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Critique : Des hommes sans loi, de John Hillcoat

D’un classique film de gangster, John Hillcoat signe un beau divertissement avec Des hommes sans loi où son fait d’arme sera d’avoir offert à Shia LaBeouf sa plus belle performance.

 

Des hommes sans loi, de John Hillcoat
Des hommes sans loi, de John Hillcoat

 

1931. Au cœur de l’Amérique en pleine Prohibition, dans le comté de Franklin en Virginie, état célèbre pour sa production d’alcool de contrebande, les trois frères Bondurant sont des trafiquants notoires : Jack, le plus jeune, ambitieux et impulsif, veut transformer la petite affaire familiale en trafic d’envergure. Il rêve de beaux costumes, d’armes, et espère impressionner la sublime Bertha… Howard, le cadet, est le bagarreur de la famille. Loyal, son bon sens se dissout régulièrement dans l’alcool qu’il ne sait pas refuser… Forrest, l’aîné, fait figure de chef et reste déterminé à protéger sa famille des nouvelles règles qu’impose un nouveau monde économique. Lorsque Maggie débarque fuyant Chicago, il la prend aussi sous sa protection. Seuls contre une police corrompue, une justice arbitraire et des gangsters rivaux, les trois frères écrivent leur légende : une lutte pour rester sur leur propre chemin, au cours de la première grande ruée vers l’or du crime.

 

L’auteur de l’ambitieux The Proposition ou de l’haletant La Route signe avec Des hommes sans loi un film de gangster qui réunit les codes du genre mais également du divertissement aseptisé et prévisible. Si bien que Des hommes sans loi se laisse regarder sans aucune difficulté mais n’accroche pas autant qu’un Parrain ou même Public Enemies avec qui il partage clairement la sensation d’un hommage. Teinté de western et de polar gangstérisé dans l’Amérique de la Prohibition, Des hommes sans loi n’est ni une faute de goût, ni un grand bijou. La faute à un schéma narratif trop lisible qui ne laisse aucune place à l’imprévu. En se voulant rodé et maîtrisé, le travail de John Hillcoat demeure trop classique et indolore. L’action ne manque pourtant ni de rythme ni d’efficacité. La violence, bien qu’esthétisée, ne se trouve pas non plus reléguée au second plan, tant Des hommes sans loi contient son lot de petites scènes choc.

 

 

Extrait du film Des hommes sans loi (2012)
Extrait du film Des hommes sans loi (2012)

 

Principal force du film, l’impeccable distribution s’impose naturellement à l’instar d’un Guy Pearce interprétant un flic de la ville maniéré ou d’un Tom Hardy en brutal frère protecteur (rôle qui colle toujours aussi bien à son physique). La révélation sera à mettre au crédit de Shia LaBeouf, dont le rôle stratégique de petit frère soumis bien décidé à montrer que les muscles ne font pas tout, touche très facilement. Mais la lisibilité de son rôle est à l’image de ce que Des hommes sans loi laisse comme goût final. Le film ‘en remet à quelques mauvaises fulgurances bien senties – histoire de détendre l’atmosphère – mais totalement désuètes (le grognement de Tom Hardy, la scène de nu d’une Jessica Chastain trop absente). Un manque de régularité que tente de masquer une violence qui elle, ne laisse pas insensible. John Hillcoat s’empare du roman de Matt Bondurant, The Wettest County in the World, avec un classicisme étonnant, une dose de minimalisme parfaite pour séduire le public, mais insuffisante pour faire de ce film, un inoubliable dont on ressortira la copie à la fin de l’année, histoire de faire le bilan.

 

L’avis: Des hommes sans loi illustre l’exemple du film de gangster sans prétention et inoffensif qui se pose comme un divertissement agréable, maîtrisé et sert une distribution heureusement plus intéressante que sa trame trop lisible.