l’histoire se passe dans le bâtiment. Il fallait donc trouver un immeuble qui nous convenait tant visuellement que sur le plan dramatique. On l’a finalement trouvé, avec ses 2 escaliers, ses couloirs. Ce fût quasiment le seul problème d’un point de vue logistique. C’est un personnage important du film et il fallait qu’il ait de la personnalité, du style. Je pense que c’était ça le principal défi.

Patxi Amezcua et ses acteurs en plein travail
Patxi Amezcua et ses acteurs en plein travail

Ca doit être un rêve pour tout réalisateur latino, ou de langue espagnole du moins, de tourner avec un acteur comme Ricardo Darin, considéré presque comme un dieu en Argentine, et une actrice comme Belen Rueda qui a gagné un Goya de la meilleure actrice.

Oui oui. Ricardo, en Argentine, est une vraie star. C’est quelqu’un extrêmement reconnu, qui a fait beaucoup de films et qui a beaucoup de succès. C’est quelqu’un auquel le public tient beaucoup. Ses rôles à l’écran sont toujours des succès. Quand les gens savent que Ricardo va sortir un nouveau film, peu importe qui est le réalisateur et de quoi parle le film, ils vont voir le nouveau film de Ricardo. En Argentine le film fût un succès, il a eu plus d’un million de spectateur et une grande partie de ce succès est dû à lui. Il y a très peu d’acteurs latinos et espagnols qui ont cette capacité. Quand un réalisateur se demande quel serait l’acteur idéal pour son film, il pense tout de suite à Ricardo qui est un grand ateur et qui est souvent synonyme de succès. C’est une valeur sûre. Tu sais qu’il va bien jouer, quel que soit le travail que tu vas lui donner. Je me sens privilégié parce que Ricardo reçoit énormément de projets parce que dès que tu dois réfléchir à un acteur latino, tu penses à Ricardo. Et il fait très peu de films. Donc le fait qu’il choisisse notre film a été une fierté pour nous.

Vous avez tout de suite pensé à eux lors de l’écriture du scénario ou c’est venu par après ?

Non. C’est venu par après parce qu’au début on pensait faire un petit film. Un film indépendant avec un petit producteur. Quand on a eu fini le script et qu’on a commencé à bouger on s’est rendu compte que les gens aimaient beaucoup l’histoire et ça a commencé à prendre plus d’importance. Et c’est donc passé d’un petit film indépendant bon marché en un film avec une production importante avec la Fox, un producteur argentin, une télé espagnole,… C’est à ce moment là qu’on a réfléchi à des acteurs qui ont une valeur commerciale. Belen et Ricardo ont été nos premiers choix. La chance fut qu’ils ont lu le scénario, l’ont aimé et ont accepté de faire le film.

Patxi Amezcua (à droite) avec ses acteurs Belen Rueda et Ricardo Darin
Patxi Amezcua (à droite) avec ses acteurs Belen Rueda et Ricardo Darin

Le film est sorti en septemble en Argentine.

 

Oui, au début septembre.

Vous avez dit que ça avait été un succès là-bas. La séance d’hier soir était une première européenne. Le film sortira ici ?

Je ne sais pas exactement.  La Fox le distribue en Amérique latine, aux Etats-Unis et en Espagne mais pour les autres pays je pense que ce sont des petits distributeurs indépendants qui vont s’en occuper. Le film est sorti en Argentine, au Chili, en Uruguay, dans 10 salles aux Etats-Unis. Pour les autres pays je ne sais pas. Je sais que ça a été vendu en France et d’autres pays.

Quels sont vos projets maintenant ?

Je suis en train de travailler sur quelques projets. Mes projets en tant que réalisateur sont des thrillers. Un de thriller politique. C’est une histoire de 48 heures pendant les élections générales, avec un cas de corruption dans le parti au pouvoir et qui a devoir gérer la situation pour ne pas que cela affecte le résultat des élections. Ca c’est donc un thriller politique. L’autre c’est une histoire basée sur une histoire vraie dans les années 70 à Paris. Ca parle d’un espagnol qui va falsifier de la monnaie en France. C’est un personnage très intéressant. Bien sur, il manque encore de l’argent pour les faire. Le financement des films est compliqué.

Extrait de The 7th Floor de Patxi Amezcua (2014)
Extrait de The 7th Floor de Patxi Amezcua (2014)

Ca sera tourné en Espagne ?

 

Le thriller politique oui, à Madrid et l’autre en France et en français. Mais je suis habitué (en riant).

Un autre défi !

Oui. Il y aura de l’espagnol mais une grande partie sera en français.

Vous serez multilingue après.

 

Oui. Je serai traducteur. Mais dans ce cas-ci il faut trouver un espagnol qui parle français.

Sergi Lopez !

 

J’aimerais beaucoup. C’est un acteur qui ressemble beaucoup au personnage réel. En plus il est connu en France ce qui faciliterait une coproduction.

Il est ici en plus Sergi Lopez.

 

Oui, il vit à Barcelone.

Je veux dire qu’il est ici au BIFFF. Il est dans le jury international. Ca peut être une bonne opportunité pour vous.

 

Ah oui ! Sérieux ? Je ne savais pas. C’est bien ça, merci. Le scénario n’est pas encore fini, pratiquement  mais pas tout à fait. Ensuite on se mettra à chercher les acteurs. J’aime beaucoup Sergi Lopez et c’est une des personnes à qui j’ai pensé. J’ai également pensé Javier Bardem qui est très connu à l’étranger. Il parle bien anglais mais français pas je pense. En plus Bardem c’est quelqu’un qui aime les challenge. Il aime les transformations physiques, Mar Adentro, No Country For Old Men, Skyfall,…