Comédie, Critiques de films

Critique : Astérix & Obélix – Au service de sa Majesté, de Laurent Tirard

Détruit par une promotion des plus horribles, le quatrième opus des aventures d’Astérix & Obélix au cinéma confirme tout le mal qu’on pense de lui. Hélas.

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p style= »text-align: justify; »>50 avant Jésus Christ. César a soif de conquêtes. A la tête de ses glorieuses légions il décide d’envahir cette île située aux limites du monde connu, ce pays mystérieux appelé Brittania, la Bretagne.
La victoire est rapide et totale. Enfin… presque. Un petit village breton parvient à lui résister, mais ses forces faiblissent. Cordelia, la reine des Bretons, décide donc d’envoyer son plus fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule, auprès d’un autre petit village, connu pour son opiniâtre résistance aux Romains…
Dans le village gaulois en question, Astérix et Obélix sont déjà bien occupés. Le chef leur a en effet confié son neveu Goudurix, une jeune tête à claques fraîchement débarquée de Lutèce, dont ils sont censés faire un homme. Et c’est loin d’être gagné.
Quand Jolitorax arrive pour demander de l’aide, on décide de lui confier un tonneau de potion magique, et de le faire escorter par Astérix et Obélix, mais aussi Goudurix, car ce voyage semble une excellente occasion pour parfaire son éducation. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu…

 

Tail un prophétionnail, jet suis allai… Non on ne pourrait pas faire une critique en essayant d’imiter le britannique aussi bien que Valérie Lemercier dans le quatrième opus des aventures au cinéma d’Astérix & Obélix. Pour cette nouvelle fiesta à beaux chèques, nos irréductibles gaulois s’en vont en Bretagne, comprenez bien sûr la Grande-Bretagne et tout l’héritage culturel que cela comporte. Si par exemple, Paul WS Anderson a violemment souiller notre littérature Les Trois Mousquetaires, c’est sous l’étiquette Astérix et Obélix, fierté de nos BD nationales, que des français font se faire le plaisir d’en faire de même outre Manche. Prenant comme prétexte l’humour – il a beau dos l’humour – ce bulldozer pour box-office caricature la culture anglaise et en même temps déshonore les deux bandes-dessinées qui ont inspiré le film, « Astérix chez les Bretons » et « Astérix et les Normands ». Le tout dans un mauvais goût visiblement assumé. Et dire qu’un malin producteur a refusé la proposition du duo Toledano / Nakache (avec Barratier à la réalisation) sur le Tour de Gaule. La blague est visiblement là.

Ce que la promotion laissait entendre question mauvais goût (rappelez cette ignoble affiche en clin d’œil aux Beatles…), le film le confirme dans un format plus long d’1h45. Dans la lignée des Jeux Olympiques, où Astérix et sa clique se fourvoyaient dans l’horreur humoristique, Au Service de sa majesté débute comme son nom l’indique par un générique hommage à James Bond. L’intérêt : aucun. Si ce n’est pour désarmer son spectateur, qui espérons-le, n’est pas un fin adorateur des BD. Techniquement, on pouvait espérer quelque chose qui surpasse – en même temps est-ce bien difficile – la narration lancinante qui repousse un twist couru d’avance. Laurent Tirard aux manettes, le même qui séduisait le public, soyons honnêtes, avec Le Petit Nicolas, épaulé pour le relief par le directeur de la photographie Alain Derobe (qui a travaillé sur Pina, notamment). Et pourtant. Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté est une immense faute de goût.

Ainsi, après avoir réuni le gratin du cinéma populaire français autour de 60 millions d’euros de budget, Astérix et Obélix 4 s’avère un lent naufrage. Physique d’abord, où l’hommage rendu à Uderzo et Goscinny est totalement absent, où le sens du détail de Londinium est en totale contradiction avec l’animation numérique des décors normands. Thématique ensuite, lorsque Tirard et Vigneron essaient de surfer sur l’actualité avec une parabole de l’immigration qui ne fait rire personne tant elle apparaît poussive. Derrière ces bonnes idées mal exploitées, on tente de faire naître une compassion, en surlignant la relation amicale entretenue par Obélix (campé pour 4ème fois par Depardieu) et Astérix (Edouard Baer, qui transpose sa prestation en scribe dans Mission Cléopâtre en guerrier franc du collier à la recherche de l’amour). Au départ, une bonne idée – jouer sur la prétendue homosexualité des deux – pour finir sur des mièvreries dispensables. Et si c’était le seul et unique problème ! Le mauvais goût, on le pousse loin, jusque dans la musique où Klaus Badelt semble manquer d’inspiration au point de lorgner dans les compos d’Hans Zimmer façon Le Roi Arthur. Saupoudrez cela par la prestation inutile des BB Brunes, et on approche de l’attentat auditif. Fort heureusement, certains choix permettent à ce quatrième volet d’être au-dessus de son prédécesseur – mais loin du désormais culte Mission Cléopâtre où Chabat faisait vraiment de l’humour – tels que Guillame Gallienne dans la peau d’un Jolitorax fort efficace question accent, ou de Vincent Lacoste, employé pour faire le beau gosse et qui finalement séduit par cette nonchalance bienvenue. Même Luchini dans la peau d’un César névrosé pourrait presque séduire, tant il surpasse le mégalo Delon. Cela reste néanmoins, une bien maigre consolation face à l’ampleur d’une comédie populaire qui manque à ses objectifs et offre un piètre hommage en prime.