Critiques de films, Drame

Critique : Extrêmement fort et incroyablement près, de Stephen Daldry

Pour son quatrième long métrage, Extrêmement fort et incroyablement près et près de 12 ans après Billy Elliot, Stephen Daldry raconte la quête initiatique d’un enfant dont le père est décédé un an plus tôt dans les tours jumelles, un certain 11 septembre.

 

Affiche du film Extrêmement fort et incroyablement près, de Stephen Daldry
Affiche du film Extrêmement fort et incroyablement près, de Stephen Daldry

 

 

 

Oskar Schell, 11 ans, est un jeune New-Yorkais à l’imagination débordante. Un an après la mort de son père dans les attentats du World Trade Center, le « jour le plus noir », selon l’adolescent, il découvre une clé dans les affaires du défunt. Déterminé à maintenir un lien avec l’homme qui lui a appris à surmonter ses plus grandes angoisses, il se met en tête de trouver la serrure qui correspond à la mystérieuse clé. Tandis qu’il sillonne la ville pour résoudre l’énigme, il croise toutes sortes d’individus qui, chacun à leur façon, sont des survivants. Chemin faisant, il découvre aussi des liens insoupçonnés avec son père qui lui manque terriblement et avec sa mère qui semble si loin de lui, mais aussi avec le monde déconcertant et périlleux qui l’entoure…

 

 


Tiré d’un roman éponyme signé Jonathan Safran Foer, Extrêmement fort et incroyablement près se penche pour la énième fois en près de 10 ans, sur le sujet du 11 septembre et de ses traumatismes. Mais la date historique n’est qu’un point de départ tragique. Le réel sujet est le deuil. Et si Daldry n’arrive pas à éclipser la force émotionnelle que dégage le 11 septembre, il s’efforce à coup d’effets de style, visuel ou narratif, de donner un autre propos à son film. Il s’essaye à la famille dysfonctionnelle – une mère qui peine à retrouver goût à la vie, un enfant enfermé dans ses angoisses –, tente également quelques excursions diverses et variées lorsque plusieurs personnages croisent le chemin d’Oskar Schell. Son film qui apparaît bien trop vaste et ample, n’arrive pas à dégager la formule magique qui fera d’Extrêmement fort et incroyablement près le petit bijou émotionnel et réaliste tant attendu. Car c’est comme cela qu’il est vendu. Avec également un casting fort alléchant autour d’un Tom Hanks en père presque parfait, Sandra Bullock en mère sensible, Max von Sydow homme muet et rencontre d’un jour dans lequel l’enfant (Thomas Horn) va pouvoir s’identifier et « remplacer » le père qui n’est plus, ou encore les présences de John Goodman ou Viola Davis. Bref, Extrêmement fort et incroyablement près avait de quoi convaincre, mais aussi faire peur.

 

Extrait du film Extrêmement fort et incroyablement près (2012)
Extrait du film Extrêmement fort et incroyablement près (2012)

 

 

 

D’un drame transformé en quête initiatique, Extrêmement fort et incroyablement près enchaîne les émotions dans un tourbillon souvent très lourd. De quelques mièvreries apparentes dès le départ, les ficelles émotionnelles sont bien trop grosses pour laisser se laisser prendre à la gorge. L’omniprésence de l’enfant à l’écran n’offre guère de possibilités scénaristiques, et on finit par en avoir assez de le voir, même si la performance du jeune acteur touche et arrive à convaincre dans son ensemble. Extrêmement mielleux et incroyablement inutile, ce film de Stephen Daldry déçoit sur plusieurs niveaux. Si le scénario est pourtant signé Eric Roth (Forrest Gump, Munich, l’Etrange histoire de Benjamin Button), l’histoire ne passionne pas pour autant. Trop facilement émouvant, doté de nombreuses longueurs qui gangrènent le récit, ce quatrième film de Daldry n’a absolument pas la même portée que ses prédécesseurs. Billy Elliot était une claque dans son genre, autant dans son propos (un jeune garçon qui découvre la danse et veut en faire sa passion, contre vents et marées) que dans la performance de Jamie Bell (dont la comparaison ici avec Thomas Horn pourrait se faire). The Hours était un film facilement émouvant, proposant des portraits de femmes au diapason du film. Enfin The Reader est un brillant long métrage, porté par le duo Kate Winslet / David Kross, qui mélange les émotions, de la tristesse à la colère, sur fond de devoir de mémoire. Adapté d’un roman à succès, qu’est alors Extrêmement fort et incroyablement près ? Pas grand-chose, si ce n’est un film dramatique tire-Kleenex au possible, trop niais pour être crédible sur la longueur, trop dense pour captiver et doté d’un final appuyé, romancé à souhait. Le livre de Safran Foer proposait au moins une forme originale, l’écriture, l’aspect pictural présent au fil des pages. Outre les mots, il y avait une matière physique. Tout ce qu’a n’a pas cet Extrêmement fort et incroyablement près. Le film pourrait faire mouche auprès de certains, grâce notamment à la composition musicale d’Alexandre Desplat (et encore !) ou bien sur certains scènes fortes, notamment lorsque le jeune Oskar fait écouter avec insistance les messages de son père, au moment où les tours sont touchés, au muet Max von Sydow. Ce dernier est d’ailleurs le seul véritable acteur à sortir du lot, et c’est peut-être parce qu’il ne parle pas et que son personnage fonctionne sur le principe du non-dit, qui apporte ici un tout autre regard, en rupture. Mais c’est presque chercher une aiguille dans une botte de foin… Ou comme trouver une serrure en plein New York.

 

Extrait du film Extrêmement fort et incroyablement près (2012)
Extrait du film Extrêmement fort et incroyablement près (2012)

 

 

 

L’avis : Film sur le deuil et la reconstruction, Extrêmement fort et incroyablement près ne propose qu’un enchaînement de scènes plus ou moins fortes, où les mièvreries ressortent avec également autant d’insistance et perspicacité naïve. Une déception venant d’un réalisateur amoureux de théâtre, qui nous avait habitués à bien mieux par le passé.