Catastrophe, Critiques de films, Drame, Romance

Critique : Flight, de Robert Zemeckis

Cinq ans après son dernier film, Robert Zemeckis nous revient avec Flight, pseudo drame-catastrophe à la morale vomitive.

Whip Whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière.

 

Denzel Washington est orphelin. Orphelin de feu Tony Scott, cinéaste du grand spectacle, seul véritable être capable de sublimer la figure héroïque de Denzel Washington, celle-là même qui permettait à l’acteur de se construire cette image si attachante que l’on a de lui. Douze ans après Seul au monde, Robert Zemeckis rejoue le film catastrophe menant son héros dans une quête initiatique qui aura pour but de le libérer, ou comment dresser à nouveau le portrait de l’éternel mythe du héros aux prises avec ses démons avec la subtilité d’un épisode d’Alerte à Malibu. Pour incarner ce héros en bord du gouffre, Denzel Washington, un maître incontesté dans le genre. Ce dernier joue un pilote que l’on dit chevronné. Tellement adroit le type, qu’il va sortir un Boeing d’un crash certain, alors qu’il était ivre et défoncé. Un modèle narcissique que Zemeckis va vite confronter à ses fantômes et à une dure réalité où l’homme va se découvrir. En quelques minutes, on est passé du film catastrophe dans ses codes les plus impressionnants (la première demi-heure est un bijou d’adrénaline), pour verser dans le drame le plus académique, faussement drôle (John Goodman est un rayon de soleil complètement hors-sujet suffisamment déroutant pour sortir le spectateur d’une émotion pataude). Voilà que ce grand spécialiste du tout spectacle (Retour vers le Futur ou Forrest Gump parlent pour lui) nous rejoue les poncifs d’un cinéma de catastrophe, avant de foncer tête baissée (mais avec audace) vers le film de procès larmoyant, et finir par un crash moraliste qui n’épargne personne.

Extrait du film Flight (2013)
Extrait du film Flight (2013)

25 minutes de folie pour 1h45 d’ennui ensuite, l’addition fait un peu chère payée. D’autant que Robert Zemeckis, dans cette narration dont le final semble couru d’avance, aurait pu se délester des deux dernières scènes, afin de rendre son Flight plus crédible. Car dans la réflexion d’un homme face à son passé, son addiction aux drogues et alcools, l’échec d’un mariage (et une relation père-fils inintéressante) et l’inévitable face-à-face avec la mort, Flight recèle d’idées intéressantes ou de propos enivrants. Mais l’ensemble ne prend jamais. En junkie débraillée jouant ses scènes avec un oignon à 20 centimètres des yeux, Kelly Reilly déçoit dans un personnage manquant cruellement de profondeur. Tout dans cette longueur informe et usante, est fait pour habiller le héros sans lui conférer l’once de subtilité qui pourrait rendre son acte de rédemption plus passionnant que sur le papier. Il y a bien cette interrogation reluisante, où le héros se demande s’il doit avouer pour mieux se faire pardonner, ou rester dans le déni et se murer dans un silence. Avec parcimonie, Denzel Washington touche sans tomber dans l’esbroufe. Expérimenté, l’acteur se sert de ce jeu si attachant (mais si récurrent chez lui) pour nous charmer, et glaner ainsi une nomination à l’Oscar toute méritée. Si bien que l’acteur américain de 58 ans semble être le seul intérêt de ce long-métrage, si on excepte l’impressionnante scène de crash. Vache maigre.

Rejouant le film de catastrophe dans ses codes les plus torturés, Robert Zemeckis signe un retour décevant. Pilotant un scénario terriblement prévisible, Flight n’échappe pas à la morale surannée et repose sur le jeu de son acteur principal omniprésent, Denzel Washington.