Critiques de films, Festivals

Champs-Elysées Film Festival 2012

Première édition pour le Champs-Elysées Film Festival qui s’offre la plus belle avenue du monde du 6 au 12 juin et concocte pour l’occasion une sélection de films américains indépendants en compétition, des avants-premières exceptionnelles, des rétrospectives… le tout dans 7 cinémas de ce quartier mythique. Cinephilia y sera et vous propose les critiques des films en compétition ainsi que quelques surprises, je l’espère !

 

Le prix du public a été remis au documentaire Marina Abramovic : the artist is present.

 

En compétition officielle :

 

LUV, de Sheldon Candis

 

 

Synopsis : Le jeune Woody, 13 ans, attend désespérément le retour de sa mère disparue et vit avec sa grand-mère et son oncle Vincent, tout juste sorti de prison. Une relation de confiance s’installe entre Woody et son oncle, quand ce dernier essaye d’apprendre à son neveu à devenir un homme. Mais lorsque Vincent veut monter sa propre affaire, il est vite rattrapé par son passé et l’apprentissage de l’adolescent s’accélère.

 

Critique : La perle du Champs-Elysées Film Festival sera Luv : un petit bijou d’émotion alliant sobriété et puissance. Un scénario finement écrit, se déroulant dans les trois unités du théâtre classique, laissant toujours une once de mystère suffisante pour susciter notre intérêt. Une journée dans le Baltimore entre mer et bas-fonds pauvres, où un oncle apprend au jeune Woody la vie d’homme alors qu’il vient à peine de sortir de prison et rêve d’ouvrir un restaurant. Une immersion suffisamment efficace pour laisser apprécier le drame qui se profile. Dès les premiers plans, la relation entre Woody (la découverte Michael Rainey Jr dont c’est le premier long métrage) et son oncle Vincent (le très juste Common) est tissée avec une sincérité décoiffante de réalisme. L’intrigue va alors dérouler des belles thématiques, des relations de confiance aux fantômes du passé en passant par le redéfinition d’une famille, la culpabilité, les trahisons et l’apprentissage de la vie. Le regard du réalisateur est sans équivoque, lui qui raconte dans ce film des faits inspirés de sa propre vie. Appliqué, Luv touche par son propos, l’interprétation sans faille de son casting (auquel on rajoute Dennis Haysbert et Danny Glover), la puissance émotionnelle de son histoire et la force de son sujet. Peu de défauts – si ce n’est des cadres mouvants légèrement lassants – Luv est sans aucun doute le coup de coeur de ce festival. C’est beau et fort.

 

L’avis : *****

 

 

The Perfect Family, d’Anne Renton

 

 

Synopsis : Une catholique fervente est en compétition pour être élue «femme catholique de l’année». Pour recevoir cet honneur, elle doit prouver que sa famille est conforme à l’image voulue par l’Eglise. Or, son fils divorce et sa fille lesbienne est enceinte. Parviendra-t-elle à convaincre les membres du clergé ?

 

La critique : Sur le papier, The Perfect Family avait des airs de portes ouvertes à l’humour décomplexé sur un sujet qui préoccupe de nombreuses familles américaines. Il n’en sera rien. Le film de la réalisatrice Anna Renton, lesbienne engagée, reste trop prévisible pour surprendre. Sa narration est classique, sur le rythme d’un cercle vicieux autour d’une mère de famille qui risque d’exploser si elle ne se décide pas à changer ses opinions préconçues et relancer un cadre familial qui s’effrite. Si la performance de Kathleen Turner (La Fiève au corps, Peggy Sue s’est mariée) vaut le coup d’oeil, le long métrage ne surprend guère malgré des thématiques intéressantes, notamment sur le regard que la relation catholique fervente pose sur l’homosexualité et l’adoption. Mais c’est bien trop politiquement correct.

