Rétrospectives

Rétrospective Steven Soderbergh : Solaris (2003)

TOTAL RECALL

 

Répondant à l’appel de détresse lancé par son ami Giberian, le commandant du Prométhée, une station spatiale gravitant autour de la planète Solaris, le docteur Chris Kelvin décide de se rendre à son bord. Une fois sur place, il découvre que Giberian s’est suicidé et que les deux autres scientifiques présentent des signes aigus de stress et de paranoïa.
Chris mène alors des recherches sur le comportement pour le moins étrange des rescapés. Lui-même sera victime d’une force mystérieuse qui le mettra en présence de Rheya, celle qu’il a aimée autrefois et qui a mis fin à ses jours.

Certes, Steven Soderbergh n’est pas Andreï Tarkovski. Force est donc de reconnaître l’impact de l’œuvre de ce dernier sur le champ artistique. Il s’agit du premier film de science-fiction de son réalisateur, sorti en 1972, dont le scénario reprend les grandes lignes de l’ouvrage éponyme de l’écrivain polonais Stanislas Lem. Le Solaris de Tarkosvki, qui s’ouvrait sur une remarquable composition d’Artemiev, a ainsi engendré quelques émules (cinéma, opéras, pièces musicales, œuvres plastiques). Il serait néanmoins relativement vain de voir dans la version de Soderbergh une quelconque plus-value, autrement dit de la considérer comme une « révolution » dans le genre de la science-fiction, car là n’est pas son but premier.  Pourtant, en dépit de la singularité visuelle évidente de ce remake, presque tous les thèmes du monument de Tarkosvki sont rassemblés ici, dont le plus beau, l’impossible oubli – celui de l’épouse, mais aussi du film originel.

En cela, Soderbergh demeure à la périphérie du genre – hormis un début laborieux, qui peut être compris comme une exposition nécessaire, mais consensuelle -, dont il s’écarte par le biais de flashbacks, tous beaux. C’est ici précisément que se trouve alors l’intérêt de ce Solaris, dans la re-matérialisation du corps et, par là, du souvenir de l’œuvre de Tarkovski. Le film vise alors l’épure, à la fois visuelle et dramatique, mais perd certainement en sublimation et en sidération. Le mysticisme du cinéaste russe trouvait en fait son fondement dans un assemblage de différentes temporalités (cf. l’importance du Temps chez Tarkovski, Le Temps scellé, 2014), mises en image d’une part par le biais du retour de l’aimée, d’autre part par la revendication d’un maillage culturel (cf. les références à la Renaissance artistique). Ainsi le film originel avait presque une vocation démiurgique, là où le Solaris de Soderbergh semble s’enfermer, à la fois dans une époque (le langage visuel de son auteur, très imprégné de l’esthétique du début des années 2000) et dans un cadre narratif précis (la love-story).

Le remake du réalisateur de Traffic n’a donc rien de honteux, d’autant qu’il s’agit probablement du film le plus « sincère » de Soderbergh lorsqu’il est question de ses personnages. Il est toutefois  moins imprégné d’un regard bouleversant sur l’ordre du monde.