Festivals, Viva Mexico

Viva Mexico 2016 : Jour 3

Un festival qui dessine les contours d’un pays troublé

Viva Mexico continue de nous faire découvrir le Mexique dans les salles obscures du Luminor Hôtel de ville avec une journée qui trouve encore le parfait équilibre entre la fiction et le documentaire.

Au programme, une comédie dramatique qui explore les troubles économique du Mexique à travers le portrait d’un retraité et d’une étudiante qui vont se lier d’amitié, et un documentaire sur l’emprise du Cartel au nord du pays ainsi que la corruption de la police vu à travers le témoignage de deux destins brisés. Nous avons aussi eu le plaisir de rencontrer Amat Escalante, le réalisateur de La Región Salvaje, durant un petit entretien.

Los Bañistas de Max Zunino et Sofia Espinosa

L’économie s’effondre. Parmi les plus touchés se trouvent Flavia, une adolescente rebelle, et son voisin Martin, un vieil homme grincheux.
Les deux vont apprendre à raconter, non seulement pour survivre à la crise, mais aussi pour trouver le sens de leur vie.

L’avis de Frédéric : Los Bañistas est un film simple, qui s’apprécie en tant que tel. On suit les péripéties des deux personnages principaux avec amusement et empathie mais on ne se passionne pas de leur parcours très anecdotique. La relation qui se noue entre le retraité et l’étudiante est des plus classiques surtout que le film n’ose jamais l’explorer en profondeur, de peur de choquer. Au lieu de ça, il préfère explorer une romance accessoire qui avait pourtant un contexte intéressant. Mais même si le scénario aime jouer de manière ironique sur la situation économique précaire du pays, il ne va jamais creuser les bonnes idées qu’il lance ici et là. En résulte un film de surface qui se laisse suivre pour sa légèreté dépressive plaisante mais qui déçoit pour son envie de pas trop en faire.

Los Bañistas sera rediffusé le 10 à 14h et le 11 à 10h et 14h 

Tempestad de Tatiana Huezo

Une femme est retenue prisonnière dans une prison contrôlée par le crime organisé, une autre recherche sa fille disparue. A travers ces images qui nous entraînent dans un voyage du nord au sud du Mexique, leurs deux témoignages s’entrelacent et nous emmènent au coeur d’une tempête : un pays où la violence a pris le contrôle de nos vies, de nos désirs, de nos rêves. Face à la sincérité de ces deux femmes qui, comme acte de résistance, refusent de se conformer à cette réalité.

Avant-première en France

L’avis de Frédéric : Malgré sa forme très onirique et reposante, le documentaire de Tatiana Huezo est brutal. On ne peut rester indifférent à ces deux témoignages qui traduisent l’horreur de la corruption et de l’emprise du Cartel. Les mots marquent et viennent trancher avec le calme des images, on ressent toute la tristesse de ses personnes, toute leurs peurs dans un enfer qui semble interminable. La réalisatrice à aussi la bonne idée de mélanger ses témoignages avec les tempêtes qu’elle cherche à filmer. Plus Tempestad avance et plus on s’enfonce dans l’ouragan, dans l’horreur du quotidien de ses deux femmes et on ne peut en sortir indemne.

L’avis de Manon : Le récit que nous fait Tempestad est, sous les images soignées et le ronronnement du bus dans lequel a été tourné une grande partie du documentaire, presque insoutenable. A travers deux simples témoignages, le film ne mâche pas ses objectifs et pousse à ouvrir les yeux sur l’horreur qu’impose le Cartel ou les autorités corrompues dans certaines régions du Mexique. C’est donc tout à fait réussi, bien qu’il soit déconseillé de regarder l’oeuvre en cas de grosse fatigue, la forme étonnamment agréable et reposante risquerait de rendre l’expérience assez difficile.

La Région sauvage d’Amat Escalante

Extrait de La Región Salvaje
Extrait de La Región Salvaje

L’avis de Frédéric : Avec son atmosphère lourde et son rythme très lent, La Región Salvaje se mue en véritable trip sensoriel aussi fascinant que hallucinatoire. A l’image des personnages, nous sommes plongés dans un véritable cauchemar/rêve éveillé. Il est passionnant de voir avec quelle grâce Escalante a été aussi loin dans son délire sans que son oeuvre perde en crédibilité, grâce à une mise en scène chirurgicale qui manie à merveille le hors champs et offre des plans d’une beauté sidérante. Réflexion sur l’effervescence des sens et la frustration sexuelle qui prennent ici forme de manière inattendue et très symbolique, l’oeuvre n’hésitant pas à se montrer exigeante envers son spectateur dans un traitement pour le moins original du désir et de ses conséquences.

L’avis de Manon est disponible ici.

Une critique complète du film sera bientôt disponible avec l’interview d’Amat Escalante.