Critiques de films, Drame

Critique : Des vents contraires, de Jalil Lespert

Tiré d’un roman d’Olivier Adam, le second film de Jalil Lespert est une chronique familiale dramatique, mêlant une disparition et les complications qui vont avec. Touchant, sans être grandiose.

 

Affiche du film Des vents contraires de Jalil Lespert
Affiche du film Des vents contraires de Jalil Lespert

 

La vie de Paul bascule le jour où sa femme Sarah disparait subitement. Après une année de recherches infructueuses, Paul est un homme brisé, rongé par le doute et la culpabilité. Sa dernière chance est peut être de tout reprendre à zéro : déménager avec ses 2 enfants à Saint-Malo, la ville où il a grandit. Mais des rencontres inattendues vont donner à ce nouveau départ une tournure qu’il n’imaginait pas.

 

 

Alors qu’elle s’apprête à jouer une femme au fond du gouffre sentimental (ou presque) dans La Délicatesse –dans les salles la semaine prochaine -, Audrey Tautou endosse le costume de la femme disparue. C’est au tour du mari (Benoît Magimel) se souffrir, d’être aussi tiraillé de ne pas savoir ce qu’est devenu sa femme. Seul, incapable de se redonner le sourire, il revient sur ses propres traces, à Saint-Malo. Mais là encore, notre Paul enquille les problèmes et rencontre une palette de personnages. Il prend en pleine face la colère intériorisée de son frère (Antoine Duléry) qui l’aide pourtant du mieux qu’il peut, il rencontre un père de famille sur les rotules parce que judiciairement dangereux et pourtant terriblement attachant (Ramzy Bédia), un cinquantenaire –en la personne du toujours très bon Bouli Lanners- qui a eu le malheur de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment, et a tout perdu (boulot, permis, femme…), ou bien une jeune fille (Marie-Ange Casta) dont il se rapproche trop dangereux, alors qu’elle n’est que son élève en conduite. Dans cette sorte de chronique avec des personnages différents et hauts en couleur, Benoît Magimel s’en sort avec justesse et beaucoup de naturel. On s’accroche à son personnage, qui encaisse les coups. On le pense au fond du trou, et on lui rajoute encore un autre souci. Pourtant, sans s’en rendre compte, et avec un jeu de non-dits, il fait le bien autour de lui, il arrive à tranquilliser des personnes alors que lui en aurait grandement besoin. Et si ces épreuves lui servaient aussi ?

 

Extrait du film Des vents contraires (2011)
Extrait du film Des vents contraires (2011)

 

Des Vents Contraires s’avère être un beau drame, très facilement touchant vu le sujet, et qui ne tombe dans pas le feu d’artifice de l’esbroufe scénaristique. Avec cette histoire, on emmagasine dès le départ beaucoup d’émotions différentes, de l’inquiétude à la tristesse, de la colère à la rancune, de joie au bonheur, de l’amour à la haine. Mais jamais on ne surjoue, jamais on ne survole son sujet. Jalil Lespert a réussi là où beaucoup se seraient casser les dents dans un mélo larmoyant et sans intérêt. Mais ici il y a une histoire, une distribution d’acteurs parfaits qui embellissent un beau drame. Le réalisateur saisit derrière sa caméra, toute la douleur et les difficultés du personnage qu’interprète Magimel. Un personnage d’ailleurs facile, puisqu’il y a le risque de le faire tomber dans le pathos bon public, ou bien dans la caricature la plus totale, alors qu’on pensait être crédible. Mais pour Des Vents Contraires, on joue la carte de la sincérité. L’union de ces personnages, leurs histoires et caractères différents, font qu’il en ressort une fraîcheur intéressante. Parfois, le film manque de muscle, mais son ensemble reste émouvant, il propose quelque chose à voir, une façon de se relâcher devant l’écran, dans une histoire qui pourrait arriver à n’importe qui. Il y a donc un film qui nous parle, et qui fonctionne correctement dans son ensemble, sans être un des bijoux de cette année 2011.

 

L’avis : Un très beau drame, porté par un casting des plus sérieux et convaincant, à l’image d’un Benoît Magimel attachant. Une réussite plus que convenable pour Jalil Lespert.