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Critique : Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, de Timur Bekmambetov

D’un roman-sensation signé Seth Grahame-Smith naquit un film uchronique, Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, réalisé par Timur Bekmambetov, talent protégé de Tim Burton. Et pour quel résultat.

 

 

Affiche du film Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, de Timur Bekmambetov
Affiche du film Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires, de Timur Bekmambetov

 

Lorsqu’Abraham Lincoln découvre que des vampires assoiffés de sang se préparent à envahir le pays, il jure de les éliminer les uns après les autres, à coups de hache. C’est alors que se révèle un chasseur hors pair, menant une guerre secrète sans précédent, avant même de devenir l’illustre figure de la guerre de Sécession.

D’un postulat complètement loufoque, Abraham Lincoln : Chasseur de vampires n’en a assumé que le penchant entertainment. Une demi-déception à la vue de l’écriture désopilante de Seth Grahame-Smith, pourtant scénariste du film et auteur du roman qui fit sensation il y a deux ans de cela. Un scénario qui croise les genres et les goûts comme un chef restaurateur hésitant sur son plat du jour, tel sera le pire défaut qui ressortira de ce film mi-blockbuster, mi-délire express. Bloqué par les codes du genre, la nécessité de toucher un public toujours plus large et les obligations scénaristiques qui vont avec, Abraham Lincon : Chasseur de vampires se vautre tranquillement dans la facilité, voir la surenchère. Il respecte les codes du divertissement grâce à une histoire simplifiée, un rythme agréable, un style visuel bien installé. En revanche, il en oublie tous les penchants délirants et seconds degrés d’un ouvrage qui avait attiré l’œil pour son originalité. De l’originalité, le film de Timur Bekmambetov en manque cruellement. Et même si le réalisateur de Wanted et Numéro 9 impose sa patte visuelle à l’écran et capte notre intérêt, il reste en marge d’un récit premier degrés qui n’assume aucune punchlines et verse dans l’objet trop sérieux.

Extrait du film Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (2012)
Extrait du film Abraham Lincoln : Chasseur de Vampires (2012)

 

Abraham Lincoln : Chasseur de vampires, dans sa version cinéma, ne postule pas à être un improbable croisement des genres, comme l’était le roman initiale de Grahame-Smith. Ainsi, le scénariste-écrivain raconte que l’idée lui est venu lors du bicentenaire de la naissance du fameux Président américain en 2009, alors qu’il s’occupait de la promotion de son précédent roman, Orgueil & préjugés et zombies, également une œuvre à la croisée de deux genres. D’un côté, nous avions le versant d’une histoire inconnue autour d’Abraham Lincoln, et de l’autre côté une parodie du genre vampire, avec en vue les succès de True Blood à la télé et Twilight au cinéma. Le film se dote d’un style visuel très chargé, clin d’oeil entre le film à costume américain et blockbuster aux effets spéciaux qui sonnent terriblement faux. A trop vouloir en faire, à coups de fumées, de ralentis et de cascades en tous genres, Bekmambetov est le seul à se faire plaisir, se situant bien au-dessus d’un récit dont il semble se moquer lui-même. Benjamin Walker campe un Abraham Lincoln sans réelle conviction, à l’instar d’un Dominic Cooper si poseur qu’il en illustre le film à lui tout seul.

L’avis : D’un divertissement au cahier des charges presque trop bien respecté, Timur Bekmambetov réalise un film hermétique et sans le grain de folie qui nappait l’intégralité du roman de Seth Grahame-Smith. Cette production Burton reste taillée pour un grand public qui ne sera pas dupe. On ne s’amuse pas avec Abraham Lincoln : Chasseur de vampires, et c’est bien là tout le problème.