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Critique : Antiviral, de Brandon Cronenberg

Pourriez-vous vous injecter le virus contracté par votre idole pour mieux se rapprocher d’elle ? Tel est le pitch d’Antiviral, première réalisation d’un certain Brandon Cronenberg.

 

Affiche du film Antiviral, de Brandon Cronenberg
Affiche du film Antiviral, de Brandon Cronenberg

 

La communion des fans avec leurs idoles ne connaît plus de limites.
Syd March est employé d’une clinique spécialisée dans la vente et l’injection de virus ayant infecté des célébrités. Mais il vend aussi ces échantillons, pour son propre compte, à de puissantes organisations criminelles. Sa méthode pour déjouer les contrôles de la clinique : s’injecter les virus à lui-même…
Mais ce procédé va s’avérer doublement dangereux : porteur du germe mortel ayant contaminé la star Hannah Geist, Syd devient une cible pour les collectionneurs…

 

 

Dans la famille Cronenberg, j’ai nommé Brandon, 27 ans à peine, dont le premier long-métrage Antiviral vient de sortir sur un nombre d’écrans très restreints. Rappelant les douces premières heures de son glorieux et prolifique père David, Brandon partage avec ce dernier de nombreux points communs. Avec lui, il partage cette même passion pour la déconstruction de l’être humain, la dégénérescence physique opposée à celle de l’esprit, indubitablement plus psychologique et viscérale. Comme son père, il reste obnubilé par cette fascinante quête de la célébrité, et offre dans notre époque si moderne, un film d’actualité où le fan est prêt à débourser plusieurs billets verts pour s’offrir le même virus qu’a contracté son idole. Les dérives de ce business lucratif ne se limiteraient plus à la simple ressemblance physique. L’homme pourrait désormais se rapprocher si près de sa star tant adorée qu’il peut partager avec elle un virus, quitte à mettre sa propre vie en danger. Obsédé par la science, la confusion des sens entre la machine et le corps et bien sûr l’horreur d’un propos agressif et non dénué d’intérêts, Brandon Cronenberg marche sur les traces de son papa et interpelle le spectateur, aussi bien intellectuellement que visuellement.

 

Extrait du film Antiviral (2013)
Extrait du film Antiviral (2013)

 

Dans une froideur glaciale qui rappelle Chromosome 3, Cronenberg fils filme la destruction du corps avec un machiavélisme aussi réaliste qu’effrayant. Malgré les longueurs qui peuplent cette œuvre complexe dans laquelle l’enfermement est primordial si l’on veut en savourer toute la teneur, aussi gore soit-elle, Antiviral questionne. Jusqu’où peut-on aller pour ressembler à celle que l’on ne peut atteindre ? Le propos paraît simple au premier abord, avant de se complexifier via une étonnante affaire de trafic menée par Syd March (incarné par un excellent Caleb Landry Jones) qui ne captive finalement pas autant que le départ d’histoire semblait le promettre. A trop comparer l’œuvre du fils, aussi ambitieuse et travaillée soit-elle, à celle de son père, on finirait par croire que Brandon Cronenberg manque cruellement d’identité. Sans verser dans le cinéma underground et polémique de son paternel, Brandon Cronenberg semble posséder de tous les attirails qui ont fait le charme d’un cinéma oublié alliant tripes avec sens de l’esthétisme. Mais à l’époque de son père, le mot ‘sembler’ n’existait pas.

 

 

L’avis : Antiviral est un film tordu, noir et complexe, où Brandon Cronenberg partage sa fascination pour les dérives de la science et filme la déconstruction des corps, rappelant plus que franchement les rites initiatiques de son père dans ses premiers longs-métrages.