Critiques de films, Drame, Romance, Thriller

Critique : Alyah, d’Elie Wajeman

Evitant le piège du drame romantique classique, Alyah se pose comme un film salvateur porté par des comédiens indéniablement talentueux.

 

Affiche du film Alyah d'Elie Wajeman
Affiche du film Alyah d’Elie Wajeman

 

Paris 2011. Alex a vingt-sept ans. Il vend du shit et vit dans l’ombre de son frère Isaac, lequel après avoir été son soutien est devenu son fardeau. Alors quand son cousin lui annonce qu’il ouvre un restaurant à Tel-Aviv, Alex imagine le rejoindre pour changer enfin de vie.
Déterminé à partir, Alex doit dès lors trouver de l’argent et faire son Alyah.
Mais il devra aussi tout quitter : Paris qu’il aime tant, Esther son ancien amour, Mathias son ami de toujours et Jeanne qu’il vient de rencontrer.
Saisi entre son Alyah, la vente de drogue, ses amours complexes et un frère destructeur, Alex devra trouver sa voie.

 

 

Quête initiatique vers l’absolution portée par un Pio Marmaï des grands jours, Alyah touche par le propos universel développé par son intrigue. Premier long métrage d’Elie Wajeman, Alyah dispose pourtant bien des défauts inhérents au petit film sans prétention, comme des cadres rapprochés  et une caméra constamment en mouvement comme pour contrecarrer la langueur d’une histoire qui met du temps à se mettre en place avant de manipuler scrupuleusement de ses enjeux. Elie Wajeman y révèle une touchante histoire portée par un personnage dont la sensibilité ne peut laisser indifférent, au-delà de la supposée noirceur du propos. Il s’en dégage une histoire flirtant avec les classiques du genre, mais loin pourtant des codes inhérents à ce genre de thriller psychologico-romantique type américain, où le formatage brille plus souvent que la sincérité d’une histoire racontée. Ici, aucune esbroufe, pas d’effets spéciaux et une action qui en ressort tout aussi intéressante, basée sur le travail des acteurs à faire naître une tension ou sur le regard du cinéaste, toujours au plus près de ses personnages. Ou comment transformer un défaut physique en une force servant une narration.

 

Extrait du film Alyah (2012)
Extrait du film Alyah (2012)

Autour de la fine crème du jeune cinéma français (Adèle Haenel, Guillaume Gouix, Cédric Kahn), Pio Marmaï est de tous les plans, pièce centrale d’une intrigue lente où se juxtaposent un thriller, une très belle romance et un drame familial. En quête d’une rédemption pour enfin devenir quelqu’un, il devra franchir les habituels obstacles, croisera les sentiments amoureux, devra se défaire d’un frère trop paternaliste et étouffant et surtout être l’instrument d’une élévation spirituelle afin de laver son ancienne vie et partir sur de nouvelles bases. Un brin académique sur le papier et pour autant, cette multitude de personnages et d’enjeux se croisent dans une intrigue où, finalement, tout semble couler de source comme une évidence. Alyah est bien cette évidence : l’écriture d’une histoire, le travail d’acteurs et la qualité d’une mise en scène sans esbroufe, trois obligations que peu de films savent réunir et maîtriser d’une manière aussi plaisante, même sans le grain de folie d’un thriller où l’action serait plus ténue.