Comédie, Critiques de films

Critique : American Pie 4, de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg

13, chiffre symbolique symbolisant une certaine forme de chance, est également celui du nombre d’années qui séparent American Pie de son quatrième opus, actuellement en salles. Était-ce nécessaire ?

Affiche de American Pie 4

Comme le temps passe…Souvenez-vous de cette année 1999 où quatre lycéens d’une petite ville du Michigan décidèrent d’en finir avec… leur virginité. Quête héroïque, burlesque, inoubliable… Une décennie plus tard, Jim (Jason Biggs) et Michelle (Alyson Hannigan) sont mariés, Kevin (Thomas Ian Nicholson) et Vicky (Tara Reid) sont séparés, Oz (Chris Klein) et Heather (Mena Suvari) se sont éloignés à contrecœur, tandis que Finch (Eddie Kaye Thomas) soupire encore après… l’extravagante mère de Stifler (Jennifer Coolidge). Quant à Stifler (Seann William Scott), rien ne le changera jamais. Amis d’hier, amis de toujours, ces jeunes hommes attendaient depuis longtemps de pouvoir se réunir le temps d’un week-end pour se remémorer leurs exploits d’antan et y puiser de nouvelles inspirations. Que la fête commence, l’heure du checkup hormonal a sonné…

Forcément, que l’on a en quelque sorte grandi avec la génération American Pie, que cette comédie fut l’une des références en matière de fantasmes adolescents, il résonne comme une nostalgie éprouvée lorsqu’on retrouve les mêmes personnages/acteurs 13 années plus tard pour un quatrième opus. En prime, les deux suites d’American Pie n’avaient pas du tout convaincu la critique et le public. Soit, l’eau a coulé sous les ponts et le temps a passé. Depuis, le public a pu rire à gorges déployées devant SuperGrave (Greg Mottola, 2007), qui est resté la nouvelle référence en matière d’adolescents losers au cinéma. Quoiqu’il en soit, après divers projets avortés, la réunion des personnages d’American Pie a été logiquement validée par Universal. Alors qu’on retrouve – notamment – les frères Weitz à la production (quelle tristesse !), la réalisation et le scénario du film sont confiés à des fans. Pas n’importe lesquels cela dit, puisqu’il s’agit de Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg. Deux types connus pour avoir été les créateurs de la trilogie comique Harold & Kumar. Si nos deux « fans » ont réussi à faire vivre une nostalgie agréable tout au long du film, ils n’ont clairement rien insufflés de mieux. On est même très loin de tout ce qui pouvait faire le charme d‘American Pie à la fin du siècle dernier ! Très peu de contextualisation (hormis une blague poussiéreuse sur les téléphones portables), une histoire lisse et prévisible, American Pie 4 tournent en rond et semble bien loin de déclencher l’hilarité ou l’approbation générale.

Extrait du film American Pie 4 (2012)
Extrait du film American Pie 4 (2012)

Contrairement à American Pie (la version de 1999, entendez bien), le quatrième opus est dépourvu de bonnes idées. Car l’air de rien, le duo Weitz signait, au-delà du film générationnel, un objet intelligent, drôle, bravant les interdits et enfonçant plus que jamais la comédie d’Amy Heckerling (Ca chauffe au lycée Ridgemont, 1982) dans les méandres d’un passé poussiéreux. En effet, ce portrait d’une génération libérée et décomplexée se basait sur des détails anodins qui finalement apportaient tout le charme du film : la flutiste lubrique et déjantée, la langue pendue de Finch face à la mère nympho de Stiffler ou encore les fameuses vidéos sur le net de Jim. 13 ans plus tard, Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg semblait bien avoir compris le principe. La première scène d’intro, aussi amusante soit-elle, rejoue une des scènes clés et cultes du premier American Pie, à base de site porno, de chaussette et de gaffe. Hélas, derrière cette scène se cache un symptôme : American Pie 4 ne proposera jamais rien de mieux qu’une pauvre et navrante relecture du fameux film qui lança la franchise. Hormis un gag en cascade mettant en scène une jeune brunette chaude comme la braise et son ex baby-sitter Jim, on peine à sourire. Et ce n’est pas devant le genre de cliché immonde (Stifler obligé de taper un cuni à une obèse poilue) que le film relève un niveau déjà bien entamé !

Extrait du film American Pie 4 (2012)
Extrait du film American Pie 4 (2012)

Il y a bien une chose qui a changé entre ces deux American Pie si ressemblants : le budget. En 1999, on atteignait péniblement les 11 millions de dollars. En 2012, on dépasse allégrement les 50 millions. Et une quelconque augmentation du cours de la farine ou de la pomme n’est absolument pas en cause. Mais plutôt les comptes en banque de certains, qui n’ont visiblement pas eu grand-chose à se mettre sous la dent depuis American Pie en 1999. Seul, Seann William Scott, alias Stifler, s’est payé quelques rôles quasi similaires un poil intéressants (Eh mec ! Elle est où ma caisse ? et Road Trip). Alors ce n’est pas cette petite analyse financière capilotractée qui fera la différence mais la question est plus que posée : quel est l’intérêt de cet American Pie 4 ? Hormis deux-trois sympathiques surprises lors de la fête « promo 99 », le looong métrage souffre d’une absence de charisme à l’image des répétitions agaçantes et de thématiques bateaux, et surtout d’un cruel manque d’humour et de créativité.

Comme une pâle copie de l’American Pie de 1999, ce quatrième épisode ne propose aucune idée et s’avère lassant, la faute à un scénario lent et alignant des clichés imbuvables. La réunion des personnages n’offrent aucune perspective de spectacle, les thématiques abordées sont visibles à des kilomètres et la finalité de cet American Pie 4 reste plus que douteuse, d’autant qu’une hypothétique suite pourrait être envisagée.