 

L’avis : **

 

Blank City, de Céline Danhier

 

 

Synopsis : New York, à la fin des années 1970. Manhattan était alors pauvre et crasseux ,infesté de rats, le quartier des nouveaux immigrants et des artistes. Que ce soit dans le domaine de la musique, de l’art, de la mode ou du cinéma expérimental, la scène artistique pullulait de nouveaux talents. Ce documentaire revient sur cette époque aussi sombre et trash que féconde.

 

Critique : C’est en passionnée de la culture underground que Céline Danhier s’est intéressée au New York underground des années 70, objet de son documentaire. Esthétiquement propre, l’objet reste profondément académique dans son style – alternance d’interviews et d’extraits de films = a little bit boring. On note l’absence de personnes plus extérieures au mouvement, et donc de point de vue critique. Très répétitif, Blank City reste pour le moins captivant grâce à un sujet riche en témoigne les thématiques abordées et les outils utilisés pour les mettre en scène (la musique, la photographie et bien que la caméra pour le cinéma). Pour illustrer son sujet, La jeune réalisatrice à réuni un parterre d’acteurs de la Blank Generation, d’Amos Poe à Jim Jarmusch en passant par Nick Zedd ou Steve Buscemi. Le documentaire riche et stylisée s’avère aussi fourbe à multiplier les sujets différents sans un chapitrage évident. Un poil foutraque, à l’image de son objet d’étude, mais culturellement utile.

 

L’avis : ***

 

Tabloïd, d’Errol Morris

 

 

Synopsis : Ce film est consacré à l’histoire de Joyce McKinney, ex-Miss Wyoming, qui a été accusée d’avoir kidnappé, séquestré et violé un jeune missionnaire Mormon, dont elle était tombée amoureuse. L’histoire est connue sous le nom de « L’affaire du Mormon menotté ».

 

Critique : Une étrange histoire pour un documentaire déroutant, voici comment résumer en quelques mots de cet étonnant objet qu’est Tabloïd. Il l’est surtout pour son fond plutôt que la forme. Le fond nous plonge dans l’histoire méconnue en France de Joyce McKinney, une jeune et belle femme accusée d’avoir séquestrée un jeune mormon dont elle était follement amoureuse, après l’avoir kidnappée. Le documentaire postule à raconter cette atypique histoire, des simples faits à la réception de cette histoire par les médias, d’ou le titre dû au pouvoir destructeur des tabloïds britanniques lors de l’affaire. Si le fond y est, la forme est bien moins convaincante. La faute à un montage lourd et abrutissant avec des fondus noir amateurs et une titraille trop imposante. En rupture avec le côté classe que se donnent des extraits de films ou d’archives vieillottes. La forme s’est en revanche mise au service du propos, aussi absurde qu’intéressant.

 

L’avis : ***

 

Peace, Love & Misunderstanding, de Bruce Beresford

 

 

Synopsis : Un avocat de New York coincé et conservateur, emmène ses deux enfants adolescents en vacances chez leur grand-mère, une nostalgique des années 60 qui vit à Woodstock.

 

La critique : Depuis qu’il a créé la surprise en 1990 en remportant 4 Oscars avec son étonnant Miss Daisy et son chauffeur au nez et à la barbe d’Oliver Stone, Peter Weir ou Jim Sheridan, Bruce Beresford attire les regards curieux. Lorsque celui-ci termine Peace, Love & Misunderstanding, un film indé au casting des plus reluisants (Jane Fonda, Catherine Keener, Elizabeth Olsen, Jeffrey Dean Morgan) et doté d’un synopsis tout aussi intrigant que sa surprise oscarisée, on croit au retour de celui qui n’a jamais eu les honneurs du grand public. Quoi de mieux que de lui plaire en lui offrant une histoire des plus classiques dans un univers reconnaissable. Son film prône le choc des cultures (conservateur vs. hippie) et des générations (trois au total). Une bonne idée à priori, des moments savoureux à l’horizon… Sauf que la volonté de romancer son propos va fortement nuire au long métrage. Non dépourvu de belles répliques ou de séquences humoristiques (un poil trop rares, hélas), Beresford se vautre dans les bons sentiments. Son puzzle de personnages et un montage saccadé (à l’image du film-annonce concocté en fil rouge par le jeune ado Jake) révèle le travail bâclé: des protagonistes trop simplets, pas assez exploités, les fibres communautaristes superficielles. Il souffle bien sur ce film une bonne volonté, une douce sensation de nostalgie fort plaisante ou une Jane Fonda grimée en hippie toute aussi excellente que savoureuse, mais cela ne suffit à cacher les défauts désagréables de cette comédie un peu trop élémentaire pour trancher dans le vif de son sujet.

