Rétrospectives

Rétrospective Paul Verhoeven : Le Choix du destin (1977)

Le Général de Gaulle n’a-t-il pas dit que toute la Hollande avait été Résistante ?

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Affiche de Le Choix du destin de Paul Verhoeven (1977)

Trajectoires d’un groupe d’amis dans les Pays-Bas occupés de la Seconde Guerre Mondiale. Il y a ceux qui s’engagent, ceux qui collaborent, ceux qui résistent, ceux qui y échappent, ceux qui trahissent et ceux qui meurent.

En 1975, Paul Verhoeven est prophète en son pays. Auréolé du succès de Turkish Delights et Katie Tippel, il est libre de choisir le sujet de son prochain film. Ambitieux, passionné d’Histoire et marqué par ses souvenirs d’enfance pendant la guerre, il décide d’adapter le roman autobiographique de Erik Hazelhoff Roelfzema, Soldaat van Oranje. À l’époque, le film dispose du plus gros budget jamais alloué à un film néerlandais, et l’avant-première s’est faite en grande pompe avec, pour la première fois de l’histoire du pays, la présence de la famille royale. À noter également qu’il existe plusieurs montages du film, dont une version destinée à l’étranger (2h01) et une version néerlandaise (2h32) sont disponibles en France.

Le Choix du Destin est donc en tous points un film ambitieux, qui s’envisage comme une fresque de la seconde guerre mondiale au Pays-Bas, une véritable chronique de ce pays à cette époque. Ainsi le film commence avant la guerre à l’Université de Leyde où un groupe d’amis se forme, et où la camaraderie se met en place. L’ombre du conflit plane pourtant et le nom d’Hitler est sur les bouches, mais qu’importe : les étudiants fêtent, boivent, jouent au tennis, rient.

Cette insouciance traversera le film, la guerre ayant du mal à entacher la joie de vivre des protagonistes. Le film est ainsi empli d’images qui mêlent l’amour et la mort, l’amitié et l’horreur : un couple qui s’embrasse à la lumière des bombes, des amis qui se retrouvent dans l’enfer d’une cale remplie de charbon, deux amants qui se pelotent quand la Reine parle de Résistance. À la manière d’un Inglorious Basterds, Le Choix du destin parvient à concilier humour et légèreté avec la gravité de son sujet. Tout ceci semble nous dire ici que pendant la guerre, la vie continue, le quotidien subsiste.

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Extrait de Le Choix du destin de Paul Verhoeven (1977)

Les préoccupations de la guerre finiront malgré tout par l’emporter. Quand certains s’embarquent pour l’Angleterre, leurs aventures deviennent sérieuses. Classiques du genre, les péripéties des personnages ont tout de même le mérite de ne jamais tomber dans le manichéisme. En étudiant l’éclatement d’un groupe d’amis, le film permet d’analyser et de justifier les choix de chaque personnage, et de les faire ressentir. Au point que la question se pose forcément : qu’aurions nous fait à leur place ? C’est cette fois-ci à Voyage au bout de l’enfer que le film ressemble, dans sa manière d’explorer la manière dont la guerre pulvérise les personnalités, dynamite les groupes.

Le jeu de massacre se déroule pendant les deux heures, punissant impitoyablement ceux qui n’auront pas fait les bons choix. Le spectateur n’échappera pas aux horreurs de la guerre, Verhoeven filmant comme à son habitude avec un plaisir un peu sadique le sang, le vomi, les excréments. La guerre travaille les personnages au corps, et c’est pourtant dans les séquences les plus habillées que tout se joue. La scène de bal, emplie d’un suspense guindé, regroupe les enjeux autour d’un tango mortel parfaitement chorégraphié où la caméra fait office de troisième corps.

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Extrait de Le Choix du destin de Paul Verhoeven (1977)

Le film se termine à la Libération alors que l’un des personnages, de retour au pays, retrouve ses camarades qui ont comme lui survécus. Honoré du privilège d’accompagner la Reine, il atterrit avec elle en avion sur le sol hollandais. La séquence reprend celle de l’ouverture du film, qui était filmée en noir et blanc et commentée, à la manière des films d’actualité de l’époque. La deuxième fois, elle est filmée en couleur et sans commentaires, intégrée à la fiction du film. Verhoeven semble ici vouloir renvoyer le spectateur à ce qu’il vient de voir : une mise en scène, aussi trompeuse que des poches de faux sangs dissimulés sous des manteaux.

Le Choix du destin marque l’apogée de la période néerlandaise de Verhoeven. Projet aux ambitions démesurées pour l’époque, il marque la volonté du réalisateur d’imposer son cinéma comme concurrent aux grands récits hollywoodiens. Traversé par les thèmes fidèles au réalisateur, le film s’annonce avant tout comme une grande fresque d’aventure qui questionne les positions de chacun face à l’horreur.