Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod

Lorsqu’un duo spécialisé dans le théâtre se lance dans l’aventure d’un premier long métrage, cela donne une piètre adaptation du classique de la littérature française, Bel Ami.

 

 

Affiche du film Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod
Affiche du film Bel Ami, de Declan Donnellan et Nick Ormerod

 

 

A Paris, à la fin du XIXe siècle, Georges Duroy, jeune homme ambitieux, est déterminé à se hisser au sommet d’une société qui le fascine. Des mansardes miteuses aux salons les plus luxueux, usant de son charme et de son intelligence pour passer de la pauvreté à la richesse, il quitte les bras d’une prostituée pour ceux des femmes les plus influentes de la capitale. Dans un univers où la politique et les médias mènent une lutte d’influence acharnée, à une époque où le sexe est synonyme de pouvoir et la célébrité une obsession, Georges Duroy ne reculera devant rien pour réussir.

 

Subversif. Telle était la définition faite à un déroutant classique de la littérature française écrit par un illustre inconnu, Guy de Maupassant. Il y portait un regard mêlé d’ironie et de critique virulente à l’égard des médias et de la haute société française à la veille du passage au 20ème siècle. Un roman qui évoquait sans détour la manipulation, les vices de la richesse et de la célébrité et bien sûr le sexe. Un envers du décor ignoré par le lecteur, qui a inspiré nombre d’écrivains et marqué le lectorat. Parmi cet incalculable nombre de lecteurs se trouve Declan Donnellan, un amoureux de théâtre qui songeait à adapter le roman pour les planches. Comme beaucoup d’entre nous, il a découvert Bel Ami pendant sa scolarité. Il dit avoir trouvé l’histoire « choquante ». Soit. Il n’y a pas de quoi. La chronique d’un homme des bas fonds qui cherche par tous les moyens de gravir l’échelle sociale pour se venger d’un statut qu’il n’a pas eu. Typiquement le genre d’histoires à avoir été dupliquées à toutes les sauces, sous toutes les formes. C’est ce qu’on appelle une histoire universelle. Guy de Maupassant en a dessiné les contours et peint les intérieurs avec une force réaliste que n’a pas ce film qui postule, soit dit en passant, à montrer à quel point cette histoire peut avoir un écho dans notre société.

 

Extrait du film Bel Ami (2012)
Extrait du film Bel Ami (2012)

 

 

Trop lisse et simple, cette relecture imbuvable de Bel Ami n’a absolument rien de choquant. Bien au contraire. Est-ce les souvenirs lycéens de notre co-réalisateur qui ont provoqué cette vision sans relief et scolaire du roman ? Hormis une maîtrise des costumes, qualité intrinsèque, Bel Ami manque de présence aussi bien dans la mise en application d’un scénario vide que face à la caméra où les acteurs se vautrent dans une théâtralité bien déplorable. Le casting avait de quoi être alléchant: le beau Robert Pattinson vampirise un beau casting féminin composé par Uma Thurman (dont on s’attend à « Hey, what did you expect » à tout instant), Kristin Scott-Thomas et la petite dernière, Christina Ricci. Glamour n’est-ce pas ? Et voici que notre quatuor se lance dans un concours bien étrange qui consisterait à servir face caméra les plus fausses mimiques de visage. Pour couronner le tout, récitez votre texte comme un élève de CE1 et vous obtenez le pire de ce qu’un acteur peut servir à l’écran : du théâtre indigeste.

 

Extrait du film Bel Ami (2012)
Extrait du film Bel Ami (2012)

 

 

Aucun des acteurs ne semblent concernés par le récit. Triste constat, mais semble-t-il relativement logique puisque le récit est d’une navrante pauvreté. La force du roman n’apparaît jamais et George Duroy n’est que trop rarement captivant. Le pauvre Pattinson doit composer avec un personnage limité à ses propres émoluments sentimentaux , loin de la chronique politiquement incorrecte inhérente au roman. Il faut faire briller Pattinson. Un peu comme dans Twilight, au sens figuré bien entendu (manquerait plus que ça). Bel Ami en 2012, c’est préférer l’esthétisation à outrance de l’image aux dépends d’une intrigue mièvre et romancée. La soif de montrer l’échelle sociale de Duroy ne devient qu’anecdotique, tant le récit verse dans le soap-opera façon Amour, gloire et beauté. Cela se voudrait presque plus proche d’une adaptation inexacte des Liaisons Dangereuses, plutôt qu’une réelle vision contemporaine du roman de Maupassant. Conséquence, lorsque Duroy se retrouve au point de non-retour, la puissance viscérale de l’action n’a guère plus de teneur. Elle était forte sur le papier, elle est transparente ici.

 

 

L’avis : Une adaptation vidée de tous ses intérêts, le Bel Ami version cinéma ne répond guère aux attentes et ne livre rien de plus qu’un simple défilé de costumes dans un univers romancé à peine captivant.