 

La note : **

 

 Jesus Henry Christ, de Dennis Lee

 

 

Synopsis : Agé de 10 ans, Henry est un garçon qui a été conçu par fécondation in vitro et élevé par une mère féministe. Pour lui, l’amour de sa mère n’est plus suffisant. Après avoir découvert l’exis- tence d’une demi-sœur, il tente de retrouver son père biologique. Le Dr O’Hara, un homme dépressif, retrouve l’espoir lorsqu’il apprend l’existence de son fils.

 

La critique : Après avoir créé la sensation en 2008 avec son premier long métrage, Fireflies in the Garden, Dennis Lee passe à la confirmation avec son second film. Des complexes de l’amour dans une famille dysfonctionnelle, il utilise de nouveau les thématiques de son précédent film, en y donnant cette fois-ci un aspect plus décalé. Un humour assumé qui fonctionne dans les premières minutes mais s’essouffle très (trop) rapidement. Le propos sur l’adoption ou l’utilisation du bébé-éprouvette ne restera qu’un temps intéressant. La chronique familiale s’envase dans une cacophonie où les acteurs peinent à tirer leurs épingles du jeu, Toni Collette et Michael Sheen en tête. Seul le jeune Jason Spevack attire notre intention et touche par cette volonté farouche de connaître la vérité sur son père biologique. Une bien maigre consolation venant d’un film cherchant constamment à pomper les maîtres indé que sont Little Miss Sunshine ou Juno.

 

La note : *

 

Bernie, de Richard Linklater

 

 

Synopsis : Dans la petite ville de Carthage, au Texas, Bernie Tiede est l’un des habitants le plus apprécié de ses concitoyens. Il est d’une gentillesse extrême, toujours prêt à rendre service. Il lui paraît donc normal de venir en aide à Marjorie Nugent, une veuve autant connue pour son mauvais caractère que pour sa fortune. Bernie a bientôt de plus en plus de mal à répondre aux demandes incessantes de Marjorie. Il craque…

 

La critique : Il est souvent reproché aux mauvais films de rater leurs personnages, que ce soit dans l’interprétation comme dans le fond de ces derniers. Difficile dans Bernie de le faire puisque le film se concentre uniquement sur Bernard Tiede, alias Bernie, l’homme le plus serviable au monde. Tourné comme une sorte de documentaire avec des entretiens de villageois entrecoupés par des scènes de fiction pure, Bernie dresse un portrait attachant de son personnage principal, interprété avec décalage par Jack Black. Doté d’un humour bien senti, le film dirigé par Richard Linklater (Before Sunrise, A Scanner Darkly, Fast food nation) s’amuse du deuil comme de l’extrême gentillesse de son personnage principal. Une Shirley MacLaine en mère vieille peau riche et détestable et un Matthew McConaughey en flic homophobe suffisent à garantir l’intérêt et éviter au film de s’embourber dans les lourdeurs. Le principe fonctionne sur l’ensemble du film, bien qu’il y ait une tendance à s’essoufler vers la fin. Si l’humour y est en retrait, cette fin aborde avec intelligence la notion de culpabilité, les frontières floues du manichéisme. Il en joue, l’assume et le tourne en dérision. Bernie peut être aussi sympathique que lourdingue, à prendre au second degrés dans le décalage comme au sérieux dans le fond des thématiques abordées.

