BIFFF 2013, Interviews

Eric Godon : ‘Etre bankable ou second rôle c’est pas du tout le même métier’

Rencontre avec l’acteur-réalisateur Eric Godon, visage vu dans From Paris With Love ou encore Rien à déclarer.

 

Eric Godon c’est le genre d’acteur qu’on a vu dans plein de films mais dont on ne sait pas toujours le nom. On sait qu’on l’a déjà vu, on sait parfois le film, mais son nom, aucune idée. Ca faisait un petit moment que je suivais sa carrière et c’était donc un plaisir que de pouvoir le rencontrer. L’interview s’est déroulée durant le BIFFF après une projection de presse à laquelle nous avions tous les deux assistés. Elle a duré moins longtemps que prévu mais c’était un plaisir de rencontrer cet adepte des seconds rôles qu’on a pu voir dans « In Bruges », « From Paris With Love », « Rien à Déclarer » et « The Expatriate » entre autres.

 

Vous avez commencé votre carrière à l’âge de 40 ans. C’est tard. Comment l’idée de faire du cinéma vous est venue ?

C’est venu via l’improvisation théâtrale et en même temps j’étais inscrit dans une agence de casting/people parce que je connaissais une personne qui travaillait à cette agence et puis de fil en aiguille j’ai rencontré des gens du cinéma, des réalisateurs, des directeurs de casting que j’ai rencontré soit lors des tournages des quelques pubs que j’ai tourné soit lors d’improvisation théâtrale. Et donc ils m’ont proposé des rôles, des petits rôles. Puis un jour j’ai passé un casting pour un rôle plus important dans un téléfilm avec Line Renaud. Et quand le film est sorti, je crois que c’était en 2002, les castings ont commencé à m’appeler en direct et puis voilà. Ca s’est un peu fait comme ça. C’était pas une volonté, au départ, déteminée. Ca s’est présenté et j’ai sauté dans le train qui passait et voilà.

 

Vous êtes un acteur polyvalent et polyglotte ce qui vous permet de tourner dans les 2 communautés.

Je tourne régulièrement en flamand. Je tourne 3/4 films par an. Je tourne en anglais, j’ai tourné en allemand aussi.

 

Eric Godon
Eric Godon

 

Et en Belgique, c’est fort différent les manières de travailler entre la Flandre et la Wallonie ou c’est plus ou moins pareil ?

Non. C’est très différent. D’abord au niveau de l’organisation, la préparation, la rigueur. Très différent aussi au niveau du… comment dirais-je… de la perception du cinéma et du métier d’acteur. Il n’y a pas de star system en Flandre donc ça déjà ça change beaucoup la donne au niveau des budgets. Je trouve ça beaucoup plus cohérent, plus conséquent du côté flamand (en tout cas l’expérience que moi j’ai c’est une douzaine de tournages) et plus confortable, en tout cas pour les acteurs.

 

Vous avez aussi joué dans des gros films américains (In Bruges, From Paris With Love, The Expatriate)

 Oui et plus récemment au Kenya dans un film indépendant qui s’appelle Fishing Without Nets mais donc qui n’est pas une grosses production, ça c’est sur.

 

Oui j’ai vu que ce film avait d’ailleurs été au festival de Sundance.

 Oui. C’est à dire le court-métrage qui traite du même sujet a été primé au festival de Sundance et donc en principe le long-métrage va faire l’ouverture de Sundance.

 

Et globalement les grosses productions américaines c’est par envie ou vous prenez ce qui vient ?

Tant qu’on n’est pas bankable et premier rôle… Je veux dire, quand on propose un rôle sur un film, une grosse production que ce soit française, américaine ou flamande, ou une petite production, si le rôle est intéressant, vous le faites. C’est pas le même métier. Bankable ou second rôle c’est pas du tout le même métier. Pourquoi ? Parce que dans un cas on a le choix, dans l’autre il y en a beaucoup moins. Et donc voilà ce ne sont pas des choix. Evidemment je peux toujours dire non mais c’est pas moi qui dis « tiens, je jouerais bien dans tel film, je vais me laisser tenter. » On me propose et puis voilà. J’estime avoir la chance d’avoir été choisi pour certains films.

 

Ralph Fiennes, Jérémie Rénier et Eric Godon dans "In Bruges"
Ralph Fiennes, Jérémie Rénier et Eric Godon dans « In Bruges »

 

Vous préférez tourner où ? En Europe ou pour des films américains ?

Ecoutez, chaque tournage est différent, chaque tournage a son charme ou pas et ce n’est pas tellement une question de type de film ou de nationalité, de pays dans lequel il se tourne. C’est plus une question de personnes, d’ambiance et je n’ai pas d’à priori. Il y a des tournages qui m’ont laissé un très bon souvenir, d’autres un peu moins bons mais ce n’est pas une question « ok je suis dans une grosse production américaine ou dans une petite production belgo-belge. » Pour moi c’est une aventure humaine et il faut que tous les ingrédients soient là pour que ce soit une belle aventure humaine. Tout le reste, je ne vais pas dire que je m’en fous mais c’est accessoire. C’est pas ça le plus important.

