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Critique : Anonymous, de Roland Emmerich

Retour au pays pour Roland Emmerich, qui remet en cause la paternité des œuvres du dramaturge William Shakespeare dans son film Anonymous. Ou comment le réalisateur de blockbusters tels que Godzilla ou Independence Day s’amuse à refaire l’Histoire…

 

Affiche du film Anonymous, de Roland Emmerich
Affiche du film Anonymous, de Roland Emmerich

 

 

C’est l’une des plus fascinantes énigmes artistiques qui soit, et depuis des siècles, les plus grands érudits tentent de percer son mystère. De Mark Twain à Charles Dickens en passant par Sigmund Freud, tous se demandent qui a réellement écrit les œuvres attribuées à William Shakespeare. Les experts s’affrontent, d’innombrables théories parfois extrêmes ont vu le jour, des universitaires ont voué leur vie à prouver ou à démystifier la paternité artistique des plus célèbres œuvres de la littérature anglaise.
A travers une histoire incroyable mais terriblement plausible, « Anonymous » propose une réponse aussi captivante qu’impressionnante. Au cœur de l’Angleterre élisabéthaine, dans une époque agitée d’intrigues politiques, de scandales, de romances illicites à la Cour, et de complots d’aristocrates avides de pouvoir, voici comment ces secrets furent exposés au grand jour dans le plus improbable des lieux : le théâtre…

 

 

En février 2010, Safy Nebbou relancait le débat sur la paternité des œuvres de Dumas et le rôle de son négrier dans l’écriture de ces dernières. Si le point de vue pouvait être pertinent, la platitude de la réalisation et un vaudeville sans grand intérêt avaient fortement dégradé le ressenti final. Avec Anonymous, Roland Emmerich emprunte bien involontairement le même système. En pourfendeur de la vérité « acquise », Roland Emmerich utilise comme point de départ le fait que personne ne peut prouver que Roméo & Juliette ou Henri V aient été écrites de la plume de Shakespeare. Il s’ajoute à une belle liste contenant les noms de Sigmund Freud ou Orson Welles. Mais a-t-il réellement convaincu dans sa vérité, comme le laissait promettre son film ?

 

Extrait du film Anonymous (2012)
Extrait du film Anonymous (2012)

 

Après avoir détruit cinq fois le monde à coup d’extraterrestres ou de dérèglement climatique, Roland Emmerich est revenu dans son pays, avec les influences qui l’ont forgé. Allemagne. Un film auto-financé à moyen budget, un projet vieux d’une dizaine d’années, et une volonté farouche d’emmener le spectateur sur des terrains sulfureux en montant les éléments face-à-face. L’intelligence d’Anonymous réside dans le fait de jouer sur les liens étroits entre politique et art, sous le règne d’Elizabeth I. En apparence, c’est intéressant, voir même alléchant. Mis en application sur l’écran, ce point de vue se transforme en bouillie historique, où les personnages se perdent sans cesse, et où finalement la thèse initiale –la paternité des œuvres de Shakespeare- finit par nous lasser. Dans un film historique, on se doit d’être face à d’autres éléments positifs, au-delà des costumes (qui serait bien la seule récompense valable sur Anonymous). Entre longueurs et théâtre shakespearien adapté à la vie réelle –l’histoire d’Anonymous est profondément shakespearienne, une véritable tragédie- Roland Emmerich ne bonifie pas son sujet. Il reste bien un panel d’acteurs et des générations qui s’entrechoquent, entre Vanessa Redgrave en reine d’expérience, face à deux acteurs de la belle génération britannique que Rhys Ifans et David Thewlis, sans oublier la plus jeune, avec l’ex-vampire Xavier Samuel –dans le rôle de Southampton- Rafe Spall en étonnant William Shakespeare (que l’on voit hélas peu) ou bien Sebastian Armesto, un habitué des rôles de costumes (Pirates des Caraïbes 4, Bright Star et une micro-apparition dans les Tudors).

 

Extrait du film Anonymous (2012)
Extrait du film Anonymous (2012)

 

Qui n’a jamais lu Hamlet, Roméo et Juliette ou encore Macbeth ? Qui n’a jamais été tenté de savoir qui était derrière cet héritage littéraire et artistique ? Nombreux sont les ouvrages expliquant que William Shakespeare n’est pas celui qu’on croit, mais plutôt un illettré n’ayant jamais voyagé, et encore moins écrit. Toute l’intelligence du film devait résider dans ces incertitudes, sur un ton provocateur et néanmoins pertinent. L’hommage littéraire y est, indéniable, surligné sans cesse. En revanche, l’intelligence du scénario est engloutie par un rythme qui ne s’accorde pas avec la densité de propos, d’arguments, de personnages. Le cinéma est aussi un art, et cela, Emmerich le sait bien.

 

 

L’avis : Dans des décors de jeux-vidéos, preuve qu’Emmerich ne jongle plus avec les dollars hollywoodiens, le réalisateur allemand remet en cause la paternité des œuvres de Shakespeare dans une histoire abracadabrante qui ennuie plus qu’elle ne passionne.