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Critique : Dans la maison, de François Ozon

Pour son dernier film, François Ozon adapte une pièce espagnole où manipulation, voyeurisme et inspirations artistiques sont des pièces-maîtresses.

Affiche Dans La Maison de François Ozon

Un garçon de 16 ans s’immisce dans la maison d’un élève de sa classe, et en fait le récit dans ses rédactions à son professeur de français. Ce dernier, face à cet élève doué et différent, reprend goût à l’enseignement, mais cette intrusion va déclencher une série d’événements incontrôlables.

Coquillage d’or du meilleur film à San Sebastian et Prix de la critique internationale à Toronto, Dans la maison n’a pas laissé insensible les grands rendez-vous cinématographiques dans lequel il a été projeté. A juste titre. Retrouvant la beauté travaillée de films tels que Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, Sous le sable ou 8 femmes, Dans la maison regorge d’inspirations diverses pour offrir cet esthétique thriller extrêmement bien huilé. Sur l’écran, Dans la maison est une rencontre inattendue entre Hitchcock et Kafka, où le cinéma voyeuriste croise la littérature à base de mise en abyme et de transformation psychologique de personnages.

Extrait du film Dans la maison (2012)
Extrait du film Dans la maison (2012)

Coincé entre le thriller effrayant et l’habile parodie adaptée librement d’une pièce espagnole intitulée Le garçon du dernier rang (par Juan Mayorga), Ozon y filme le processus de construction d’un spectateur, acteur-voyeur lorsqu’il est dans la maison, narrateur lorsqu’il écrit, manipulateur lorsque la réalité et la fiction se croisent. La construction du scénario s’avère assez répétitive, à base de chapitres où le jeune lycéen (l’excellent Ernst Umhauer, pourtant âgé de 21 ans) livre ses récits, suivis par la découverte de ses derniers par son professeur épaulé par sa femme (Kristin Scott Thomas). Ozon va pourtant habilement y évoquer divers sujets, des nouvelles directives de l’Education Nationale (uniforme, l’apprenant plutôt que l’élève) à la vacuité des relations humaines. Il se moquera par exemple du pathos, offrant une auto-critique savoureuse (parmi tant d’autres) lorsque son Claude achète les Rapha en racontant son triste passé. Mais à l’image de son récit qui gagne en intérêt, François Ozon se perd entre déductions foireuses (le voyeur passerait du manipulateur vénéneux à l’adolescent en recherche d’un vrai père) et superbes idées de cinéma qui ne sont pas sans rappeler d’Alfred Hitchcock avec Fenêtre sur cour, où cette fois-ci le voyeur ne serait plus derrière sa fenêtre sur un fauteuil roulant, mais dehors derrière un banc ou alors en simple lecteur fasciné par ce jeu de rôle qui risque de tourner mal à tout moment.

Extrait du film Dans la maison (2012)
Extrait du film Dans la maison (2012)

Coincé entre son statut d’écrivain raté et celui de professeur de français paternaliste, le personnage incarné par Fabrice Luchini attire tous les regards, et notamment celui de Claude. Luchini s’approche une nouvelle fois d’un rôle qui lui colle à la peau, et sans en faire des tonnes, se montre d’une justesse impeccable dans une théâtralité parfois justifiée. Ernst Umhauer, révélation du film, étonne par sa maturité et séduit avec ce personnage tiraillé par son passé, ses envies d’ailleurs et sa mystérieuse ambition personnelle. L’avantage d’un récit comme celui-ci permet à Ozon de ne jamais stigmatiser son personnage principal et de faire de la lucidité, la qualité de chaque personnage, primaire ou secondaire. A ne jamais réellement cerner Claude (comme il ne cerne pas non plus tous les personnages de 8 femmes par exemple), François Ozon permet au spectateur face à l’écran de rentrer dans le récit, afin de lui-même construire et déconstruire toutes les futiles possibilités de l’action. Chaque détail apparaît alors soigné, comme lorsque le couple Luchini – Scott Thomas passe devant une affiche de Match Point (film de Woody Allen, adepte du style Pasolini) en allant au cinéma. Sur cette dernière, on pouvait y lire « sans règles, la partie devient difficile », écho sublime à ce qu’Ozon en train de narrer ! Bergmanien dans l’introduction de ses personnages, Pasolinien dans le traitement de ces derniers, Ozon voit son film bercé par de nombreuses influences cinématographiques, dont certaines sont pleinement assumées dans son récit à travers la voix critique de Germain, aka Luchini.

Entre manipulation narrative et voyeurisme réaliste, Dans la maison s’avère être un bel objet cinématographique, où Ozon joue avec les mots, les influences littéraires et ses mentors d’un art qu’il porte depuis deux décennies. Dans la maison n’est probablement pas le film le plus abouti de cette longue carrière, mais il permet d’apprécier à sa juste valeur le retour salvateur d’un cinéaste français, probablement le plus doué de sa génération, savant chimiste capable de troubler le spectateur avec une intrigue oscillant entre le thriller incandescent et la comédie où rien n’est laissé au hasard.