Comédie, Critiques de films, Fantastique, Romance

Critique : Au bout du conte, d'Agnès Jaoui

Quatrième collaboration pour les Jacri avec Au bout du conte, un délice sucré plein de fantaisie et de réalisme. Le combo parfait !

 

Affiche du film Au bout du conte, d'Agnès Jaoui
Affiche du film Au bout du conte, d’Agnès Jaoui

 

Il était une fois une jeune fille qui croyait au grand amour, aux signes, et au destin ; une femme qui rêvait d’être comédienne et désespérait d’y arriver un jour ; un jeune homme qui croyait en son talent de compositeur mais ne croyait pas beaucoup en lui. 
Il était une fois une petite fille qui croyait en Dieu. 
Il était une fois un homme qui ne croyait en rien jusqu’au jour où une voyante lui donna la date de sa mort et que, à son corps défendant, il se mit à y croire.

 

 

La logique réductrice voudrait qu’en France, il y ait deux types de comédies. L’une bon public, facile, populaire, à gros budget, sous le feu de la critique et inlassablement renvoyée au cachot avec un paquet d’euros sous le bras. La seconde serait plus intello, voir bobo, subtile, référencée, cinéphilique et presque élitiste. Que tu es con mon brave… Et en même temps, Turf et Au bout du conte n’ont absolument rien en commun. Ce qui n’empêche ni l’un ni l’autre de trouver son public. C’est bien la beauté du divertissement. Concurrençant directement les Podalydès et autres Desplechin, le duo Jaoui-Bacri s’est vite imposé dans le paysage de la comédie française. Et pour cause, Le goût des autres (2000), Comme une image (2003) et Parlez-moi de la pluie (2008) ont été doucement plébiscités par la critique, même si la courbe semblait être tirée par le bas.

 

Extrait du film Au bout du conte (2013)
Extrait du film Au bout du conte (2013)

 

Avec Au bout du conte, le duo retrouve un certain allant avec ce film plein de fantaisie, d’humour et de subtilité. Réalisatrice, actrice, scénariste, Agnès Jaoui est un rayon de soleil qui a enfin trouvé des idées de mise en scène pertinentes, alliées à une écriture travaillée et irrésistible, et une direction d’acteurs quasi parfaite. Jean-Pierre Bacri, passé dans l’ombre, continue de faire évoluer sa plume acerbe et pourtant pleine de fraîcheur, alors qu’il se complaît dans le personnage bougon, qui ne croît en rien et ne regarde personne.

 

Extrait du film Au bout du conte (2013)
Extrait du film Au bout du conte (2013)

 

La croyance est justement le thème central de cette comédie douce et piquante à la fois. Croire à un Dieu, croire en soi, croire à la beauté, croire aux relations, croire aux mots… le listing pourrait paraître long et fastidieux. Au final, le duo Jaoui-Bacri s’est efforcé de décortiquer tous les personnages, y compris les secondaires. On se retrouve ainsi avec une violoncelliste amoureuse qui se croit trop bonne amie ou une jeune fille qui a remplacé le doudou par une croix de Jésus. Tout cela fonctionne, imbriquée dans une histoire qui a du sens, de l’intelligence, et une véritable fond, témoignant d’une richesse incroyable. Malgré les longueurs, l’écriture apparaît fluide, le montage est plus subtil, la fantaisie permettant à la fois d’immiscer le rêve dans la réalité, quand Agnès Jaoui s’amuse alors à rejouer les contes de notre enfance (Cendrillon, Blanche-Neige, Le Petit Chaperon Rouge) avec modernité. Tendre et dur à la fois, Au bout du conte joue avec les émotions, peut émouvoir comme il peut faire rire par des choses de la vie courante qui nous ressemble. Il interpelle dans le plus grand sens du terme, et refuse l’hermétisme, comme il refuse le traditionnel happy-end en laissant le doute, ou en inversant des rôles. La surprise est constante, l’émerveillement présent, si bien qu’Au bout du conte (compte), la magie fait son effet. Même Benjamin Biolay, c’est dire !

 

 

L’avis : Renouant avec le choral du Goût des autres, le duo Jaoui-Bacri offre une comédie huilée, écrite à la perfection, dotée de personnages attachants et passionnants. Au bout du conte sert sa fantaisie sur un plateau, sans verser dans le trop-plein étiré en longueur. La catharsis fonctionne si bien que le spectateur a de forte chance de s’y retrouver, avec tout le charme que cela comporte.