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Critique : Argo, de Ben Affleck

Troisième long métrage de Ben Affleck, Argo illustre le retour en grande forme de l’acteur-réalisateur, désormais favori aux Oscars 2013.

 

Affiche du film Argo, de Ben Affleck
Affiche du film Argo, de Ben Affleck

 

Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Mais au milieu du chaos, six Américains réussissent à s’échapper et à se réfugier au domicile de l’ambassadeur canadien. Sachant qu’ils seront inévitablement découverts et probablement tués, un spécialiste de « l’exfiltration » de la CIA du nom de Tony Mendez monte un plan risqué visant à les faire sortir du pays. Un plan si incroyable qu’il ne pourrait exister qu’au cinéma.

 

 

Il revient de loin, quasi méconnaissable. Flanqué d’une barbe et d’une allure rétro-redfordienne, Ben Affleck alimente son sex-appeal aussi bien qu’il enjolive sa filmographie. Avec Argo, il vient confirmer à qui pouvait en douter que l’acteur-réalisateur est assurément revenu au premier plan. Un retour amorcé en 2007 avec Gone Baby Gone. Depuis cette première réalisation, Ben Affleck choisi prudemment ses projets, se fait plus rare et signe des apparitions plus que notables, comme dans The Company Men où l’acteur brille en victime de l’American Dream, brisé par la crise internationale. En parallèle, il confirmait ses talents de metteur en scène dans The Town, thriller implacable et froid où Affleck joue également. Une double casquette que la star hollywoodienne arbore de nouveau pour Argo, déléguant le scénario à Chris Terrio (Heights). Un choix judicieux tant finalement la mise en scène dépend du brillant scénario délivré dans un schéma narratif qui nous tient en haleine malgré un penchant prévisible. Pour l’haletant Argo est-il en train de devenir la référence pour Ben Affleck ? Explications.

 

Extrait du film Argo (2012)
Extrait du film Argo (2012)

 

Argo joue avec habilité des codes du thriller d’espionnage, oscillant avec brio entre le film politique engagé et la charge anti-hollywoodienne bourrée de cynisme et clins d’oeil. Sans jamais verser dans le trop-plein, Ben Affleck signe un long métrage malin qui se démarque de ce que le cinéma américain donne à voir cette année. Un film virtuose où Ben Affleck se glisse dans toutes les bonnes occasions pour retenir notre attention, choix de plans héroïques comme séquence d’intellect émotionnel. Sa seule erreur sera de glorifier l’action de son personnage avec une émotion trop naïve et un patriotisme à fleur de peau dont on aurait pu se passer pour rester sur l’excellente leçon de cinéma que l’acteur-réalisateur dispense. Un constat qui répond en écho à son résumé un peu hâtif de trente ans d’histoire de l’Iran, façon Wikipédia et raccourcis discutables, qu’Argo dévoile en préambule à son action, non sans style.

 

Extrait du film Argo (2012)
Extrait du film Argo (2012)

 

A l’instar de la scène d’ouverture, Ben Affleck met les pieds dans le plat et assume son postulat. Histoire et Cinéma seront intimement liés, que ce soit pour une question d’intrigue (un faux-film pour faire évacuer des otages) ou pour l’exercice de style lorsqu’Affleck décide d’illustrer l’histoire iranienne entre images d’archives et storyboards. Comme dans un rêve de gamins, Affleck s’amuse à déconstruire le film d’espionnage pour mieux dérouter avec un humour cinglant que John Chambers (un formidable John Goodman) représente au meilleur de sa forme. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard non plus si ce Chambers, personnage historique et centrale de la véritable histoire, était un maquilleur réputé qui avait fait ses preuves sur La Planète des Singes. Du cinéma à l’Histoire, il n’y a qu’un pas. L’inverse devient tout aussi excitant, rondement bien mené, et plus subtil qu’il n’y paraît, même si quelques artifices un peu trop blockbusterisés (des héritages de Pearl Harbor sûrement) amènent un contre-pied à la limite du détestable (le final, faussement ironique). Dans le même, Ben Affleck s’est profondément inspiré des Pollack et Pakula dans la maîtrise formelle d’une intrigue, ce qui confère à son film un sublime regard vers le passé, tout en utilisant la fougue moderne d’une histoire véridique. Un mélange audacieux et si bien mené qu’Argo passerait pour l’illustration parfaite du film grand public réussi. On n’avait pas vu pareille maîtrise depuis Jeux de Pouvoir. D’ailleurs, Affleck y tenait l’un des rôles principaux. Alors, le hasard vous savez…