Critiques de films, Drame

Critique : Café de Flore, de Jean-Marc Vallée

Après avoir réalisé des films aussi différents que C.R.A.Z.Y. ou Victoria, les jeunes années d’une reine, Jean-Marc Vallée signe un déroutant et ambiancé Café de Flore.

 

Affiche du film Café de Flore, de Jean-Marc Vallée
Affiche du film Café de Flore, de Jean-Marc Vallée

 

 

Il n’est pas facile de dire adieu à ceux qu’on aime ; pour y parvenir, il faut parfois toute une vie – ou deux. Entre le Paris des années 1960 et le Montréal d’aujourd’hui se déploie une vaste histoire d’amour à la fois sombre et lumineuse, troublante et malgré tout pleine d’espoir. Café de Flore raconte les destins croisés de Jacqueline une jeune parisienne mère d’un enfant unique, d’Antoine un DJ montréalais ainsi que des femmes qui l’entourent. Ce qui les relie : l’amour, troublant, maladroit, imparfait et inachevé… humain.

 

 

A l’instar de la bande-annonce, ce qui attends le spectateur dans Café de Flore, c’est une belle dose de larmoyant, des histoires fortes, et un point commun qui ressort clairement : l’amour. Un thème assez général qui occupe la majeure partie d’un film très flou et peu captivant. Jean-Marc Vallée joue la carte de l’expérimental, du sensoriel et saupoudre à fortes doses son film d’effets de style. Vallée perturbe et saoule son spectateur tout autant. En somme, il donne quelque chose à voir, à défaut d’avoir quelque chose à dire. Encore faut-il que ce soit pertinent. Dès les dix premières minutes, le spectateur est largué, aucun lien n’est établi, et ce ne sont pas les explications digne d’un manuel de philosophie pour les Nuls données par une voix-off agaçante, qui régleront le problème. Pourtant, il y a un petit quelque chose qui se glisse régulièrement entre la trame et l’aspect visuel, surtout quand le film aborde le sujet facilement touchant de Jacqueline et son fils trisomique. Pourtant, dans ce duo à la tendresse communicative, une petite magie opère. On sent une relation fusionnelle, une réelle prise entre Vanessa Paradis l’actrice et l’enfant trisomique, Martin Gerrier. De la tendresse, un combat suffisamment réaliste pour susciter l’engouement, Jean-Marc Vallée n’avait pas à chercher plus loin. L’amour est universel, après tout. Oui mais voilà, notre réalisateur s’amuse encore à glisser des effets de style, il vieillit son image lorsqu’il raconte le quotidien de Jacqueline et son enfant dans le Paris post soixante-huitard. Tout ce qui peut servir à une bonne accroche du spectateur d’un point de vue narrative, est gâché par une mise en scène mielleuse, surchargée et stabilotée à souhait !

 

 

Extrait du film Café de Flore (2012)
Extrait du film Café de Flore (2012)

 

 

Café de Flore met doucement en place les parallèles entre ces deux époques bien différentes (plus de quarante ans les séparent). D’abord, l’amour comme lien universel. Celui qui unit la mère à son fils, plus fort que jamais, et celui qui unit l’homme à la femme lorsqu’il croit à l’âme-sœur. Puis, ces deux sujets se découvrent également les douleurs de la séparation, la peur de l’avenir. Jacqueline s’impose en mère possessive qui veille à ce que le cerveau de son enfant soit toujours en activité. Elle le chouchoute et reste très proche de lui, jusqu’à ce que son enfant se rapproche d’une autre petite trisomique. Mais qu’est-ce qu’un enfant de son âge –et qui plus est trisomique- connait de l’amour et des sentiments? Telle est la question assénée sans concession par la mère. De l’autre côté, Antoine, le DJ, est en proie à un cas de conscience. Il a quitté sa femme avec qui il a eu deux beaux enfants, la laissant s’enfermer dans une spirale infernale autour de la drogue et des médicaments. Dans le même temps, il tente de reconstruire un bonheur avec une autre femme, que les enfants n’acceptent pas –surtout la plus grande, comme souvent. C’est alors que les sentiments se heurtent, le bonheur est redéfini, quelques questions intéressantes se posent (qu’est-ce que l’amour, la fidélité, une âme-sœur, le partage humain). Café de Flore continue pourtant d’errer dans le cafouillage visuel, mais les liens se font plus évidents encore, surtout lorsqu’une histoire d’âmes qui se croisent dans le temps débarquent. Les explications qui en ressortent sont complexes, tiennent debout d’une façon très alambiquée. Mais ces dernières ne se destinent qu’aux spectateurs ayant eu le courage d’accrocher à l’ambiance sensorielle et musicale du film, ainsi qu’à l’intrigue.

 

L’avis : Bourré d’effets de style, Café de Flore n’arrive pas à captiver sur la longueur. La tapisserie visuelle s’allie à une histoire mystique un brin touchante, mais la magie prévue n’opère pas. Reste une Vanessa Paradis juste et émouvante.