 

Récemment vous avez réalisé 3 courts-métrages : « Rosa », « Emma » et « Marguerite ». Exercice de difficile quand on est acteur à la base ?

Disons que ce qui est difficile quand on réalise un court-métrage, ici c’est 3 donc ça multiplie la difficulté par 3, c’est de devoir assurer en fait, au delà de l’écriture et de la réalisation, tout le côté opérationnel des choses parce que sur un court-métrage on ne vous suit pas en pré-production et en post-production non plus. C’est à dire que vous faites beaucoup de choses vous même. Quand vous êtes réalisateur sur un long-métrage où il y a un budget correct, la production est présente, beaucoup plus présente. Ici à tous les stades j’ai fait énormément de choses moi-même donc ça demande beaucoup de travail. Après, la difficulté qu’il y a de passer de derrière la caméra, je n’ai pas, en ce qui me concerne, trouvé ça particulièrement compliqué de diriger le film, choisir les plans et tout ça parce que j’ai quand même tourné énormément et donc de l’intérieur j’ai une connaissance empirique des choses. Quand je vois certains films, notamment 2 ou 3 que j’ai vu à ce festival, et que je commence à analyser comment les plans ont été tournés, quels choix ils ont fait, les changements de caméra, la lumière etc, je me rends compte qu’il faut rester modeste et qu’il y a encore beaucoup de chemin à parcourir. J’estime que je suis un comédien qui a filmé une histoire et d’autres comédiens de façon honnête mais je ne peux pas encore dire à l’heure actuelle que je suis un réalisateur. Je crois qu’il faut rester modeste par rapport à ça et c’est en devenir.

 

Vous avez envie de réaliser un long-métrage par après ou c’était vraiment une envie de faire ces 3 courts-métrages là?

Oui oui. C’est vraiment dans l’optique de réaliser un long et les 3 courts servent, doivent servir, de rampe de lancement, autant pour moi que pour la comédienne principale [ Lygie Duvivier NDLR], qui joue les 3 rôles principaux dans les 3 films. L’optique c’est, dans la foulée, de commencer à écrire un long, dans la même configuration, c’est à dire avec la même production et avec la même comédienne.

 

Vous êtes dans le jury Thriller du BIFFF. C’est une bonne expérience ?

Oui. C’est une bonne expérience. Je regarde des films que je n’aurais peut-être pas regardés spontanément. Et puis on voit des films qui n’arriveront jamais jusque chez nous pour des raisons de distribution donc on découvre des films différents, des sensibilités différentes, des écritures différentes. Thriller c’est relativement large, en tout cas au niveau de la sélection qui est faite ici, donc tout n’est pas nécessairement comparable. J’ai eu quelques bonnes surprises, d’autres films, mais je ne peux pas en parler à ce stade-ci [l’interview a eu lieu avant la cérémonie de clôture NDLR], qui m’ont un peu moins enthousiasmés. Mais au niveau cinématographique et puis simplement du point de vue du spectateur lambda que je deviens quand je regarde un film, c’est agréable.

 

Eric Godon (à droite) avec Benoit Poelvoorde dans "Rien à Déclarer"
Eric Godon avec Benoit Poelvoorde dans « Rien à Déclarer »

 

J’ai vu que vos prochains films seraient « Overdride », « Innocent Belgium » et « Johnny Walker ». Pouvez-vous me parler de ces projets ?

Johnny Walker c’est déjà tourné, Innocent Belgium c’est un projet belge mais je pense qu’il ne se fera pas, même s’il est toujours… En tout cas j’ai plus eu de nouvelles. Et Overdrive c’est un film qu’on devait tourner, un film américain qui devait se tourner à Marseille fin 2011 et qui a été reporté pour des raisons budgétaires, comme souvent. Il y a un investisseur qui est sorti quelques jours avant le début du tournage donc ça reste d’actualité. A priori ça devrait se tourner soit encore cette année soit l’année prochaine. Mais bon vous savez, ce qui compte ce n’est pas tellement le nombre de films qu’il y a, dans lesquels on va jouer, c’est surtout d’être bien dans ce qu’on fait, être en accord avec soi-même et c’est ce que j’essaie de trouver comme équilibre pour le moment entre la réalisation et l’écriture et le jeu. »

En plus de cela, avez-vous des gros projets prévus et des envies particulières en cinéma ?

Je peux toucher à beaucoup de choses mais j’aime bien me concentrer sur une seule. Donc ici, dès que j’ai terminé le BIFFF, je commence à écrire et pour le reste on verra. Je ne tire pas de plan sur la comète. Ca fait 10 ou 12 ans que j’en tire en me disant « quand tel film va sortir ça va créer telle ou telle ouverture. » Je sais maintenant par expérience que tout est toujours à recommencer et que le mieux c’est d’avoir ses propres projets. Après je vais me concentrer sur l’écriture du long et puis on verra ce qui va se passer.