Critiques de films

Critique : Another Earth, de Mike Cahill

Dans une sorte de Melancholia du pauvre, Mike Cahill signe un film indépendant coincé entre le drame dans son histoire et la science-fiction dans son décor fictionnel.

 

Affiche du film Another Earth de Mike Cahill
Affiche du film Another Earth de Mike Cahill

 

Rhoda Williams, brillante jeune diplômée en astrophysique, rêve d’explorer l’espace. John Burroughs est un compositeur au sommet de sa carrière qui attend un deuxième enfant. Le soir une autre planète semblable à la Terre est découverte, la tragédie les frappe et les vies de ces étrangers deviennent inextricablement liées l’une à l’autre.

 

L’apocalypse et le cosmos inspire des films pour le moins originaux, fouillé et esthétique, comme Melancholia ou Tree of Life. Prix spécial du Jury du meilleur film dramatique à Sundance, Another Earth est le premier film Mike Cahill. Il est le nom à retenir de ce film. Homme à tout faire puisqu’il y est le producteur, le directeur de photographie et le monteur. On lui doit également le scénario qu’il a co-écrit avec la vedette de ce long métrage, l’inconnue et future talent Brit Marling, qui interprète le personnage principal du film. Another Earth se distingue donc sur le papier grâce à un propos original, teintée de science-fiction. C’est pourtant cet aspect qui intrigue plus que sa trame historique, déjà vu maintes fois au cinéma (une femme en quête de rédemption qui s’éprend d’un homme dont elle a brisé la vie alors qu’il ne connait pas la vérité).

 

Extrait du film Another Earth (2011)
Extrait du film Another Earth (2011)

 

Dès les premières scènes, le film mise sur cette planète étrangement ressemblante à la nôtre. Une fois notre curiosité aiguisée, Mike Cahill juge utile de nous parler d’une façon ou d’une autre de cette planète toutes les cinq minutes. Pourtant elle n’est qu’un prétexte pour servir le propos intérieur sur notre reflet, notre existence, le courage de voir la vérité en face et le pardon. Autant dire que l’écriture reste assez prévisible pour le coup. Du coup, il faut que le travail de Mike Cahill se voie physiquement parlant. Le spectateur se retrouve face à un amoncellement de techniques diverses. Profusion de cadrages différents, zooms grossiers, utilisation de sons électroniques pour renforcer le côté recherche fouillé du film. Another Earth s’apparente à un film sensoriel, qui jouit parfois d’une très belle photographie et de jeux sur les lumières intéressants. Mais dans ce mélange inaudible, il est difficile de clairement identifier ce film et d’en tirer un réel intérêt. Au final, Another Earth finit sur cette question existentielle et fantasmagorique, joignant à la fois les aspects dramatiques et SF : et si une autre version de vous-même avait pris un autre chemin, peut-être le chemin idéal ?

 

L’avis : Another Earth plonge son histoire intime et mineure au milieu d’un élément majeur (la découverte d’une nouvelle planète identique à la nôtre). On en retire un film sensoriel, original dans son traitement, mais qui ne se définit jamais. Si au départ le film de Mike Cahill intrigue, il devient indigeste et anecdotique. Un mal pour ce qui aurait pu être un grand film.

 

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