Critiques de films, Drame, Science-fiction

Critique : Eva, de Kike Maillo

L’Espagne et son cinéma de genre, c’est désormais une grande et belle histoire. A l’intérieur, on devrait y trouver un sublime paragraphe nommé Eva, premier long métrage de Kike Maillo, un film d’anticipation touchant qui n’a rien à envier à son mentor, A.I. réalisé par un certain Steven Spielberg.

 

 

Affiche du film Eva, de Kike Maillo
Affiche du film Eva, de Kike Maillo

 

 

2041. Alex, un ingénieur de renom, est rappelé par la Faculté de Robotique, après dix ans d’absence, pour créer le premier robot libre : un enfant androïde. Il retrouve alors Lana, son amour de jeunesse, et son frère David, qui ont refait leur vie ensemble. Et il va surtout faire la connaissance d’Eva, sa nièce, une petite fille étonnante et charismatique. Entre Eva et Alex se dessine une relation particulière, et ce dernier décide alors, contre l’avis de sa mère Lana, de prendre Eva pour modèle de son futur androïde…

 

 

L’enfant dans le cinéma de genre ibérique, c’est la pierre angulaire, une nécessité. De Del Toro à Balaguero en passant par Collet-Serra ou Bayona, sans oublier De La Iglesia. Chez ses réalisateurs, on y trouve notamment l’art de diriger à la perfection un enfant, et de sublimer son personnage. Un art que possède visiblement Kike Maillo lorsqu’il choisit Claudia Vega parmi 3 000 candidates pour le rôle d’Eva. Dans ce premier long métrage, le réalisateur la place sur un piédestal, la balade dans l’intrigue faisant naître une émotion toute naturelle. La jeune actrice brille du début à la fin, assure son rôle avec un charisme qui en dérouterait plus d’un. Un rôle fort dans un film bouleversant. Pourtant, Eva n’éclipse par les autres personnages. Elle est encore une fois le nerf d’une machine qui tourne bien et dont l’efficacité est quasi irréprochable. Il faut bien avouer que la jeune demoiselle n’a pas évolué aux côtés de n’importe qui, puis que le casting est composé par la crème du cinéma de genre espagnol. Elle forme ainsi un duo fusionnel avec Daniel Brühl, ce talentueux ingénieur, sentimentalement instable. Brühl y incarne Alex, un personnage fonciérement attachant. Il n’a d’ailleurs pas eu à forcer sur son talent tant il apparaît crédible et sincère sur toute la longueur du film avec un naturel sidérant. Son personnage, Alex, revient ici sur les terres de son enfance et doit croiser de nouveau le regard d’un amour de jeunesse, Lana (la séduisante Maria Etura) qui est désormais en couple avec son frère, David (Albert Amman) avec qui elle a une fille… Eva, une jeune fille vive et ingénue qui intéresse Alex souhaitant travailler avec elle pour son nouveau robot, un enfant androïde..

 

Extrait du film Eva (2012)
Extrait du film Eva (2012)

 

 

Par ses soucis de naturel et ses thématiques abordées, Eva pourrait se rapprocher sans aucun doute d’A.I. Comme ce chef-d’œuvre de Steven Spielberg, Eva joue principalement sur les relations entre la jeune fille et son parent, ce qui ici donne naissance à la complexe relation mère-fille. Le film se double également d’un regard sur le passé, l’évolution humaine, et plus intimement sur la relation sentimentale entre deux êtres humains. Ne souffrant d’aucune longueur tout en étant loin d’être imperméable, Eva ne dérange guère par son propos (la volonté de créer un enfant robotisé pouvant éprouver les mêmes sentiments qu’un humain). Il touche, bouleverse, en appelle sans esbroufe à notre sensibilité, justement, d’humain. Jamais Eva ne se trompe dans ce qu’il doit montrer, jamais il ne s’égare non plus dans les non-dits. Preuve de cette sorte de perfection : alors que l’intrigue semble s’entortiller et tourner en rond, Kike Maillo projette son film dans la surprise, répondant au passage à une logique narrative. Derrière son côté sensible et attachant, Eva était alors retombé sur ses pieds de la manière la plus habile possible. Si le film manque peut-être de moments plus accrochés et semble assez édulcoré parfois, c’est pour mieux toucher le spectateur. Le dramatique éclipse alors habilement la SF. L’exemple des robots est assez frappant : ils sont ici secondaires, la caméra ne se centre pas sur eux, et va presque jusqu’à les humaniser (à l’image du chat d’Alex). Mais si le côté SF ne saute aux yeux aussi clairement, c’est parce que Kike Maillo à souhaité tourner son film dans une époque presque actuelle, avec des décors et looks très seventies-eighties. A ce niveau-là, l’esthétique old school et en même temps joliment moderne (la création du cerveau de robot, très sensorielle) reste d’une sobriété plus attachante que le grand spectacle d’un A.I.

 

L’avis : Petit bijou de sobriété et d’émotion, Eva touche par son histoire humaine coincée entre les teintes SF et le drame réaliste. Un immanquable qui démontre une nouvelle fois la bonne santé d’un cinéma espagnol inspiré.