Festivals, PIFFF 2016

PIFFF 2016 : Jours 3 et 4

De la contamination, des sirènes et de la barbaque. 

Après deux premiers jours en fanfare, c’est avec une joie infaillible que nous poursuivons le festival. Depuis quelques éditions déjà, le PIFFF a la belle idée de proposer à ses partisans des séances cultes, qui permettent la (re)découverte de véritables joyaux du cinéma fantastique. John Carpenter y est, à ce titre, systématiquement à l’honneur. Le très moyen The Ward y a été projeté, suivi du premier volet de qui est communément appelé la Trilogie de l’Apocalypse, en l’occurrence The Thing. Cette année, la projection du second volet de cette trilogie officieuse allait de soi, et Prince des Ténèbres était ainsi sans doute l’une des plus grandes attentes des festivaliers. La troisième journée était également marquée par un petit événement, à savoir la projection d’un mastodonte chinois, The Mermaid, réalisé par Stephen Chow, avant tout connu pour le risible Shaolin Soccer
Mais l’acmé du festival a surtout eu lieu ce vendredi 9 décembre, sans doute en vue d’un week-end gratiné, marqué par un défilé de barbaque assourdissant. En effet, étaient projetés le Grave de Julia Ducournau, remarqué à Cannes, et le très attendu 31 de Rob Zombie, dont nous avons déjà eu l’occasion de discuter dans nos colonnes. 

The Greasy Strangler  de Jim Hosking :

Tandis qu’un assassin rôde en ville, un vieil acariâtre et son grand dadais de fils voient leur relation tourner au vinaigre lorsque ce dernier fait la connaissance d’une jeune femme gironde…
 
L’avis de Sacha : Comédie absurde et trash sur une cohabitation entre un père autoritaire qui, la nuit, se transforme en tueur graisseux et son fils trentenaire et attardé, The Greasy Strangler nous plonge dans le quotidien d’une famille underground où se mêlent fausses visites guidées sur le thème du disco, histoire d’amour compliquée, car wash, cannibalisme et explosion de crânes à la frontière entre Street Trash et l’univers urbain et déjanté de la Troma! Pour son premier long métrage produit par Ben Wheatley et Elijah Wood (WTF?) le cinéaste anglais Jim Hosking nous invite dans son univers unique et parvient à finir sur une touche d’émotion, un cinéaste à suivre!

Prince des Ténèbres
de John Carpenter
:

Extrait de Prince des Ténèbres de John Carpenter (1987)

Un prêtre trouve un mystérieux cylindre dans une église abandonnée. Il demande alors à un groupe de chercheurs d’étudier cette découverte qui recèle un terrible secret…

L’avis de RedaLe cinéma de John Carpenter est marqué par la contamination, et c’est sûrement dans Prince des Ténèbres que celle-ci atteint sa matérialité absolue. Dans ce terrifiant huis-clos contaminé, la mise en scène du réalisateur de Assaut inocule une angoisse indicible, mais palpable à presque chaque plan. Après l’échec terrible de Jack Burton dans les griffes du mandarin, Carpenter durcit sa vision du monde dans ce qui est sans doute l’un de ses films les plus désespérés. L’Homme y est filmé comme le réceptacle du Mal, une matière organique répulsive, qui contamine tout ce qui l’entoure, même les bastions par essence opposés au Malin (une église dans Prince des Ténèbres, mais aussi la famille dans Halloween, la nuit des masques). Ainsi c’est moins le Mal en soi qui effraie Carpenter dans ce huis-clos débordant, ouvert sur le monde, mais la tendance à sa réception. 

The Mermaid de Stephen Chow : 

Shan, une jolie sirène, est sommée par les siens d’assassiner Xuan, un promoteur immobilier dont le travail menace l’écosystème. Problème : la belle tombe amoureuse de cet homme qu’elle devait empêcher de nuire…

L’avis de Reda : Cela n’est pas une surprise, si l’on est au fait que The Mermaid est le rejeton du réalisateur de Shaolin Soccer. Cinéma du trop-plein, il ne lésine sur aucun effet. À ce titre, les effets spéciaux sont parfois risibles, le plus souvent datés ; les personnages ne sont que des silhouettes, des archétypes, interprétés par des comédiens systématiquement à côté de la plaque ; enfin les thèmes, dont l’amour et l’écologie, sont aussi traités de manière outrancière, atteignant le plus souvent des sommets de bêtise et de trivialité. Si le film pouvait incarner un champ du blockbuster anachronique, c’est malheureusement de la mauvaise manière qu’il s’y prend. 

L’avis d’Ilan : Petite déception pour le nouveau film de Stephen Chow. Alors qu’il est porté par un succès immense au box-office chinois, le film ennuie malgré quelques scènes drôles et loufoques, notamment celle du commissariat. En termes de scénario, il ne s’agit ni plus ni moins que le même que Pocahontas, allant jusqu’à copier certains personnages. Nous sommes ici dans la pure tradition des comédies romantiques dont l’amour est impossible. Personnages stéréotypés, mise en scène moyenne mais une 3D relief assez efficace. Pas de quoi s’enthousiasmer devant ces sirènes dont le climax du film est somme toute assez moyen et déjà vu.

L’avis de Sacha : La légende du cinéma hong-kongais Stephen Chow nous offre avec The Mermaid un come-back à la fois cartoonesque et écologique. Shan est une jeune sirène qui, pour sauver sa communauté et son habitat naturel, doit séduire puis tuer l’industriel Liu. Malheureusement ils tombent amoureux l’un de l’autre, ce qui va compliquer son plan et mettre en péril sa communauté. A la frontière entre comédie chinoise totalement déjantée (fous rires garantis), histoire d’amour impossible et fable écologique engagée, le spectateur est ici face à une oeuvre aussi drôle qu’émouvante, avec une belle pléiade de personnages, le tout ponctué par un caméo du maître Tsui Hark. The Mermaid est tout simplement le nouveau chef d’oeuvre de Stephen Chow!