 

L’avis : ***

 

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Le tableau des notes 

LUV : *****

Tabloïd : ***

Blank City : ***

Bernie : ***

Peace, Love & Misunderstanding : **

The Perfect Family : **

Jesus Henry Christ : *

 

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Hors compétition et avant-premières

 

Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais

 

 

Synopsis : Après sa mort, Antoine, homme de théâtre, fait convoquer chez lui tous ses amis comédiens ayant joué dans différentes versions de sa pièce Eurydice. Il a enregistré, avant de mourir, une déclaration dans laquelle il leur demande de visionner une captation des répétitions de cette pièce : une jeune troupe lui a en effet demandé l’autorisation de la monter et il a besoin de leur avis…

 

Critique : Vous n’avez encore rien vu, a dit Alain Resnais. Le titre peut paraître prétentieux, mais il est bien à l’image du film présenté. Ce dernier est une double adaptation de deux pièces signées Jean Anouilh, Eurydice bien sûr et Cher Antoine, l’amour raté.  Vibrant hommage au théâtre et à l’oeuvre d’Anouilh doublé d’un regard auto-critique du cinéaste, Vous n’avez encore rien vu permet à Resnais et ses acteurs d’exploiter un large tissus de sentiments humains, les variations de l’amour dans le temps au travers de trois générations. Pour porter cette originale pièce de théâtre au cinéma, Resnais a réuni des habitués (Sabine Azéma, Pierre Arditi) et le meilleur du cinéma français (l’excellent Matthieu Amalric, Anne Consigny, Michel Vuillermoz, Lambert Wilson…). Le vieux cinéaste français montre que l’originalité n’a pas d’âge, que la liberté n’a pas de frontière, tant que l’amour d’un art et une passion peuvent les réunir. Vous n’avez encore vu, qu’il a dit…

La note : ****

 

Adieu Berthe (ou l’enterrement de Mémé), de Bruno Podalydès

 

 

Synopsis : Mémé is dead. Berthe n’est plus. Armand avait « un peu » oublié sa grand-mère… Pharmacien, il travaille avec sa femme Hélène à Chatou. Dans un tiroir de médicaments, Armand cache ses accessoires de magie car il prépare en secret un tour pour l’anniversaire de la fille… de son amante Alix. Et mémé dans tout ça ? On l’enterre ou on l’incinère ? Qui était Berthe ?

 

La critique : La huitième collaboration entre les frères Denis et Bruno Podalydès sera une nouvelle friandise savoureuse et piquante pour les spectateurs. On ne boude pas notre plaisir, Adieu Berthe est une vraie comédie qui s’amuse de la mort comme il joue avec les sentiments. L’écriture y est fluide, les réparties imprévisibles, la touche Podalydès – cette facilité à créer une alchimie d’histoire avec de nombreux personnages réalistes – assurément visible.

 

La note : ****

 

 In Darkness (Sous la ville), d’Agnieszka Holland

 

 

Synopsis : L’histoire de Leopold Socha qui cacha dans les égouts de la ville un groupe de juif, passant de voleur au héros symbolique.

 

La critique : Remise d’une expérience américaine vaine – malgré le sublime conte Un Jardin Secret – Agnieszka Holland renoue avec son pays et un sujet particulier, le même qui lui avait permis d’être révélée avec Europa Europa. In Darkness, intitulé en version française Sous la ville, est un drame sombre sur une histoire suintant le déjà-vu, mêlant à la fois la force d’Anne Frank et le héroïque de La Liste de Schindler. La force du film ne repose pas sur son sujet, bien qu’émouvant, mais plutôt sur la maîtrise implacable de la mise en scène (jeux de lumières, scènes de panique viscérale, montage lancinant). In Darkness – sélectionné à l’Oscar du meilleur film étranger en 2011 – fut un véritable succès en Pologne, puisque le film dépassa le million d’entrées.

 

La note : ***