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Critique : Effets secondaires, de Steven Soderbergh

Steven Soderbergh live son pénultième long-métrage avec un Effets Secondaires aussi élégant que complexe.

Jon Banks est un psychiatre ambitieux. Quand une jeune femme, Emilie, le consulte pour dépression, il lui prescrit un nouveau médicament. Lorsque la police trouve Emilie couverte de sang, un couteau à la main, le cadavre de son mari à ses pieds, sans aucun souvenir de ce qui s’est passé, la réputation du docteur Banks est compromise…

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Après avoir été le producteur de documentaire choc (Une vérité qui dérange), ou scénariste de blockbuster célébré (La vengeance dans la peau), Scott Z. Burns a rapidement acquis ses lettres de noblesse en se faisant le bras droit et second cerveau de Steven Soderbergh. The Informant et Contagion, des films complexes, incroyables, construits et engagés, participeront à la reconnaissance de son travail. Pour Effets Secondaires, film auquel il pense depuis de nombreuses années et une expérience dans le monde de la psychiatrie, il se voyait même réalisateur. Avant de voir que finalement, c’est bien la plume qui l’intéressait plus que tout. Il laisse à l’omniprésent mais bientôt retraité Steven Soderbergh, le soin d’y apporter sa touche de metteur en scène, tout en strates et en découvertes, avec de beaux relents de thriller hitchcockien.

Après les virus de Contagion et la gestion politique d’un cataclysme, c’est l’industrie pharmaceutique qui est dans le viseur de Soderbergh, et toujours cette volonté de montrer que petit détail deviendra grand et impliquera plus que ce à quoi nous aurions pu penser. Au milieu d’un fait divers à priori anodin, le cinéaste et son scénariste surligne un propos rare et loin d’être inintelligible : qui sont ces médicaments, d’où viennent-ils, pourquoi on parle plus d’industrie que de santé, et pour quelles conséquences. Autant de questions auxquelles s’efforcent de répondre les deux hommes dans ce film, d’abord thriller dans une première partie, qui bascule finement dans le film à procès pour une seconde partie trépidante mais inégale.

Puis il y a cette inébranlable direction d’acteurs, l’expérience du prolifique Soderbergh pour tirer le meilleur d’acteurs qu’il connaît bien, en particulier Jude Law, le british chic qui prouve une nouvelle fois qu’il s’y connaît bien mieux en jeu qu’en mode. C’est dire le niveau. Opportuniste, Soderbergh s’offre également Rooney Mara (Millenium), laquelle s’évertue à sublimer une fois de plus son côté obscure (au risque que cela lui colle à la peau) au service d’une intrigue. A l’instar du choral Contagion, Soderbergh a aussi compris avec le temps que les seconds rôles étaient tout aussi importants que les premiers, ce qu’il illustre une nouvelle fois avec les performances solides de Channing Tatum et de la revenante Catherine Zeta-Jones, laquelle prouve à qui voulait bien en effleurer du doigt l’affirmation, qu’elle n’a rien perdu de sa superbe.

Profondément noir et complexe, Effets Secondaires donne dans le jeu de rôle, entre manipulation et séduction, en agissant comme tel sur ses personnages comme sur ses spectateurs. Et quel plaisir de voir Steven Soderbergh, face au départ, renouer avec l’un de ses plus grands films, Erin Brockovich, et signer un film d’enquête, drame hautement social, contenant la critique d’une société dont on ne saisit pas toujours les tenants et aboutissants. Tout aussi sensuel que passionnant – notamment dans une première partie bluffante – Effets Secondaires verse dans le jeu de regard tout en alimentant une narration qui se complexifie et se tord dans tous les sens en laissant un spectateur qui demeure coi lorsque le final alambiqué fait tomber le rideau. On a comme l’impression d’avoir fait face à une démonstration, sans pour autant s’en être convaincu, à l’image d’un final flirtant avec l’ubuesque, pourvu que la morale en prenne un coup.