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Critique : The Broken Circle Breakdown (Alabama Monroe) de Felix Van Groeningen

Attention chef-d’oeuvre !

Affiche du film Alabama Monroe, de Felix Van Groeningen
Affiche d’Alabama Monroe de Felix Van Groeningen (2013)

Didier et Élise vivent une histoire d’amour passionnée et rythmée par la musique. Lui, joue du banjo dans un groupe de Bluegrass Country et vénère l’Amérique. Elle, tient un salon de tatouage et chante dans le groupe de Didier. De leur union fusionnelle naît une fille, Maybelle…

Pour tout cinéphile qui se respecte, le nom de Félix Van Groeningen n’est pas inconnu. En effet, ce jeune réalisateur belge s’est fait connaître à l’étranger avec La Merditude Des Choses. Avec ce film, il marquait déjà le coup et ici, avec Alabama Monroe, il remet le couvert. La première fois que j’ai vu ce film, je suis resté assis bien après la fin du générique tellement j’étais scotché par ce que je venais de voir. La seconde fois, j’ai du faire une pause au milieu tant ce film est généreux en émotions. Le titre original, The Broken Circle Breakdown, qui veut dire la panne du cercle cassé, est très représentatif de ce qui va se passer devant les yeux des spectateurs.

Elise et Didier se rencontrent. Ils s’aiment. Ils ont une enfant. Elle aime les tatouages. Il aime le bluegrass. Elle est croyante. Il est athée. Tant de différences et de choses qui les rassemblent. Le hic, leur fille est atteinte d’un cancer. Encore une histoire de couple qui va mal tourner? Non, le film va plus loin que ça. Car la première force de ce film, c’est son scénario. Il est extrêmement travaillé et précis. Chaque scène est faite de façon minutieuse. Chaque personnage existe vraiment. Ils ne sont pas juste lisses et parfaits dans leurs clichés. Ils sont fragiles au moment de traverser cette épreuve familiale qu’est le cancer de leur fille Maybelle.

Extrait du film Alabama Monroe (2013)
Extrait d’Alabama Monroe de Felix Van Groeningen  (2013)

Maybelle, un prénom très américain. L’Amérique, le fantsame de Didier. Ce côté américain plus le bluegrass, véritable passion du père, donnent un univers très marqué au film alors que le  film se passe dans la campagne flamande. Elise et Didier vivent dans une maison assez grande, un grand jardin, des animaux. On pourrait se croire à un petit ranch américain. Cet univers donne un cachet indéniable à l’ensemble. C’est agréable à voir et on aimerait presque aller y faire un tour.  Surtout que dès les premières notes, le bluegrass nous envahit. Le bluegrass, la musique country à l’état pur. Un ensemble de cordes et voix qui envoute. La lumière de Ruben Impens est également superbe. Elle appuie l’univers présent. C’est une photo assez léchée, parfois plus lumineuse, plus forte. Tout ça forme un cocktail qui plonge le spectateur directement dans l’ambiance du film.

Felix Van Groeningen arrive à ne jamais tomber dans le pathos. La situation familiale est suffisemment lourde de sens et le réalisateur n’en rajoute jamais. Il se sert d’un montage non-linéaire habile qui se font s’opposer les scènes dramatiques, scènes de joie et différentes émotions. Ces allers-retours incessants dans le récit permettent de renforcer les émotions  et le vécu du couple. On saisit mieux les différentes étapes qu’ils ont traversé et on ne s’y perd jamais tant tout est clair. De plus, cela permet d’aérer le film et évite la traditionnelle descente aux enfers des personnages lors d’un montage classique.

Impossible de parler de ce film sans mentionner les acteurs, Johan Helderberg (Didier) et Veerle Baetens (Elise) qui sont d’un naturel déconcertant. Ils ne sont jamais dans la surenchère et heureusement vu que le film est déjà assez lourd comme ça. Leur duo fonctionne à merveille et la famille qu’ils forment avec Nell Catrysse (Maybelle) est crédible. Grâce à leur jeu, c’est intense la manière dont leurs personnages vivent. Cela leur donne un côté plus que touchant.

Car oui, des émotions, il y en a. Enormément. On ne ressort pas indemne de la séance. C’est un voyage entre rires, pleurs, joies, tristesses et drames. La traversée du désert de cette famille ne se fera pas sans conséquences. Pas sans conséquences pour eux, ni pour nous.

Alabama Monroe est ce genre de film qui marque au fer rouge. Ce genre de film puissant qui frappe le spectateur de plein fouet avec son flot d’émotions. Si c’est pas un chef-d’oeuvre, c’est clairement un des meilleurs films de cette année.