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Interview de Valerie Faris & Jonathan Dayton (Battle of the Sexes)

Rencontre avec un fabuleux duo de réalisateurs 

 

Ils réalisent peu. Little Miss Sunshine date de 2006, Ruby Sparks de 2012. En 2017, voici Battle of the Sexes, leur troisième long-métrage. Dire qu’il est attendu est un euphémisme. C’est donc avec une pointe d’excitation que nous avons rencontré Valerie Faris et Jonathan Dayton à l’occasion de la première du film au Festival de Gand.

Est-ce que cette histoire de face à face entre Riggs et King est quelque chose dont vous vous souveniez quand vous étiez enfants ?

Jonathan Dayton : Oh oui. C’était une grosse histoire aux Etats-Unis. On était adolescents et je ne pense pas que nous saisissions à quel point c’était important. On l’a compris plus tard. En surface, cela semble être quelque chose d’idiot. Un cirque. Las Vegas. Mais en coulisses, il y avait des choses importantes qui se passaient.

Valerie Faris : En 1973 il se passait beaucoup de choses. C’est l’époque du mouvement des femmes. A cause de ça, cela a donné un coup dans le bras à la cause des femmes mais par la suite c’est devenu plus important avec le temps.

Est-ce que c’est un événement qui est resté dans votre esprit et, qu’à un moment donné dans votre vie vous vous êtes dit que c’était le moment d’en faire quelque chose au cinéma ?

VF : Pas vraiment.

JD : Pas tout à fait mais quand Hillay Clinton s’est présentée à l’élection présidentielle, bon nombre de personnes se sont rappelé la bataille des sexes, l’opposition entre hommes et femmes. Il y avait trois films en préparation à propos de cette histoire. Quand on a choisis Steve et Emma, les autres projets se sont arrêtés. 

VF : Je pense que c’était dans l’air. Les gens pensaient à ça en écho à l’élection et donc cela semblait être le bon moment. Nous n’étions pas les seuls à penser à ça évidemment. 

JD : En même temps, c’est toujours le bon moment pour parler d’égalité. L’égalité est un problème qui ne semble pas partir.

VF : On n’aura jamais une balance parfaite malheureusement.

C’est effectivement malheureux mais, du coup, le film est encore d’actualité. Sentez-vous une amélioration relative à l’égalité et au sexisme dans le milieu du cinéma ?

VF : Pas vraiment. Peut-être qu’il y a moins de sexisme dit ouvertement. Mais quand on regarde aux chiffres, on voit qu’on est encore loin de l’égalité. Que ce soient le nombre d’hommes réalisateurs, de salaires,… Cela s’améliore peut-être pour les acteurs du top. Ceux du top sont de plus en plus payés de la même manière. Emma Stone en est le parfait exemple. Pour les masses par contre, ça ne s’est pas amélioré, dans le cinéma et les autres domaines aussi à mon avis.

La comparaison est un peu hasardeuse mais est-ce que d’une façon, l’histoire d’Harvey Weinstein pourrait déboucher sur quelque chose de meilleure quant à ces questions d’égalité et sexisme ?

JD : Je pense bien. En ce moment, il y a déjà une purge des prédateurs. Ce sera toujours un problème, comme l’égalité mais, cela va inspirer la peur chez beaucoup d’hommes. C’est une très bonne chose.

VF : Il s’agit toujours de faire en sorte que les gens en parlent. Si on en parle, les gens ne seront plus peureux à l’idée de révéler des affaires pareilles ce qui est la pire des choses, avoir peur de partager des sentiments, des informations.

JD : Je pense que les hommes pensent pouvoir s’en sortir parce que ces sujets sont gardés en dehors des conversations. Le plus …

VF : Moins les gens auront peur d’en parler. Ils ont pu garder ça sous silence pendant un looooong moment. D’une certaine façon, c’est incroyable que des choses pareilles arrivent dans un milieu qui se dit progressiste et libéral.

Comment parler de sujets si graves avec un ton qui fluctue entre le sérieux et le léger, qui est une constance dans vos films ?

VF : Je pense qu’on a toujours eu la sensation que le rire permet aux gens de s’ouvrir et de créer une place pour tout le monde. S’ils pensent que c’est un sujet trop sérieux, ils l’éviteront peut-être donc, pour éviter cela, on espère les attirer avec le rire et ensuite les garder pour qu’ils réfléchissent et en discutent j’espère. On essaie d’introduire certaines idées. On n’essaie de convaincre personne, ce n’est pas de la propagande mais, c’est une façon de les exposer à des sujets et histoires. Pour nous, le coeur de l’histoire est le voyage personnel de Billy Jean. Elle traverse des temps difficiles donc on essaie de créer de la compassion pour elle. C’est le but.

Est-ce quelque chose qui vient naturellement chez vous ce style d’écriture ou parfois vous bloquez sur une scène que vous ne parvenez pas à faire fonctionner ?

JD : C’est drôle. Je pense qu’on aime traiter les sujets avec sérieux et WEIGHT mais chaque fois qu’on le fait, il y a toujours un moment où quelque chose d’absurde arrive. Il y a un besoin. Tout ce qui devient trop sérieux est juste prêt à être percé par de l’humour. 

