Festivals, Viva Mexico

Viva Mexico 2016 : Jours 4 et 5

Des films qui entendent briser les tabous sur l’homosexualité et la prostitution

Viva Mexico s’offre un week-end plutôt charger avec un thème pour le moins récurrent : la sexualité. Que ce soit l’exploration du quotidien de prostituées vieillissantes dans le documentaire Plaza de la Soledad ou dans le film La Calle de la Amargura ou alors l’amour entre deux jeunes hommes dans Te Prometo Anarquía, la sexualité est montrée dans sa forme les plus tabous pour ce pays à l’esprit très fermé.

Ici le cinéma tente de faire ouvrir les yeux sur un pays machiste, superstitieux et parfois rétrograde mais le fait avec autant de dureté que de délicatesse. On a de l’empathie pour ces laissés pour compte qui trouve à travers ces différents témoignages, fictifs ou non, le moyen d’avoir un peu de lumière sur leurs quotidiens difficiles.

Plaza de la Soledad de Maya Goded

Carmen, Lety, Raquel et Esther ont entre 50 et 80 ans, elles travaillent dans les rues de La Merced. L’âge ne signifie rien pour elles, elles dansent et séduisent encore avec la même énergie que dans leur jeunesse. Mais avec le temps vient l’envie d’échapper à la solitude et à l’insécurité grâce à leurs collègues et amies qui font le même travail, aux hommes mûrs qu’elles fréquentent ou à cette force intérieure qui leur permet de tenir. A travers leurs yeux, on voit les cicatrices que les violences sexuelles, la pauvreté, et l’isolement ont laissé en elles, mais aussi comment leur recherche de l’amour leur donne la force d’aller de l’avant.

L’avis de Frédéric : Maya Goded brosse un portrait tragique de ses travailleuses du sexe vieillissantes. Ignorées par la société, beaucoup moins sollicitées par les clients, elles ont du mal à survivre au jour le jour. Vivant dans l’illusion de l’amour, elles espèrent qu’un homme viendra les sortir de leurs misères mais ceux-ci n’ont qu’une vision machiste sur elles et leurs intérêts sont pervertis. Mais la Plaza de la Soledad se détourne assez vite de la vision du mâle dominant et pathétique pour se resserrer sur l’amour, le vrai. Celui qui unit ces femmes dans l’adversité, certaines étant même en couples l’une avec l’autre, ou encore en traitant de leurs maternités. Le film fait beaucoup d’efforts pour montrer tout le paradoxe de leurs vies et arrive à se montrer touchant même si il a tendance à se répéter sur le dernier acte.

Te Prometo Anarquía de Julio Hernández Cordón

Miguel et Johnny sont amis et amants. Ils se connaissent depuis l’’enfance et passent leurs temps à faire du skate avec leurs amis dans les rues de la ville de México. Ils vendent leur sang et trouvent d’’autres donneurs pour le marché noir. Mais une grosse transaction tourne mal pour tous ceux qui étaient impliqués.

L’avis de Frédéric : Le film de Julio Hernández Cordón met beaucoup trop de temps à se lancer surtout car il manque d’une direction précise. Commençant comme une romance adolescente, puis basculant dans le drame social avant de basculer légèrement dans le thriller, les genres se mélangent mal et aucune idée n’est pleinement exploitée. On sent l’envie de s’imposer dans un cinéma proche de celui de Greg Araki, voulant être un film générationnel et qui brise les tabous mais jamais Te Prometo Anarquía n’aura la subtilité ou la maîtrise pour réussir son pari. Il est souvent approximatif dans sa réalisation et sa direction d’acteurs qu’il apparaît même maladroit à certains moments. On ne se passionne guère pour ce film qui reste au final bien trop sage.

La Calle de la Amargura de Arturo Ripstein

Deux prostituées d’’âge mûr rentrent dans leur taudis, tôt le matin. Elles sont fatiguées de ne rien faire. L’une a des problèmes avec sa fille adolescente et son mari travesti, l’’autre avec sa solitude. Mais cette nuit, elles ont rendez-vous pour fêter la victoire de deux catcheurs nains. Pour dépouiller les petits hommes de leur récompense, elles les droguent dans la maison de passe avec des gouttes ophtalmiques. Mais la dose s’’avère fatale. Sans le vouloir, elles les ont assassinés. Effrayées et perdues, elles commettent alors toutes les erreurs possibles.

L’avis de Frédéric : Arturo Ripstein est un grand nom du cinéma mexicain, et il ne fait aucun doute qu’avec La Calle de la Amargura on à affaire à une de ses œuvres.  Malgré un humour grinçant bien senti, on reste face à un film au ton très sombre et désespéré. Mais on est aussi face à un cinéaste qui peine malgré tout à se renouveler. Le choix du noir et blanc à du mal à se justifier et donne un aspect pompeux à l’ensemble tandis que la mise en scène est ampoulé par son côté linéaire et redondant. Le film ne décolle pas et n’a pas grand chose à dire, ne tirant que très peu de choses du fait divers dont il s’inspire. Ni folie, ni satire, le tout est juste plat au point d’être une épreuve pour le spectateur fatigué.

Somos Lengua de Kyzza Terrazas

Dans plusieurs villes mexicaines, de nombreux jeunes font du rap, passionnés par cet art. Ils vivent pour le rap et s’en nourrissent. Qui sont les rappeurs et rappeuses au Mexique ? Que trouvent-ils dans cette culture que la société ne leur offre pas déjà ? Comment leur intense relation avec les mots et la langue les a-t-elle transformés et les aide à survivre dans un pays qui ne leur offre aucune opportunité ?

L’avis de Manon : Ce documentaire sur le rap mexicain (que, comme beaucoup de français, je ne connaissais absolument pas avant) a un grand capital sympathie et a l’avantage de mettre la musique (ainsi que les paroles) des artistes filmés en avant. Il s’avère donc agréable à regarder, entraînant par son rythme et plutôt touchant par sa sympathie issue de la sincérité des rappeurs. S’il aurait gagné avec une trame un peu plus poussée pour ordonner son propos et l’amener plus loin, Somos Lengua reste aussi intéressant qu’agréable à découvrir pour les novices du sujet qui souhaiteraient s’initier à l’âme du rap mexicain.