Critiques de films

Critique : Après le Sud, de Jean-Jacques Jauffret

D’une tragédie en acte finale, Jean-Jacques Jauffret signe Après le Sud, un film dont la construction ressemble étrangement à celle d’Elephant, de Gus van Sant.

 

Affiche du film Après le Sud, de Jean-Jacques Jauffret
Affiche du film Après le Sud, de Jean-Jacques Jauffret

 

Un drame moderne librement adapté d’un fait divers. Dans un après-midi caniculaire du sud de la France, quatre parcours se croisent : ceux de Stéphane et Luigi, deux cousins à peine sortis de l’adolescence, de Georges, ancien ouvrier à la retraite, d’Amélie, la petite amie de Luigi, et d’Anne, la mère d’Amélie. Quatre vies quotidiennes semées de blessures, d’humiliations, de peurs et de fatigue, qui convergent vers une tragédie.

 

Après le Sud se veut être un film transversal, qui croise les quelques heures de cinq personnages différents qui auront tous un point commun : la mort de Luigi, une de ces cinq personnes. De ce drame déjà donc prévu, Après le Sud raconte un itinéraire sans esbroufe, mais également sans réel relief. Le premier long métrage de Jean-Jacques Jauffret est loin d’être complexé par son enjeu dramatique. Les acteurs évoluent sans grande difficulté, mais ne permettent pas d’identification ou d’attachement venant du spectateur. On y voit évoluer par exemple une des espoirs de notre cinéma hexagonale, Adèle Haenel (Naissance des pieuvres, L’Apollonide), qui interprète le rôle central d’Amélie. A l’image de ce personnage, Après le Sud essaye de sortir d’une torpeur assez bien mise en évidence par la chaleur ou les décors.

 

Extrait du film Après le Sud (2011)
Extrait du film Après le Sud (2011)

 

Le métrage suinte quand même une influence de ces films qui nous raconte la même histoire avec un croisement de personnages et une finalité identique pour tous. Reste le petit grain de folie, l’intérêt que l’on peut porter à l’histoire, notamment dans sa gravité, l’interprétation des acteurs, et des éléments plus techniques comme la mise en scène, le montage (important vu la construction du film) ou la photographie. Dans ces éléments, Après le Sud n’est ni mauvais, ni bon, juste indifférent. Ce n’était pas faute d’avoir tenté. Par exemple l’affiche extraite de la scène finale qui montre le corps de Luigi dans une position presque religieuse, est une sorte de clin d’œil à l’iconographie occidentale où le corps est placé d’une façon stratégique par rapport à l’espace où il se trouve. Un procédé pictural qui n’est pas sans passer inaperçu à l’œil du spectateur. Dans le déroulement de l’histoire et de la mise à nu des personnages, on découvre par exemple celui d’Anne (Sylvie Lachat) dont la forte corpulence est assumée, même en tant que différence, mais reste quand même la source d’une humiliation intérieure. Mais là encore, si son personnage est touchant, véridique, il n’y a rien de novateur dans la façon de le montrer.

 

L’avis : Après le Sud est un film relativement bien maitrisé, saisissant l’itinéraire d’une tragédie qui ne nous touche pas. Reste alors un film moyen et une grosse impression de déjà-vu sans plus d’originalité.

 

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