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Critique : Avengers de Joss Whedon

Événement attendu et en même temps craint par les fans, le blockbuster Avengers et sa réunion de super héros Marvel est loin de décevoir. Mieux, Joss Whedon a relevé un pari osé et réussi là où de nombreux autres cinéastes aguerris auraient échoué.

Avengers, de Joss Whedon

Lorsque Nick Fury, le directeur du S.H.I.E.L.D., l’organisation qui préserve la paix au plan mondial, cherche à former une équipe de choc pour empêcher la destruction du monde, Iron Man, Hulk, Thor, Captain America, Hawkeye et Black Widow répondent présents. Les Avengers ont beau constituer la plus fantastique des équipes, il leur reste encore à apprendre à travailler ensemble, et non les uns contre les autres, d’autant que le redoutable Loki a réussi à accéder au Cube Cosmique et à son pouvoir illimité…

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Le jeu en valait la chandelle, la barre était haute. Disparu des écrans et du grand public pendant près de dix ans, Joss Whedon effectue avec Avengers un retour tonitruant et pour le moins inattendu. Homme à tout-faire, Whedon n’est autre que le créateur de la série Buffy contre les vampires, le scénariste d’Alien : la résurrection ou de Toy Story. Des univers bien différents. Amoureux de comics, Whedon planche depuis quelques années sur un projet plus atypique. Une réunion de super héros Marvel à l’instar des 4 Fantastiques ou de X-Men. D’autant qu’à voir la liste des super héros présents, il y a de quoi frémir : Thor, Iron Man, Hulk, Captain America, Hawkeye (œil de faucon), Black Widow (la veuve noire) s’unissent sous l’égide de Nick Fury, le boss du S.H.I.E.L.D, pour de lutter contre les volontés destructrices de Loki, le frère déchu de Thor. Ambitieux ? Assurément. Fort d’un budget s’élevant à près de 220 millions de dollars, la tâche n’en était pas pour autant facile. De plus, à quelques mois de la sortie en salles, la production annonçait une conversion en 3D d’Avengers – plutôt que de le tourner pour ce format – et livrait des bandes annonces kitschs et pour le moins inintéressantes. Résultat : on n’attendait plus grand-chose de ce rassemblement initié par un cinéaste irrégulier, dirigeant un film qui serait lui-même dicté par les instances hiérarchiques. Autant vous dire que la surprise fut de taille…

Extrait du film Avengers (2012)

Avengers est, à l’inverse du blockbuster arriéré et niais, un film intelligent. Bourré de références (du Magicien d’Oz à Stan Lee, l’un des créateurs des Avengers en 1963), le long métrage s’avère très bien écrit. Drôle, puissant, pertinent, Avengers peut jouir de son rythme agréable comme d’un scénario lisse et sans fausse note. Joss Whedon parvient à réunir le meilleur de chaque super héros, aussi bien sur le plan psychologique que physique. Il arrive à insérer les facultés et histoires de chacun sans faire un patchwork trop lisible. Il en a tiré le meilleur, et c’est tout un film qui va s’en servir derrière. Ainsi, le spectateur peut jubiler devant la part-belle offerte au personnage Loki, interprété par un excellent Tom Hiddleston. Un personnage complexe, aussi tiraillé que blessé, et qui trouve dans ce scénario toute une raison d’être. Opposé à son frère Thor dans le film éponyme, Loki était déjà le plus intéressant que ce soit grâce à la profondeur de son personnage et l’interprétation de ce dernier par un acteur de grande qualité, futur grand espoir. Hiddleston excelle à faire évoluer un Loki noir, aussi attachant que détestable. Chaque apparition est un plaisir coupable, chose que Whedon arrive à exploiter à la perfection. Si bien que Loki est la satisfaction de ce film, une véritable attraction qui aimante le spectateur sensible.

Une sorte d’alchimie émane sans difficulté de ce long métrage. Dans une construction agréable, Whedon cible chaque personnage. C’est avec philanthropie qu’il filme le narcissique et néanmoins excellent Iron Man (le personnage le plus abouti dans les longs métrages qui lui sont consacrés). Captain America est l’aubaine inattendue pour servir un patriotisme exacerbé sur un plateau d’argent, de sorte que finalement, cet habituel cliché apparaisse agréable. Le tour de force de Whedon, c’est d’avoir d’utiliser Steve Rogers aka Captain America avec parcimonie, ne gardant que la quintessence d’un personnage stratégique. Là où Whedon s’est montré une nouvelle fois brillant, c’est dans l’utilisation attachante de Banner, alias Hulk, dont il arrive même à exploiter un humour presque inattendu. Enfin, le film ne souffre jamais de la testostérone trop étouffante de Thor, qui apparaît plus comme moralisateur que héros. Reste nos deux derniers Avengers, Hawkeye (joué par Jeremy Renner) et Black Widow (interprétée par Scarlett Johansson) qui suscitent notre regard intrigué, surtout cette dernière qui révèle des possibilités historiques intéressantes.

Extrait du film Avengers (2012)

On pourrait ainsi couper Avengers en deux parties : une première plutôt « teasing » où les personnages sont contactés et présentés, en même temps que l’intrigue débute. Puis, une autre plus « expérimentale », où Whedon fait évoluer son écriture et devient encore plus convaincant, jouant aussi bien avec la dérision qu’avec la gravité de la situation, tout en usant de clins d’œil et références. Enfin, la partie « spectacle », où est déployée tout un arsenal d’effets spéciaux, de scènes de combat et de guerre tourbillonnantes, où l’intrigue se termine d’une manière suffisamment convaincante. Tout son travail de construction trouve un écho avec un rythme efficace, loin des irrégularités des précédents longs entièrement dédié à Thor et Captain America. Avec Avengers, il y a comme l’impression d’avoir dévoré une onctueuse recette de cuisine réussie par un grand chef dès son premier essai.

Avengers, c’est la mise en avant des talents de scénaristes de Joss Whedon, plus que ceux de metteur de scène. Si celle-ci est loin d’être mauvaise, Joss Whedon se sert de sa mise en scène comme un bon dico de la réalisation pour les Nuls. A l’instar d’une des premières scènes filmée en contre-plongée, il use et abuse d’effets de style et de plans, donnant l’impression d’un long métrage se transformant en défilé salement esthétisé. Un défaut que le spectateur va se prendre en pleine face, à coup de lens flare hideux , qui rappelle un des terribles défauts du blockbuster US. Inutiles surtout quand ces derniers ne servent pas le film et font plonger celui-ci dans un cliché de mise en scène gênant. Même constat pour la 3D, qui loin d’être infecte, souffre lors des scènes d’action rapide, où elle apparaît trop plate, alors que sur les plans larges et lents, le relief offre un côté sympathique. Whedon se débrouille avec les moyens du bord et finit par rendre son petit joujou fort attachant.

Extrait du film Avengers (2012)

Dans un rythme endiablé, Avengers est un pur plaisir, un divertissement de haute qualité, très bien écrit et suffisamment agréable à regarder. Le scénario exploite à merveille chacun des personnages sans provoquer un collage abrutissant. Et si le film joue sur le teasing dans son premier tiers, il livre ensuite un spectacle plus que convaincant sur la longueur. Un pari osé et ambitieux pour finir sur un film décomplexé, sans prétention et largement réussi. Super héros = super film ? L’équation n’a pas toujours donné des résultats satisfaisants (le dernier remonte peut-être à Scott Pilgrim ou Spider-Man selon les goûts), alors autant en profiter lorsque c’est le cas !