Critiques de films, Drame

Critique : A moi seule, de Frédéric Videau

Un peu moins de neuf ans après son dernier long métrage, Variété Française, Frédéric Videau filme un nouveau drame, une nouvelle variation de l’amour paternel avec A moi seule, où le cinéaste raconte comment une jeune femme séquestrée tente de vivre une seconde vie.

 

A moi seule, de Frédéric Videau
A moi seule, de Frédéric Videau

 

Gaëlle est soudain libérée par Vincent, son ravisseur, après huit années d’enfermement, où chacun a été « tout » pour l’autre.
Cette liberté gagnée jour après jour contre Vincent, Gaëlle doit à nouveau se l’approprier dehors, face à ses parents et au monde qu’elle découvre.

Traiter de la pédophilie et de la séquestration au cinéma n’a jamais été chose facile. Le danger, c’est de faire naître une compassion inhérente à la situation de la victime et de mettre en scène l’histoire et les propos avec beaucoup de condescendance. Sur ce point, le récent film de Markus Schleinzer (ex-directeur de casting de Michael Haneke), le glacial Michael, offrait un point de vue déroutant. Il filmait avec beaucoup de froideur la relation que tissait un pédophile avec sa victime, un jeune garçon d’une dizaine d’années. Sans être brillant, le film soulevait des questions et se reposait tranquillement sur une mise en scène sobre, une écriture efficace, malgré quelques longueurs évidentes. A moi seule fonctionne sensiblement sur le même principe. A la différence que l’histoire n’est pas la même. Gaëlle, jeune adolescente séquestrée pendant huit ans par un attachant bourreau dont on ne sait pas grand-chose, se retrouve à l’air libre et doit gagner sa liberté face au regard des autres. Le long métrage de Frédéric Videau ne soulève aucune indignation. Il montre en toute neutralité et pudeur l’impensable. Pas de violence, mais beaucoup de non-dits, une souffrance et une douleur contenues. Agathe Bonitzer excelle, récite mécaniquement un texte qui en dit long sur les ressentiments de son personnage. Face à elle, la force physique d’un Reda Kateb fragile et mystérieux, qui crève l’écran. Plusieurs seconds rôles – dont une nouvelle superbe apparition de Noémie Lvovsky dans une justesse maternelle touchante – viennent renforcer l’interprétation d’un film qui ne souffre d’aucune fausse note. Quelques longueurs, et une ficelle déroulée de façon évidente à la fin (alors que tout le film fonctionnait sur les non-dits) viennent un peu ternir l’ensemble.

 

L’avis : Grave, prenant, émotionnellement contenu, A moi seule touche par son propos et la justesse de l’interprétation. Impossible pour le spectateur de voir naître une quelconque pitié dans un sujet pourtant difficile à mettre en scène à l’écran. Frédéric Videau capte toute la dureté contenue d’une situation difficile à mettre en scène à l’écran.