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Critique : Blanche Neige, de Tarsem Singh

Après l’indigeste péplum Les Immortels, film prévu comme la porte d’entrée au grand public de Tarsem Singh, le réalisateur américain d’origine indienne se retrouve à diriger un long métrage à gros budget, énième variation du conte de Blanche Neige.

 

 

Affiche du film Blanche Neige, de Tarsem Singh
Affiche du film Blanche Neige, de Tarsem Singh

 

 

Lorsque son père, le Roi, meurt, Blanche Neige est en danger. Sa belle-mère, cruelle et avide de pouvoir, l’évince pour s’emparer du trône. Quand la jeune femme attire malgré tout l’attention d’un Prince aussi puissant que séduisant, l’horrible marâtre ne lui laisse aucune chance et la bannit. Blanche Neige se réfugie alors dans la forêt… Recueillie par une bande de nains hors-la-loi au grand cœur, Blanche Neige va trouver la force de sauver son royaume des griffes de la méchante Reine. Avec l’aide de ses nouveaux amis, elle est décidée à passer à l’action pour reconquérir sa place et le cœur du Prince…

 

 

Si 2012 sera peut-être l’année Burton, elle sera aussi celle de Blanche-Neige. Et le lien entre les deux s’appelle Tarsem Singh, un réalisateur aux talents sous-estimés et encore inexploités. Après la demi-réussite de The Cell (2000), Singh a mis quatre ans à mettre sur pied son ambitieux The Fall, qui ne trouvera ni distributeur, et encore moins son public. Un terrible échec qui fait disparaître Tarsem Singh des plateaux. Il est de retour en 2011 avec Les Immortels, sorte de film bâtard, à la croisée entre l’esthétique léché de 300 et le scénario fainéant façon Le Choc des Titans. Annoncé comme l’explosion au grand public du réalisateur d’origine indienne, Les Immortels est un véritable échec critique. Aucune originalité, ni dans le scénario, ni dans l’esthétique visuelle, qui bien que léchée, n’apporte rien. Nouveau spécialiste du patchwork, Tarsem Singh réédite son exploit avec Blanche Neige (Mirror Mirror), une des deux variations du conte légendaire de Blanche-Neige prévue au cinéma cette année. Alors que Blanche Neige et le chasseur semble opter pour un côté plus héroïc fantasy, la version de Singh veut mettre en avant une relecture kistch et assumée dans une enveloppe visuelle rappelant celle de Burton dans Alice au Pays des Merveilles.

 

Extrait du film Blanche Neige (2012)
Extrait du film Blanche Neige (2012)

 

 

Visuellement, Blanche Neige souffre d’un manque d’identité et d’être assumé jusqu’au bout. Coloré et vivace, le style Singh manque ici de créativité et d’exploiter complètement le penchant kitsch prévu initialement. Car Blanche Neige s’avère relativement plat, sans envergure. Côté scénario, c’est aussi intéressant que basique. Cette Blanche-Neige s’impose une sorte de quête initiatique, passant du statut de jeune enfant, à celui de réelle femme mûre et entreprenante. L’aventure qu’elle va vivre, les souffrances endurées et la découverte du monde extérieur vont lui ouvrir les yeux, et la voici qui s’oppose en coulisses à sa belle-mère vaniteuse, une sorcière franchement délirante, captée par une Julia Roberts qui s’emploie à mettre en relief un personnage stratégique. Face à elle s’opposera une Lily Collins en apprentissage (la jeune actrice n’en est qu’à son quatrième film), dont le charme enfantin fera son effet, gros sourcils mis à part. Quant à Armie Hammer, il se retrouve à jouer un prince sympathique confronté à l’humour soi-disant décapant et inhérent au film, lorsqu’il est victime d’un filtre d’amour… pour chien. Le gag ne fait pas mouche, la faute à un humour décalé qui apparaît bien trop gentillet dans son ensemble. Du coup ce type de scène plus inventive fait tâche dans le décor. Si le film plaira aux plus jeunes qui y retrouveront une certaine féerie et un humour accessible, l’adulte devra se contenter d’une relecture peu inspirée, finalement très plate.

Paradoxalement, ce que Singh propose de meilleur ouvre et clôture le long métrage. Ainsi, une scène d’introduction animée où Julia Roberts narre l’action et affirme qu’il s’agira de son histoire (et non celle de Blanche-Neige, ce qui évidemment ne sera pas respecté) est proposée en guise d’introduction. C’est inspiré, visuellement très intelligent. Le spectateur est alors en droit d’imaginer que tout le reste du long métrage surfera sur cet esprit original, décalé, impertinent et enjoué. Il n’en sera rien ou presque. Enfin, Blanche Neige se termine par un générique tout aussi enjoué, une sorte de clip bollywoodien, infligé avec grâce par Tarsem Singh qui offre un sympathique clin d’œil à ses origines. Le générique vient surtout clore un score imaginé par Alan Menken avec une audace remarquée. Des moments d’originalités certes sympathiques, mais trop rares.

 

L’avis : Sans beaucoup de folie comme le laisser présager les premières images, ce Blanche Neige se laisse regarder, patchwork de plusieurs variations du conte, et patchwork de nombreuses influences. Difficile à cerner, Blanche Neige pourrait tout simplement être un divertissement, ambitieux sur le papier, mais suffisamment appréciable dans son ensemble pour se laisser regarder et charmer par cette relecture qui manque d’assumer son penchant kitsch et son humour « délurée ».