Rétrospectives

Rétrospective Steven Soderbergh : Traffic (2000)

La méthode Soderbergh

Le Président des États-Unis nomme un juge de la Cour Suprême de l’Ohio, Robert Wakefiel, à la tête de la lutte antidrogue. Cependant, ce conservateur découvre que sa propre fille, Caroline, est toxicomane.

A San Diego, Helena Ayala mène une vie paisible avec son riche mari Carlos. Mais celui-ci est arrêté, accusé d’être un puissant caïd de la région. Du jour au lendemain, Helena se retrouve sans le sou. La seule façon d’assurer l’avenir de l’enfant qu’elle porte en elle, c’est d’écouler à son tour le stock de poudre blanche.

Les agents infiltrés de la Drug Enforcement Administration, Montel Gordon et Ray Castro, appréhendent le trafiquant Eduardo Ruiz, un subalterne de Carlos qui promet de témoigner contre lui à la Cour. Les deux officiers sont chargés de sa protection.
Au Mexique, le policier Javier Rodriguez travaille sous les ordres du général Salaza. Confronté à la tentation de l’argent, Javier résiste, mais la corruption le conduit à une situation intenable.

Steven Soderbergh est un réalisateur imprévisible et marquant. Auréolé d’une Palme d’Or dès ses débuts, il a, par la suite, été d’un genre à l’autre. Durant toute sa carrière, il a traité de différents sujets mais, s’est trouvé quelques marques de fabriques. Sur ses films comme la trilogie Ocean’s et Logan Lucky, son style est reconnaissable immédiatement. De par son traitement des choses, ses personnages atypiques, la façon avec laquelle ils interagissent,… Soderbergh a trouvé son style, style qui diffère évidemment en fonction du sujet traité et du type de film qu’il désire faire. En ce qui concerne Traffic, c’est encore un autre style, qu’il mettra encore en pratique par la suite.

Traffic est un film traitant de la drogue et plus particulièrement du délicat sujet de la frontière américano-mexicaine. Forcément, implique énormément de monde. Cela va des autorités américaines aux autorités mexicaines en passant par des trafiquants ou encore les forces anti-drogue spécialisées. Dans ce genre de film, Steven Soderbergh aime multiplier les points de vue. En passant d’un personnage à l’autre et donc d’un univers à un autre, Soderbergh donne les clés aux spectateurs pour qu’ils puissent comprendre tous les tenants et aboutissants. Les enjeux sont souvent plus compliqués qu’ils ne le semblent, particulièrement dans des cas comme celui-ci où chaque acteur a son propre agenda. L’éradication d’un cartel pour les uns, l’acquittement dans un procès pour d’autres, garder en vie un témoin clé pour une troisième partie. Bref, tout cela est plus ou moins complexe mais, en tout cas, c’est complet et diversifié. Cette manière de procéder permet évidemment d’aborder une thématique de façon plus ou moins exhaustive, en essayent d’aborder un maximum d’élements et angles.

Cette façon de faire, en multipliant les personnages et points de vue, c’est un des styles que Soderbergh va réitérer dans le futur, dans Contagion, Haywire et Effets Secondaires notamment. Au fil des années, il l’a utilisé jusqu’à bien connaître son fonctionnement. Dans Traffic, c’étaient les prémices bien qu’une certaine maîtrise se fait déjà sentir. Le procédé est fluide, passant facilement d’un arc narratif à un autre. Petit à petit, tout s’imbrique et, cette construction narrative est jouissive puisqu’elle met les spectateurs à l’exercice.

Traffic est également une œuvre dont l’esthétique a été énormément réfléchie. Déjà, l’image est fort granuleuse. Si l’on ajoute à cela la photographie, tantôt très claire et lumineuse, dans les tons jaunes ou encore plutôt bleuté et froide en fonction de l’environnement dans lequel les événements se déroulent, cela donne un résultat particulièrement intéressant. Bien entendu, choisir ces tons en fonction du type d’action et d’environnement n’est pas un procédé neuf mais, il s’agit d’un tout. Ce n’est qu’un élément visuel parmi tant d’autres. Au niveau de la façon de filmer, on remarquera facilement un style documentaire. Cela est en partie dû au fait de vouloir parler de son sujet suivant plusieurs angles mais aussi à la manière de cadrer.

Si la technique et les choix de mise en scène et montage sont les points forts du film, il ne faudrait pas oublier l’impressionnant casting composé, entre autres de Benicio Del Toro, Michael Douglas, Catherine Zeta-Jones, Dennis Quaid, Don Cheadle ou encore Luis Guzman. Les films choraux, Soderbergh adore. Il laisse de la place à chacun pour s’exprimer ce qui fait que jamais un acteur n’essaie de se mettre plus en avant par rapport aux autres et, quand bien même il y en a un qui essayait, le montage est toujours là pour équilibrer tout ça.

Bref, Traffic est évidemment une réussite, comme souvent avec Soderbergh. Ce fut une première tentative, réussie, de tenter un style nouveau pour lui. Visuellement, c’est intéressant mais aussi, et surtout, très prenant. Soderbergh fait en sorte que les spectateurs ne soient pas uniquement spectateurs mais aussi acteurs. Il leur donne matière à réfléchir et à tenter de comprendre à quoi tient ce qu’il leur montre. Pour couronner le tout, le casting est excellent, avec, notamment, un grand Michael Douglas, comme on l’aime.