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Critique : Django Unchained, de Quentin Tarantino

Western spaghetti hommage aux Corbucci et autres Leone, Django Unchained est également derrière son efficacité sans faille, le film le plus abouti de Tarantino depuis Pulp Fiction. Pourquoi s’en priver !

Affiche de Django Unchained

Dans le sud des États-Unis, deux ans avant la guerre de Sécession, le Dr King Schultz, un chasseur de primes allemand, fait l’acquisition de Django, un esclave qui peut l’aider à traquer les frères Brittle, les meurtriers qu’il recherche. Schultz promet à Django de lui rendre sa liberté lorsqu’il aura capturé les Brittle – morts ou vifs.

Alors que les deux hommes pistent les dangereux criminels, Django n’oublie pas que son seul but est de retrouver Broomhilda, sa femme, dont il fut séparé à cause du commerce des esclaves…
Lorsque Django et Schultz arrivent dans l’immense plantation du puissant Calvin Candie, ils éveillent les soupçons de Stephen, un esclave qui sert Candie et a toute sa confiance. Le moindre de leurs mouvements est désormais épié par une dangereuse organisation de plus en plus proche… Si Django et Schultz veulent espérer s’enfuir avec Broomhilda, ils vont devoir choisir entre l’indépendance et la solidarité, entre le sacrifice et la survie…

Avec Inglourious Basterds en 2009, Quentin Tarantino livrait une relecture délirante de la Seconde Guerre mondiale au travers d’une jouissive chasse aux nazis portée par un Brad Pitt en contre-emploi et à la grimace facile. Un long-métrage qui respectaient avec délice les codes tarantinesques tout en assumant ses plus profonds défauts, car oui, Inglourious Basterds en comptait des nombreux. Pour Django Unchained, sorte de suite spirituelle (que l’on placerait plus comme un préquel, puisque se déroulant pendant la Guerre de Sécession), la barre est encore plus haute. La vengeance est elle toujours omniprésente, quand Tarantino troque l’holocauste pour évoquer cette fois-ci l’esclavagisme. Plus ancrée dans la polémique et la tension d’un sujet, la folie tarantinesque frôle autant son paroxysme que la perfection, rappelant les douces heures de Pulp Fiction. Entre les références cinéphiliques nombreuses (de Ford à Leone en passant bien sûr par le Django de Corbucci et la présence de Franco Nero, héros de Django et présent dans le Tarantino en guest), Quentin Tarantino installe les atmosphères, voyage, multiplie les scènes de bavardage avec une maîtrise machiavélique, délivre ses traditionnelles éclaboussures de sang taillées pour le feu d’artifice au double bouquet final et bien sûr, s’appuie sur le génie d’une bande originale encore savamment orchestrée, où se croisent sans accrochage Ennio Morricone, John Legend, James Brown ou encore Luis Bacalov. Masterpiece, and the M is silent.

Extrait du film Django Unchained (2013)
Extrait du film Django Unchained (2013)

Dans cet art tarantinesque mécaniquement mis en place, Quentin Tarantino livre un film sur l’esclavagisme, la ségrégation raciale et narre avec son style une forme de libération hommagieuse. Sans vouloir dépeindre un ouest américain à la violence surannée, Quentin Tarantino et son scénario naviguent constamment entre deux eaux, celle de la comédie sans faille, et celle de l’horreur pure où le suggestif rejoint un sang omniprésent. Et comme dans un Tarantino qui se respecte, le scénario réserve son lot de répliques savoureuses, que ce soit dans des séquences spécialement écrites pour le génie d’un Christoph Waltz au sommet de son art, ou pour un Jamie Foxx livrant assurément le plus grand rôle de sa carrière au moment où il lâche un somptueux « I like the way you die boy », symbole d’une vengeance réussie. Derrière ses dialogues parfaitement ciselés où le théâtral trouve même son compte, Django Unchained joue des timings et de ses longueurs, pousse ses personnages dans leurs retranchements tout en sublimant leurs caractères. Le résultat est sans équivoque : sans jamais tomber dans le grand guignol, Django Unchained réécrit la figure du chasseur de primes, sublime celle de l’esclave libéré par une quête initiatique, nous promène au travers de grands espaces et multiplie les incartades délicieusement naïves et pourtant si appréciables (le Ku Klux Klan en est le meilleur exemple).

Extrait du film Django Unchained (2013)
Extrait du film Django Unchained (2013)

Derrière sa caméra, sans grand génie, Tarantino s’évertue à sublimer les rencontres savoureuses entre grands acteurs. Christoph Waltz, jouissif en dentiste chasseur de primes, Jamie Foxx, touchant dans la peau de ce noir esclave en pleine émancipation et du côté des bad guys, l’étonnant Leonardo DiCaprio dans le costume d’un puissant propriétaire terrien, renforcé par son bras droit maître de maison que joue le fidèle Samuel L. Jackson. Au milieu, un objet de désir, au sens propre comme au figuré, en la personne de Kerry Washington. Un rôle qu’on aurait à tort de décrire comme mineur, tant Tarantino cherche à en faire le symbole d’une liberté acquise. Comme souvent chez le cinéaste américain, la femme tient un rôle central, souvent décrié tant les critiques qui lui sont faites stigmatisent un sexisme sous-jacent de la part du réalisateur. Pour Django Unchained, force est de constater que cette exubérance masculine est amoindrie par l’image de la femme, qui derrière l’objet de désir et de conquête qu’elle représente, est surtout le symbole d’une liberté. Après 2H45 de vengeances et de conquêtes, Django Unchained tire sa révérence, fait fumer le canon une dernière fois dans une ultime et longue scène qui, seul véritable défaut de ce long-métrage presque trop parfait, lorgne vers la cool-attitude où tout est permis, au point de voir Tarantino jouer le twist à tiroir et ternir, d’un poil, un si beau travail.

 

Extrait du film Django Unchained (2013)
Extrait du film Django Unchained (2013)

Jouissif, savamment orchestré, Django Unchained est un pur Tarantino qui cherche dans son âme la plus profonde, à livrer l’une des plus belles histoires de vengeance derrière la quêté d’une liberté. En s’appropriant le polémique sujet de l’esclavagisme, Quentin Tarantino livre un western aussi violent que libérateur. Sans verser dans la redite, le cinéaste marginal signe un film familier, reprenant le même schéma narratif qu’Inglourious Basterds et réécrit une phase de l’Histoire avec un style propre bourré de références.