Hardware de Richard Stanley :

Dans un futur ravagé par une catastrophe nucléaire, une jeune artiste se retrouve coincée dans son appartement avec un androïde militaire bien décidé à lui faire la peau.

L’avis de Sacha : Projeté en séance culte, Hardware de Richard Stanley plonge le spectateur dans un New-York futuriste et post-apocalyptique à la frontière entre Blade Runner et Mad Max 2, avec une touche rock ‘n roll et politique en plus. Jill est une artiste qui, après avoir récupérer un crâne de droïde, décide d’en faire une sculpture qui va prendre et vie et se retourner contre elle… Véritable brûlot cinématographique de la fin des années 1980, le réalisateur britannique signe un film sur le combat entre la femme et la machine, à la fois très esthétique, anti-fasciste, anti-conformiste, avec une bande son rock, et pour couronner le tout un caméo de Lemmy Kilmister. En un mot : culte!

Grave de Julia Ducournau :

Première année d’école vétérinaire pour Justine, une étudiante végétarienne qui va subir un bizutage violent et développer un appétit aussi soudain que vorace pour la viande fraiche… et humaine.

L’avis de Manon : Le défaut de Grave c’est d’avoir été survendu lors de ses passages en festivals. Reste un très très bon film d’horreur teinté par les expérimentations de l’entrée dans l’âge adulte et quelques jolies métaphores. Le gore est calculé pour être à la fois minimum et insupportable, grâce à quelques images frappantes. On est heureux de voir qu’un film français peut être aussi original et de qualité à la fois et on espère que son succès ouvrira la voie. Une critique complète est à venir.

L’avis d’Ilan : Oh que le cinéma français peut être fier. La pépite est bien là ! Monstrueux, grandiose, malsain, insupportable, Grave nous fait passer par toutes les émotions. Un film-choc, violent comme ça fait longtemps qu’on en a pas eu en France. Une mise en scène incroyable, un jeu d’actrices éblouissant, le cinéma d’horreur a un nouveau visage et il est traumatisant !

L’avis de Sacha : Pour son premier long-métrage en compétition, Julia Ducournau nous raconte l’histoire de Justine, une jeune étudiante végétarienne en école de vétérinaire qui va sombrer dans le cannibalisme… Véritable teen-movie morbide sur la descente aux enfers de son personnage féminin, Grave est un film sur l’adolescence, la sexualité, la construction d’une identité, les limites de la morale, le tout filmé de manière très sobre, sans artifices, mais avec des scènes très crues, voire insoutenables, et parfois ponctué par des moments de légèreté et de dérision (petit rôle de Bouli Lanners), le tout porté par la jeune actrice Garence Marillier qui livre ici une performance exceptionnelle. Une oeuvre violente, originale, gore et portée par une jeune actrice talentueuse, voilà le genre de cocktail qu’on aime découvrir au PIFFF!

31 de Rob Zombie

5 forains sont retenus dans un entrepôt désaffecté et sont forcés de participer à un jeu macabre : survivre pendant 12 heures aux attaques d’un groupe de sadiques armés jusqu’aux dents…

L’avis de Reda : Le retour du cinéaste-cinéphile est toujours un moment particulier. Après une irruption déroutante dans le surnaturel (côtoyé par moments dans le baroque Halloween 2) avec The Lords of Salem, Rob Zombie revient à ses fondamentaux. 31 est symptomatique d’un retour à sa grande affaire, l’univers redneck, hérité du cinéma de Tobe Hooper. Bien qu’il soit évidemment jouissif dans son jeu de massacre farcesque, le film déçoit légèrement, notamment lorsqu’il anéantit toute potentielle topographie par des procédés de mise en scène cherchant à coller aux personnages, et dévoilant sans doute des carences de budget et un manque de fluidité dans la direction artistique. Un film mineur dans la carrière de son auteur, mais dont la grandiloquence réfléchie est toujours agréable dans le paysage cacophonique de l’horreur. La critique complète ici.

L’avis d’Ilan : Rob Zombie est de retour avec un petit jeu de massacre délirant et grotesque, digne des grandes séries B d’Horreur. Si le film met du temps à démarrer à cause d’une exposition trop longue, on savoure ensuite les différentes séquences de massacres avec des personnages clownesques. Rob Zombie s’amuse avec un film au manque de budget évident, mais fait de son 31 un film assez jubilatoire et divertissant pour une soirée entre amis. Un film qui sera réévalué à la hauteur dans quelques années.

L’avis de Manon : 31 manquait certainement de budget mais cela n’est pas gênant dans le ressenti global. Au contraire, le film se délecte presque de son esthétique cheap, presque home made et cache plutôt bien la misère sous un montage épileptique. Mais, malgré les farces visuelles, originales et grotesques que constituent les tueurs sadiques et les décors, plus glauques et improbables les uns que les autres, le film est atrocement convenu. Si Rob Zombie essaie, par exemple, d’exploser notre tête avec un stroboscope lors d’une scène, ce n’est que pour camoufler l’absence totale d’originalité de ce survival au scénario peu travaillé et cousu de fil blanc et met, de plus, une éternité à démarrer. 31 aurait sans doute déjà bien gagné s’il avait été amputé de 15 bonnes minutes.