Festivals, Viva Mexico

Viva Mexico 2016 : Jours 6 et 7

La fin du voyage !

Après une semaine marquée sous le signe du Mexique, les rencontres cinématographiques Viva Mexico s’achèvent, avec un formidable film de clôture.

Somos Lengua de Kyzza Terrazas 

Dans plusieurs villes mexicaines, de nombreux jeunes font du rap, passionnés par cet art. Ils vivent pour le rap et s’en nourrissent. Qui sont les rappeurs et rappeuses au Mexique ? Que trouvent-ils dans cette culture que la société ne leur offre pas déjà ? Comment leur intense relation avec les mots et la langue les a-t-elle transformés et les aide à survivre dans un pays qui ne leur offre aucune opportunité ?

L’avis de Frédéric : Que l’on ne soit pas un connaisseur ou un fan de la culture rap, Somos Lengua reste un documentaire accessible et même attachant qui expose sans détour un univers fascinant et paradoxal. Exercice très personnel comme pouvant aussi être engagé, le rap est montré ici comme exutoire de la violence mais aussi comme un de ses moteurs, l’un ne peut se dissocier de l’autre. Le portrait est intéressant mais peine à décoller car il reste un peu trop en surface des choses. Ayant une approche très fictionnelle, il préfère souvent les moments mis en scènes que les vrais touches de sincérités, ce qui laisse un peu la sensation d’un manque d’objectivité sur le sujet.

L’avis de Manon est disponible ici

Résurrection de Eugenio Polgovsky

La légendaire cascade “El Salto de Juanacatlán”, autrefois connue comme “le Niagara mexicain”, était source de joie et de vie mais tout changea avec la création d’’un couloir industriel le long du fleuve Santiago (Guadalajara). En quelques décennies, ses eaux devinrent toxiques, détruisant même les souvenirs des pêcheurs et agriculteurs qui virent leur monde disparaître. Aujourd’hui, parmi les ruines toxiques des berges, d’’anciens spectres surgissent, échos d’’un Eden perdu. Dans Résurrection, une famille lutte pour sa survie et ses souvenirs font revivre les eaux cristallines du passé.

Extrait de Resurreccion
Extrait de Resurreccion

L’avis de Manon : Le documentaire s’avère très rapidement nécessaire, puisque le sujet est poignant. Au delà de la pollution du fleuve, il présente son impact direct sur la vie des locaux, victimes de cancers et d’insuffisances rénales en masse – quand ce n’est pas une inquiétante maladie de peau qui brunit étrangement celle d’une fillette. Résurrection montre des images marquantes et éveille les consciences sans néanmoins tomber dans le misérabilisme, son engagement fonctionne. Le gros défauts du film est l’absence de proposition de solutions et d’aide, même à petite échelle, pour les spectateurs. Nous sommes certes, maintenant sensibilisé à cette horreur, mais que pouvons-nous faire pour protester ? 

L’avis de Frédéric est disponible ici

Mr Pig de Diego Luna

Eubanks est un éleveur de cochons californien de la vieille génération. Il quitte ses proches et part sur les routes pour rejoindre le Mexique avec Howard, son dernier très cher et très gros cochon. Il doit lui faire traverser clandestinement la frontière pour lui trouver une nouvelle maison. Alors qu’ils entament leur voyage, l’alcoolisme et la santé défaillante d’Eubanks menacent leurs projets. Mais Eunice, sa fille débarque et rejoint l’aventure. Son entêtement et ses croyances, donnent à Eubanks la force d’avancer pour trouver un vrai chez-lui à Howard et peut être renouer ces liens si importants pour lui.

