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Séance de rattrapage : La Couleur Pourpre, de Steven Spielberg (1986)

Alors que certains lèchent les bottes de Steven Spielberg au point d’en avoir la langue râpeuse, sur la récente adaptation des Aventures de Tintin ou le prochain Cheval de guerre, retour sur « un des mauvais films » de Monsieur Steven Spielberg.

L’histoire de deux sœurs, Celie et Nettie, et de leur famille qui a la particularité d’être de couleur noire au cours de la première moitie du XXeme siècle dans le sud des Etats-Unis.

Steven Spielberg est déjà une belle tête d’affiche en 1986. Il a débuté sa carrière cinéma sous l’angle du pot d’échappement de voitures, avec Duel et son oppressante course-poursuite, puis avec Sugarland Express, révélé à Cannes. Il explose ensuite face au grand public, et devient le nouveau prince de l’entertainement hollywoodien. Les Dents de la mer, Rencontres du 3ème type et Les Aventures de l’Arche Perdue et dernièrement E.T. Rien que ça. Mais rares ont été les bons films aux sujets intelligents, profonds et captivants. La fresque historique qu’est La Liste de Schindler apparaît bien seule en tête, bien qu’arrivant après notre sujet du jour. Spielberg est un réalisateur qui sait à la fois faire des films coincés entre l’entertainement visuellement bluffant et le mauvais film intello pétris de bons sentiments. La Couleur pourpre apparaît dans cette seconde classe. Il débute d’une façon pourtant très intéressante. Première scène : les deux sœurs virevoltent dans un champ, scène du bonheur, évasion des corps et de l’âme, parabole de la liberté. Scène suivante : Celie, la moche faiblarde, accouche, scène forte, rupture avec le froid glacial de la température extérieure et mise en situation : ce qu’on va voir ne sera pas tout rose, il va y avoir de la confrontation idéologique et une histoire humaine. En débutant aussi bien, le cinéaste s’est mis une pression : celle de répondre à la problématique et à la force de ces deux scènes. Jamais dans le film il ne réussira à le faire. John Williams a inconsciemment eu du flair : c’est la seule bande originale qu’il n’a pas signée chez Spielberg.

Pendant plus de 2h30, Spielberg déroule les grosses ficelles de son scénario prévisible à souhait, à l’image d’une fin interminable où il concentre toutes les idioties de son film tire-larme. Il surligne son sujet jusqu’à bousiller la pointe bien grasse de son stabilo. Son histoire qui aurait pu être captivante, voit s’enchaîner les scènes niaiseuses et inintéressantes, sur fond de cri de liberté et d’émancipation féminine. Les deux jeunes actrices incarnant les sœurs surjouent à 200% leurs rôles, et Whoopi Goldberg qui prend le relai, peine à recoller les morceaux et tombe également dans un jeu apathique et sans relief, teinté parfois d’un éclair irrésistible, ce qui a fait son charme. Malgré deux trois scènes qui arrivent quand même à faire ressurgir l’émotion parce que le sujet le permet et nous y oblige presque, La Couleur pourpre aligne les bons sentiments, ne trouve jamais un juste milieu entre l’humour qu’il essaye d’installer pour apaiser les côtés dramatique et larmoyant qui sont constamment présents. C’est raté, bien comme il faut. Du Spielberg pour fleur bleue, ennuyeux à mourir. Et bizarrement cette année, nous avons eu sensiblement la même chose avec La couleur des sentiments, qui utilisent des procédés très ressemblants, mais qui arrive à être crédible grâce aux prestations des acteurs et un sujet relativement bien adapté. Alors qu’avait voulu faire Spielberg à l’époque ? Un film larmoyant assumé ? Un film-divertissement pour ménagère de plus de 30 ans ? Une œuvre tout public avec grands discours sonnés au clairon ? Peut-être un peu de tout ça, toujours est-il que le vrai bon Spielberg se situe à des années-lumière de cela…