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Critique : Diego Star de Frédérik Pelletier

Entre noirceur et froideur, Pelletier signe un premier long-métrage maitrisé

 

Affiche de Diego Star de Frédérik Pelletier (2013)
Affiche de Diego Star de Frédérik Pelletier (2013)

Diego Star c’est le nom d’un bateau. L’armateur est chypriote et, comme souvent, ne fait pas forcément tout ce qu’il faut pour maintenir correctement sa flotte. C’est ce qui arrive au Diego Star. Mal entretenu, par manque de matériel en correct état plutôt que par laxisme des mécanos, le bateau doit accoster au Canada à cause d’un problème de soupape. Les gardes-côtes s’en mêlent et le mécanicien en second, Traoré (Issaka Sawadogo), décide de dire la vérité aux canadiens afin de gagner leur combat contre leur employeur qui ne les a plus payés depuis 2 mois. Les choses ne vont évidemment pas se passer comme prévu. Traoré qui vit en attendant chez une cuisinière de la cantine du chantier naval va avoir des problèmes avec son employeur, l’équipage du bateau et son ami et collègue Timo (Yassine Fadel).

 

Comme je le disais en introduction, le film se passe au Canada, en plein hiver. Cela donne une froideur physique au film mais là où elle est la plus importante c’est au niveau moral et psychologique. Ce qui arrive à ce mécanicien est terrible. Pourtant, Frédérik Pelletier arrive à donner une certaine chaleur grâce au personnage même de Traoré, homme solide qui, avec son hôte notamment, reste agréable et garde une joie de vivre assez surprenante. Autre contraste réussi, celui de la noirceur/luminosité. Le propos du film est noir. C’est loin d’être évident pour ces marins et, de par le côté hivernal, le film garde une touche de lumière plutôt jolie. La photographie léchée contraste bien avec la lourdeur des événements.

 

Extrait de Diego Star de Frédérik Pelletier (2013)
Extrait de Diego Star de Frédérik Pelletier (2013)

Au niveau de la réalisation, Frédérik Pelletier, dont c’est le premier long-métrage, fait du très bon boulot. Certains de ses plans son lourds de sens. Il maitrise son film admirablement bien. Il n’utilise pas de gros artifices inutiles et préfère laisser libre cours à l’action.

 

Issaka Sawadogo et Yassine Fadel ne vous disent sans doute rien mais retenez bien leurs noms, vous en entendrez de nouveau parler. Le premier est burkinabais, le second est belge d’origine marocaine et ils livrent tous deux une excellente prestation. Sawadogo tient le film sur ses épaules à lui seul. Il a une carrure impressionnante, une vraie gueule de cinéma. C’est un acteur très physique qui arrive à faire passer diverses émotions assez facilement ce qui fait qu’on se prend immanquablement d’affection pour son personnage. Yassine Fadel quant à lui a déjà pu jouer avec Aaron Eckhart dans le pas forcément très réussi The Expatriate. Il montre ici l’étendue de son talent qui ne fait que monter. Grâce à son personnage et son interprétation, il apporte au film une certaine touche de naïveté pas déplaisante.

 

Pour conclure, Diego Star est une première réalisation aboutie qui, on l’espère, trouvera son public. Même s’il n’est pas parfait et a quelques longueurs par moments, le film a le mérite d’aller au bout des choses et de traiter un sujet pas forcément évident de façon remarquable.