Critiques de films

Critique : Forces Spéciales, de Stéphane Rybojad

Premier véritable film français sur l’engagement en Afghanistan, Forces Spéciales opte pour l’hommage mielleux et le film de guerre héroïsé à l’américaine. D’une pauvreté affligeante !

 

Affiche du film Forces Spéciales, de Stéphane Rybojad
Affiche du film Forces Spéciales, de Stéphane Rybojad

 

Afghanistan. Elsa Casanova, grand reporter, est prise en otage par les talibans. Devant l’imminence de son exécution, une unité des Forces Spéciales est envoyée pour la libérer. Dans des paysages à la fois hostiles et magnifiques, une poursuite impitoyable s’engage alors entre ses ex-ravisseurs qui n’entendent pas laisser leur proie leur échapper et ce groupe de soldats qui, au péril de leur vie, n’ont qu’un objectif : la ramener vivante. Entre cette femme de caractère et ces hommes de devoir, contraints d’affronter ensemble les pires dangers, vont se nouer des liens affectifs, violents, intimes…

 

 

Les États-Unis n’ont pas attendu d’avoir un certain recul pour aborder l’engagement du pays au Proche-Orient. La France a été plus timide, d’autant que son engagement est bien plus mineur. C’est donc une fiction qui sera le premier véritable objet à sortir en salles. Filmer la guerre est une chose complexe. On peut très bien opter pour le film esthétique mais viscéral dans sa mise en scène et son action, ou alors utiliser des plans simples, avec une histoire presque trop facilement accessible à tous. C’est un  réalisateur de télé qui se lance dans l’aventure, en la personne de Stéphane Rybojad, apparemment poussé à la réalisation par Thierry Ardisson et Renaud Le Van Kim après que ces derniers aient vu un de ses courts. Avant d’en arriver à Forces Spéciales, il a fait ses dents sur les documentaires télévisés, notamment pour l’émission Envoyé spécial. Mais à la sortie du film et en connaissance de cause, on se demande comment un « spécialiste » du documentaire a pu en arriver à sortir un film aussi éloigné du documentaire ! Le propos y est naïvement installé, la faute à des dialogues servis sur un plateau. Le spectateur n’a pas besoin de réfléchir sur le conflit afghan et l’engagement de notre armée. C’est inutile et le film ne va non plus très loin : au-delà du simple « les journalistes cassent du sucre sur le dos des militaires, mais ne savent pas ce que les militaires endurent » et du réducteur « l’engagement c’est mal, et on a rien à y faire », le scénario ne donne aucune clé ni piste de réflexion. Tout est très plat, réduit à l’action.

 

Extrait du film Forces Spéciales (2011)
Extrait du film Forces Spéciales (2011)

 

Forces Spéciales fait donc la part belle à l’action et à l’humain, non sans ridicule. Comme dans Les Chemins de  la Liberté début 2011, les soldats et la journaliste fuient les terroristes afin de franchir la frontière et espérer survivre. Cette escapade épique sert les grandes valeurs humaines qui le film met en avant à toutes les sauces. La solidarité, l’amitié, l’amour même, sans oublier le courage, l’honneur, la fierté… tout y est offrir du larmoyant et du pathos. J’ai presque envie de dire que les acteurs ne sont pas forcément les fautifs. L’écriture du film est déjà bien ridicule, mais la technique et l’action l’est tout autant. Prenons l’exemple de ce courageux sniper nouvelle figure de l’armée française (Raphaël Personnaz dans ce rôle), discret, les yeux pétillants, et pour le moins courageux. Lors de sa dernière scène, on le voit en train de se faire courser par une bonne cinquantaine de barbus talibans, en dégomme la moitié avant de rendre l’âme, le tout dans du ralenti héroïsé, comme dans ces bons films de guerre à l’américaine où le héros américain tombe dans la surenchère de son personnage. Pourtant Personnaz n’y est pour rien. Acteur montant s’il en est, il se retrouve dans un rôle qui ne lui correspond pas tellement à première vue, mais finit par s’en sortir correctement au final. Le souci est que le réalisateur lui confère l’une des nombreuses scènes pathétiques du film, de quoi décrédibiliser toute une prestation discrète. Le constat est le même pour Benoît Magimel. Sauf que pour lui c’est impardonnable. Déjà vu dans un film de guerre du même registre (L’ennemi intime, sur la Guerre d’Algérie cette fois-ci), il incarne ici le soldat beau gosse, vache ambulante puisque chewing-gum oblige, qui pense déjà à draguer la journaliste enlevée. Les personnages sont donc caricaturaux au possible, que ce soit la journaliste défendant les bonnes causes (Diane Kruger), le soldat dont la femme est enceinte (Denis Menochet, solide comme un roc). Il nous reste le chef droit dans ses bottes, le toujours vibrant Djimon Hounsou (Gladiator, Blood Diamond), dont c’est la première prestation dans un film français.

 

Forces Spéciales est assurément raté. Si éventuellement le sujet vous tente, Le Piège Afghan sera diffusé à la télévision, et pour le coup, il cerne bien mieux les enjeux du conflit, à l’image de son titre, et sombre moins dans l’épique foireux.

 

L’avis : Malgré une belle distribution fort alléchante, le long métrage d’un novice question cinéma Stéphane Rybojad déçoit très fortement. Des propos sans relief dégoulinants de facilité, des personnages connus d’avances, une action héroïsée au possible, Forces Spéciales ne possèdent rien pour le sauver.

 

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