L’avis de Frédéric : Pour sa troisième réalisation, Diego Luna s’impose comme un réalisateur consciencieux et efficace. La première partie de son film est drôle, enlevée et porte même un regard assez original sur son sujet. Mais partant d’une envie de rendre hommage à la figure paternelle, le tout est rattrapé par une relation père-fille des plus classique qui vient amoindrir une deuxième partie déjà-vu qui tombe dans le drame familial prévisible. C’est assez dommage mais l’écriture à le bon goût d’éviter le pathos et d’avoir une certaine sincérité. Les personnages sont finement écrits et très bien joués, Danny Glover est dans un de ses meilleurs rôles, mais les situations n’échappent pas à un peu de lourdeur lors du dernier tiers. Mais on suit avec plaisir ce voyage certes calibré, mais attachant et à la première partie géniale.

L’avis de Manon : Après une excellente première partie sobre et aux allures rurales, introducteur d’une réflexion nécessaire sur l’élevage de masse, portée par un personnage solitaire et désabusé étonnement très crédible (aucun stéréotype de caractère ne vient finalement se mettre au travers du héros), Mr Pig perd un peu de charme. Le film devient plus convenu et prévisible, tout en restant toujours très sincère et de ce fait, assez touchant. Malgré ses inégalités, Mr Pig n’aura pas de peine à trouver son public et reste un beau film très appréciable pour tous – il faut dire que le charme improbable du cochon joue également en sa faveur.

Me estás matando Susana de Roberto Sneider

Eligio est un acteur de 28 ans, médiocre et charismatique, qui passe son temps à faire la fête. Un beau jour, il rentre chez lui et découvre que sa femme Susana est partie sans un seul mot d’explication. Il part à sa recherche et il se rend compte, en parlant avec les gens, que tout n’allait pas aussi bien qu’il le pensait. Au bout de quelques mois, Eligio dé- couvre que Susana est allée dans l’université d’une petite ville du centre des Etats-Unis. Il vend sa voiture pour un rien et part la chercher, furieux. Dès son arrivée à l’improviste, énervé et impulsif, Eligio est confronté à la société rigide et pleine de préjugés de l’Iowa.

L’avis de Frédéric : Le film de Roberto Sneider est assez rafraîchissant. Se présentant comme une comédie romantique souvent hilarante, l’énergie et le charisme déployé par Gael García Bernal aide beaucoup pour s’amuser des péripéties de son personnage antipathique, il cache aussi un drame sincère et très noir sur les relations de couple. Par moments, Me estás matando Susana prend aux tripes quant il nous met face aux pathétismes qu’engendre les relations amoureuses et à l’irrationalité des sentiments. Il brosse aussi un portrait intéressant du machisme mexicain, tout en finesse et tragédie, où se confronte l’émancipation de la femme moderne présentée avec justesse et retenue par l’interprétation habitée de Verónica Echegui. L’alchimie qu’elle partage avec Bernal fonctionne à merveille dans cette oeuvre plus habile et intelligente qu’il n’y parait avec ses répliques savoureuses. Dommage que le tout s’essouffle dans un final insipide et bien trop attendu.

L’avis de Manon : Me estas matando Susana est l’excellente surprise du festival, porté par un Gael Garcia Bernal en pleine forme. Looser égoïste et infidèle mais surtout totalement immature, il mène sa relation à l’échec, puis s’en étonne pendant le spectateur rit beaucoup du personnage. Au delà de ses défauts, Eligio se présente comme un être sincère et réussit à gagner notre sympathie, bien qu’il ne soit pas épargné par le regard critique du scénario. Le film est un beau portrait des relations amoureuses actuelles, où l’homme veut contrôler tout en perdant son pouvoir paternaliste (dont l’oeuvre se joue à merveille), il s’avère particulièrement savoureux dans son caractère intraitable, n’épargnant presque personne, et surtout pas un personnage secondaire aux allures d’hipster qui vaut à lui seul le détour. Remarquablement bien écrit, Me estas matandu Susana perd néanmoins son souffle sur un final trop facile et décevant. Mais on lui pardonne.

Le film ayant gagné le prix du public se trouve être La Delgada Linea Amarilla dont un avis est disponible ici