Critiques de films

Les Lyonnais, d’Olivier Marchal

Olivier Marchal revient derrière la caméra avec une libre adaptation des récits d’Edmond Vidal, grande figure du banditisme à la française depuis les années 60. Il signe Les Lyonnais, un polar avec des voyous qui ont des couilles, et pis c’est tout !

 

Les Lyonnais, d'olivier Marchal affiche
Les Lyonnais, d’Olivier Marchal affiche

De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal, dit Momon, a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille, et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel. L’ami d’enfance avec qui il a découvert la prison à cause d’un stupide vol de cerises. Avec lui, inexorablement il a plongé dans le Grand Banditisme, et connu l’apogée du GANG DES LYONNAIS, l’équipe qu’ils ont formée ensemble et qui a fait d’eux les plus célèbres braqueurs du début des années soixante dix. Leur irrésistible ascension prend fin en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire.
Aujourd’hui à l’approche de la soixantaine, Momon tente d’oublier cette période de sa vie. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des « affaires ». En prenant soin de Janou, son épouse, qui a tant souffert à l’époque et de ses enfants et petits enfants, tous respectueux, devant cet homme aux valeurs simples et universelles, lucide et pétri d’humanité. A l’inverse de Serge Suttel, qui malgré le temps n’a rien renié de son itinéraire…

 

 

Olivier Marchal n’est pas un cinéaste, c’est un showman. Sa technique et la mise en scène des Lyonnais nous le prouvent. Il a décidé de taper dans l’œil du grand public, avec une réa facile, pas franchement viscérale, mais avec un rythme qui ne laisse pas de répit et une histoire captivante. Sa filmographie parle déjà pour lui : Marchal ne fait pas du polar d’amateurs, il veut nous parler de vrai. Et quand tu vois la dégaine du type, t’as presque envie d’y répondre par l’affirmative. C’est le genre de mec terriblement sympathique, qui te parle de putes, de flingues, de voyous et de flics dans ses interviews, avec un air débonnaire et presque endormi qui te donnerait bien l’envie de lui en coller une. Mais Olivier Marchal, c’est quelqu’un qui vient du vrai monde, celui qui a des couilles. Depuis vingt ans, il s’évertue à le montrer. Olivier Marchal, c’est le fameux destin d’un flic – grand amateur de comédie – qui finit par donner raison à sa passion, tout en se servant de son expérience. Toute sa filmo a un rapport de près ou de loin avec du keuf ou du condé. Mais c’est en réalisateur que Marchal frappe toujours très fort. Un premier long remarqué – Gangsters en 2002 – puis d’autres grands polars comme 36 Quai des Orfèvres, MR 73. Les Lyonnais représente une sorte de suite logique à ses thématiques et en même temps une rupture. Le voyou (ou un flic) respectable et respecté, tiraillé par un passé qui revient, et qui doit terminer toute une histoire, sans avoir du sang sur les mains.

Edmond Vidal avait justement écrit ses mémoires pour que lui seul racontent son histoires à ses petits enfants, afin que ces derniers sachent quelle vie de voyou vivait le chef du gang des Lyonnais. Il avait fait à l’époque appel à un jeune réalisateur de cinéma, Edgar Marie. Quel rapport avec Olivier Marchal ? Edgar Marie est co-scénariste de la série télévisée Braquo (produite par Olivier Marchal), mais également scénariste des Lyonnais. Pour faire les choses en grand, Olivier Marchal avait même  souhaité Alain Delon dans le rôle principal. Mais aussi respectable soit-il, l’ex-Gitan a quitté le projet pour des raisons de planning et de différends sur l’écriture du scénario. Au final, on se retrouve face à Gérard Lanvin, très convaincant dans ce rôle, gardant la réputation d’un acteur serein face à la caméra. Il donne la réplique à Alexandre Astier, Tchéky Karyo et Daniel Duval pour former le cœur de ce gang, à l’heure actuelle bien évidemment. Car l’autre force du film, c’est de nous propulser dans l’histoire de ce groupe, sans en faire des tonnes, à coup de flashbacks proprement distillés. On en retient une tête, celle que vous allez sûrement revoir dans les prochains mois, à commencer probablement par les Césars début 2012 : Dimitri Storoge, qui rentre dans la peau de Vidal jeune, nous livre une prestation tout en finesse et sureté pour ce jeune acteur avec une gueule de gars trop sérieux.

 

Les Lyonnais, d'Olivier Marchal
Les Lyonnais, d'Olivier Marchal

 

Le principal défaut de ce film, c’est d’accentuer un poil trop son propos sur la loyauté, la force et le lien de l’amitié. Jusqu’à la fin. Alors certes, on ne reste pas insensible parce qu’après tout, on est humain. Mais Olivier Marchal rend son propos un peu lourd, qui ne va que dans un sens, loin d’être aussi complexe et tiraillé que dans le passé. Après avoir dit bye-bye aux histoires de flics sur les rotules et dépressifs (Daniel Auteuil dans MR 73 en était le meilleur exemple), il s’est décidé à faire un film populaire, mais qui manque du coup de punch et reste assez lisse, en surface de tout ce que Les Lyonnais pouvait être. Outre le discours un poil rancie sur les gangsters, Les Lyonnais ne touche que par l’émotion transmise, mais pas par la violence, ni par la puissance historique de son sujet. L’exemple typique de ce défaut, c’est cette volonté de sortir les belles musiques en grande pompe, d’y mettre les violons quand il faut. Marchal avait déjà le spectateur dans la poche, on savait qu’il pouvait réussir sans difficulté. Alors pourquoi en rajouter pour laisser apparaître quelques traits de superficialité qui gâche un si beau sujet de film ?

L’avis :Avec du rythme et une histoire aussi émouvante que captivante, Olivier Marchal a signé un film populaire dans la veine de son cinéma. Même s’il semble s’être un peu assagi, notre ex-flic nous offre un film efficace et sympathique à suivre, mais qui reste un peu en surface face à la splendeur et la mine que représente son sujet. Après tout, c’est du cinéma.