Rétrospectives

Retrospective Paul Verhoeven – Le Quatrième homme (1983)

Le quatrième Eros ?

Affiche de Le Quatrième homme de Paul Verhoeven (1983)
Affiche de Le Quatrième homme de Paul Verhoeven (1983)

Gerard Reve, un écrivain bisexuel obsédé par la mort rencontre lors d’une conférence Christine Halsslag, une femme riche et séduisante qui l’invite à passer la nuit chez elle. La liaison qu’elle entretient avec le jeune Hermans, que Gerard avait croisé à la gare en partant d’Amsterdam, persuade finalement ce dernier à rester, découvrant peu à peu qu’il peut être « le quatrième homme »…

Les mains moites et tremblantes devant son miroir, Gérard Rève est exaspéré par la désinvolture de son compagnon violoniste qui ne cesse de le narguer à l’aide de son instrument (sans mauvais jeu de mots naturellement.) Au bord de l’hystérie, il décide de quitter Amsterdam emportant avec lui quelques affaires ainsi que son irritabilité qu’il expose volontiers aux riverains. C’est lors d’un cercle littéraire qu’il rencontre Christine Halsslag, une charmante admiratrice, avec laquelle il entretiendra une liaison torride. Ladite liaison sera agrémentée d’une gratification non négligeable, à savoir l’irruption du bellâtre Herman, partenaire régulier de Christine, un homme qui avait capté son attention quelques jours auparavant dans la gare. Les jeux de regards et autres sous-entendus teintés de regards pétillants s’entremêlent aussi subtilement que les séquences, radicalement tranchées par des visions cauchemardesques de Gérard, persuadé d’être tombé entre les mains d’une veuve noire. Lequel, de lui ou de Herman, sera le quatrième homme ?

Dernier film que Verhoeven tourne en Hollande (avant un retour en 2006 pour Black Book), Le Quatrième homme est pensé comme un adieu à un pays qui n’aura pas offert au cinéaste la reconnaissance qu’il estimait mériter. Son nom fut assimilé par la critique locale à un cinéma du vulgaire excessif. Son film peut être interprété comme une réponse à l’intelligentsia de la critique auquel il adresse cette adaptation de Gérard Kornelis van het Reve, auteur national éminemment respecté en Suède.

Extrait de Le Quatrième homme de Paul Verhoeven (1983)
Extrait de Le Quatrième homme de Paul Verhoeven (1983)

D’entrée, le film nous invite à participer au jeu de l’interprétation, ou plutôt de la sur-interprétation du spectateur face aux éléments volontairement exposés par le réalisateur. A l’image du trio qui se cherche en ne se dévoilant qu’avec pudeur, Paul Verhoeven joue avec son public, s’amuse à le guider avec des ficelles que l’on aurait tort de juger trop épais au premier coup d’œil. L’accumulation des visions d’horreur orchestrées par l’imagination morbide de Gérard sonne comme un repenti d’une folie dévorante et vient sublimer la surenchère comme effet de style dominant du présent long métrage.

A mesure que le film se déploie, c’est l’atmosphère et la bonne santé mentale de Gérard qui s’évaporent. Sous nos yeux, références christiques et supplices sordides s’entremêlent pour engendrer en nous un sentiment de malaise lancinant. Emerge ainsi une œuvre où à force de trop voir, trop parfois, les symboles exposés s’entichent des effets du pastiche, et on se fait la pressante suggestion que nous n’avons en fait rien vu à force de trop en voir.

Le Quatrième homme figure hélas parmi les œuvres trop méconnues Paul Verhoeven, à découvrir ou même redécouvrir sans réserve. Ouvrage à l’étrangeté indéniable, le film est tout entier axé contre les réflexes critiques trop attendus, la démagogie sur-interprétative chère à moult cinéphiles.

Simon Delviller