Rétrospectives

Rétrospective Paul Verhoeven : Total Recall (1990)

« On s’verra à la fête, Richter ! »

Affiche de Total Recall de Paul Verhoeven (1990)
Affiche de Total Recall de Paul Verhoeven (1990)

2048. Doug Quaid rêve chaque nuit qu’il est sur la planète Mars à la recherche de la belle Melina. Sa femme, Lori, s’efforce de dissiper ce fantasme. Doug va bientôt s’apercevoir que son rêve était artificiel et que sa femme est une espionne chargée de veiller à son reconditionnement mental. Il se souvient d’un séjour réel sur Mars, à l’époque où il était l’agent le plus redouté du cruel Coohagen. Il décide de s’envoler sur Mars à la recherche de son énigmatique passé.

2048. Un soleil matinal arrose les stores blancs automatisés de Douglas Quaid. Ce dernier se réveille en proie à un cauchemar qu’il vit chaque nuit, à savoir mourir de suffocation sur la planète Mars. Agacé d’être l’éternel victime de ses rêves et d’une insatisfaction professionnelle majeure, Doug décide de s’en remettre aux mains véreuses de l’industrie Rekall, une entreprise capable d’implanter à la demande des souvenirs préfabriqués, la promesse d’une vie meilleure d’une simple injection. De retour de chez Rekall, Doug va découvrir que sa vie elle-même n’est qu’illusion et que la réponse de sa véritable identité et ses motivations sont sur Mars, qui l’appelle au plus profond de son sommeil.

Le travail au scénario de Dan O’Bannon offre aux spectateurs un univers riche en analyse sociologique de notre époque : les murs écrans qui nous abreuvent d’informations à la seconde, les innombrables fouilles aux rayons x à l’entrée des lieux publics, les écrans publicitaires dans le métro, la vente d’autofictions sensorielles… tout ceci tracent les contours d’une société du spectacle outrancière, où la société devient image et où l’homme accepte, de son plein gré, de s’implanter d’avantage d’images sous forme de fantasme.

Extrait de Total Recall de Paul Verheoven (1990)
Extrait de Total Recall de Paul Verheoven (1990)

« L’aliénation du spectateur au profit de l’objet contemplé s’exprime ainsi : plus il contemple, moins il vit ; plus il accepte de se reconnaître dans les images dominantes du besoin, moins il comprend sa propre existence et son propre désir… » disait Guy Debord. Le premier acte du film dépeint cette société autocentrée dans laquelle chaque individu est dominé par sa propre volonté de fuir la société par le spectacle, hors la société est spectacle, l’homme devient donc un pantin de cet immense théâtre, théâtre dans lequel Doug Quaid se débat comme un Hercule pour reprendre le contrôle de son ancienne existence, le tout guidé par un enregistrement de celui-ci avant la perte de sa mémoire.

Total Recall de Paul Verhoeven est l’adaptation de la nouvelle « We Can Remember it for You Wholesale » de Philip K. Dick, mais il est inutile de faire d’avantage référence à ladite nouvelle tant le film choisit de s’en écarter. Nous sommes d’avantage dans un film avec Arnorld Schwarzenegger que dans une adaptation de science-fiction. Véritable phénomène financier hier, véritable label qualité aujourd’hui, les films comptant Arnorld Schwarzenegger dans son écurie sont des œuvres à part entière. Tout d’abord il témoigne d’une époque décomplexée où se mêle satire dénonciatrice d’une société en perpétuel conflit armée à la comédie outrancière virant parfois au burlesque, et c’est de cette étrange équation que ce calcul Total Recall.

Extrait de Total Recall de Paul Verheoven (1990)
Extrait de Total Recall de Paul Verheoven (1990)

A l’image d’un Sylverstone Stallone ou d’un Chuck Norris en plein effort de guerre, Arnorld Schwarzenegger est tout bonnement invincible et bénéficie des vertus accordées à l’archétype d’action-man en vogue durant les années 80 : munitions illimitées, cicatrisation musculaire miraculeuse, coupe de cheveux implacablement plaqués en arrière, sans compter les désormais cultes one liners : Considère ça comme un divorce, vous pensez que je suis Quaid, gagné ! On s’verra à la fête Ritcher ! Tout ceci contribue grandement non seulement à la glorification du modèle d’acteur incarné par Arnorld Schwarzenegger , mais aussi à la respectabilité intemporelle de ce film, aujourd’hui considéré comme culte par une génération adoratrice de ces curiosités du passé. La passion de certains observateurs est telle que le film est aujourd’hui encore projeté en salle devant des auditoires comblés et euphoriques.

Il peut être aisé d’analyser Total Recall comme un spectacle loufoque ringard ou comme une critique en demie teinte d’un système de consommation macrophage. Quel que soit l’angle d’étude choisi, il est un fait indiscutable que Total Recall est une œuvre épique transpirant l’âme de son réalisateur Paul Verhoven tout autant que de son interprète principal. Le rythme est généreux, la construction narrative étonnement solide et la débauche de testostérone à son paroxysme sont autant d’arguments de vente que l’on ne peut que difficilement rejeter. Déguster ce film comme un concentré vitaminé en appréciant ses vertus euphorisantes pour le corps et l’esprit.

Simon Delviller