Rétrospectives

Rétrospective Paul Verhoeven : Black Book (2006)

Retour en terre natale.

La Haye, sous l’occupation allemande. Lorsque sa cachette est détruite par une bombe, la belle chanteuse Rachel Stein tente, avec un groupe de Juifs, de gagner la Hollande Méridionale, déjà libérée. Mais une patrouille allemande les intercepte dans le delta du Biesboch. Tous les réfugiés sont abattus ; seule Rachel échappe au massacre. Elle rejoint alors la Résistance et, sous le nom d’Ellis de Vries, parvient à infiltrer le Service de Renseignements allemand et à se lier avec l’officier Mûntze. Séduit, celui-ci lui offre un emploi…

Dernier film de la rétro avant le très attendu Elle, présenté en compétition officielle à Cannes. Il y a dix ans, Paul Verhoeven s’attaquait au drame de guerre. Il nous emmène à La Haye, sous l’occupation allemande au moment où la chanteuse juive Rachel Stein voit sa cachette détruite par un bombardement. N’ayant nulle part où aller, elle embarque sur un bateau pour gagner la Hollande Méridionale, tout juste libérée. Par hasard, elle y retrouve sa famille. Pour peu de temps, hélas. Dans le delta du Biesbosch, les malheureux sont interceptés par une patrouille allemande et fusillés sans autre forme de procès. Seule survivante, Rachel est recueillie par un groupe de résistants qui la chargent d’infiltrer la Gestapo en séduisant l’officier SS Ludwig Müntze. Rapidement, celle qu’on appelle maintenant Ellis de Vries, apprend que l’Allemand a passé un pacte avec la Résistance, afin de réduire le nombre de victimes à l’aube de la capitulation. Mais pendant la guerre, les alliances sont aussi instables qu’un château de cartes.

Changement de registre pour le Hollandais, qui passe au drame historique avec l’aisance des grands maîtres. Son film est long (2h25, rien que ça) mais ne souffre à aucun moment de baisse de rythme. Les aventures de Rachel/Ellis sont intenses et palpitantes de bout en bout. Elles sont aussi révélatrices de la traîtrise et des bassesses dont les hommes sont capables en temps de guerre. Après la libération aussi d’ailleurs, puisque la dernière partie (sans spoiler) s’intéresse au sort des collabos une fois la guerre terminée. Les scènes sont parfois violentes, choquantes, le réalisateur malmène son héroïne, mais jamais sans raison. Tout sert un scénario parfaitement huilé, truffé de rebondissements.

Cette jeune femme est incarnée par Carice Van Houten, que le monde des séries connaîtra quelques années plus tard sous le nom de Mélisandre, la prêtresse de Game of Thrones. D’une force de caractère inouïe, elle encaisse les coups durs sans sourciller. Autour d’elle, une toile de personnages ambigus s’allient et se quittent au son des bombardements. Un film poignant, réaliste, qui évite les écueils des drames historiques. Pas étonnant que la dernière création du Verhoeven soit (à juste titre) attendue avec autant d’impatience par les festivaliers. Surtout quand on voit la facilité avec laquelle il alterne les genres, les époques et les pays. Comme on change de chemise, tout simplement!

Le dernier film de Paul Verhoeven c’était il y a dix ans déjà. Après son détour par Hollywood, il y revenait en Europe, à la fin de la seconde guerre mondiale. Dans ce contexte fait de trahisons et de mensonges, on suit les pérégrinations de Rachel Stein, juive rescapée d’un massacre dans lequel a péri sa famille. Un drame historique haletant, qui tient en haleine pendant plus de deux heures. Et un nouveau coup gagnant pour le Hollandais au style violent et réaliste inimitable.