VF : L’autre chose que l’on cherche est la tension. C’est essentiel tant pour le drame que la comédie. C’est un but qu’on essaie d’atteindre pendant tout le film. Est-ce que la tension du film est … ? Quelle est la tension ? Quels sont les éléments qui se font face ? C’est plus ça notre approche que drame ou comédie. Il s’agit plus de créer une atmosphère avec de la tension. L’apport de la comédie fait plus ressentir le drame je pense.

Choisir Steve Carell était donc une évidence ? Ecrivez-vous en pensant à des comédiens d’ailleurs ?

JD : Haha. Non. Simon Beaufort a écrit le script en ne pensant à aucun acteur. Quand on a commencé à travailler dessus, c’est vite devenu clair que Steve était la personne parfaite. Il a ce don unique d’être dramatiquement fort mais c’est aussi un excellent comédien.

VF : C’est aussi une personne géniale. Quand on a commencé à travailler sur le scénario, Steve et Emma étaient déjà à bord du projet donc on a pu les amener dans la discussion à propos de leurs personnages, de l’histoire,… Ils étaient des collaborateurs en fait. Ils sont tous les deux des comédiens appliqués et impliqués donc on a eu tous les bénéfices de leur personne.

JD : En fait, en y pensant, pour répondre à votre question, quand on a commencé à travailler sur le film, nous savions qu’ils joueraient ces personnages. Quand on a passé cette année à travailler sur le scénario, on avait Steve et Emma en tête.

C’est plutôt inhabituel d’impliquer les acteurs si tôt dans un projet.

VF : Oui.

JD : Ça l’est. Quand on prépare un film, on aime passer du temps sur le scénario et l’explorer avec les acteurs. 

VF : Entre nous on fait beaucoup d’écriture et.. Pardon je t’ai coupé.

JD : On a juste besoin de temps. C’est comme préparer un bon repas. On ne le fait pas en vitesse. On essaie d’avoir les bons ingrédients, on tente d’expérimenter un peu et comprendre.

VF : Ici, on a aussi connu un report. La La Land est arrivé et Emma a dû décider lequel elle voulait faire en premier. Elle venait de terminer Cabaret à Broadway donc elle était dans cet esprit de danse et chant. Ça avait du sens de faire La La Land en premier. On a donc attendu qu’elle termine puis qu’elle s’entraîne pendant quatre mois pour notre films puis seulement on a pu tourner. Cela nous a donné plus de temps pour travailler sur le scénario. Normalement, on n’aurait pas dû avoir tout ce temps mais on a essayé de le mettre à profit.

C’est entre autre pour ça qu’il y a cinq à six ans entre chacun de vos films ?

(rires)

VF : On ne reste pas assis à ne rien faire. (rires)

JD : On travaille toujours sur des films. Parfois cela ne se fait pas. Les bons films nécessitent du temps.

VF : Il faut le temps que ça se développe dans notre tête, qu’on y voit un développement possible et puis les choses changent quand on les fait. Pour Battle of the Sexes, on a tourné le film, on l’a monté puis l’élection présidentielle est arrivée au moment où on terminait le montage. En quelque sorte, ça a changé le sentiment général du film. On vit avec des choses et ça évolue constamment. C’est génial pour nous. Ce sont des choses vivantes. 

JD : Ce sont des choses qui existent dans une culture. Quand la culture change…

VF : On voit les choses d’une autre perspective. 

Il n’y aura donc pas cinq à six ans d’ici le prochain ?

JD : (rires) Non. On travaille déjà sur d’autres projets.

VF : Mais en général on travaille sur un ou deux en même temps. On ne s’étale pas trop.

JD : Ce qui est amusant, c’est l’immersion qu’on a dans un projet. Je pense que le prochain arrivera d’ici deux ans.

VF : Trois, quatre ans. On a fait un pilote pour une série donc on a des projets en télévision. On aime évidemment toujours le cinéma le plus mais, les gens regardent beaucoup la télévision.

JD : Etes-vous un fan de séries ou… Comment gérez-vous les deux ?

Je regarde quelques séries mais peu parce que je vois déjà énormément de films sur une année. Environ 300 en moyenne.

JD/VF : Wow.

VF : Vous regardez des séries belges ?

Pas encore en fait mais il y en a quelques unes qui ont très bonne presse, et pas juste belge, depuis deux ans donc je dois checker ça.

Dernière question, déjà malheureusement, s’il y a un message que vous voulez transmettre avec Battle of the Sexes, quel serait-il ?

VF : Je n’y ai jamais pensé en tant que message mais, s’il y a une réaction que j’aimerais bien, c’est que les gens discutent de comment le film les a fait se sentir. Que les gens en parlent.

JD : C’est intéressant. Je ne pense pas à un message non plus mais plutôt à un sentiment et ce serait l’espoir. C’est un moment doux-amer à la fin. Elle a remporté cette victoire mais elle est dorénavant plus dans le placard. Je pense que c’est plutôt l’histoire de ce qu’une personne, une femme surtout, peut faire et donc, elle peut inspirer.