Animation, Comédie, Critiques de films, Drame, Fantastique

Critique : Frankenweenie, de Tim Burton

Tim Burton marque un nouveau film-somme avec Frankenweenie, film d’animation coincé entre son cinéma fantastique et les influences qui ont bercé son enfance.

 

Affiche du film Frankenweenie de Tim Burton
Affiche du film Frankenweenie de Tim Burton

 

Après la mort soudaine de Sparky, son chien adoré, le jeune Victor fait appel au pouvoir de la science afin de ramener à la vie celui qui était aussi son meilleur ami. Il lui apporte au passage quelques modifications de son cru… Victor va tenter de cacher la créature qu’il a fabriquée mais lorsque Sparky s’échappe, ses copains de classe, ses professeurs et la ville tout entière vont apprendre que vouloir mettre la vie en laisse peut avoir quelques monstrueuses conséquences…

 

 

Avec le temps, Tim Burton gagna son pari sur l’industrie hollywoodienne en signant des films singuliers, qui, petit à petit, devinrent des gros succès au box-office. Cinéaste libre, complexe, tiraillé par le passé et la mort, il est devenu une référence pour bon nombre de spectateurs qui ont appris à adopter le style Burton et tout ce que cela implique. Avec le temps, Burton gagna aussi en ennemis tout ce qu’il avait gagné en fans. Résultat, depuis sa version de La Planète des Singes, Burton est victime de ce que j’appellerai bien volontiers, de l’anti-burtonisme primaire, devenu légion avec le succès mondial d’Alice au Pays des Merveilles. Lassé de voir Burton agrémenter sa mayonnaise d’éléments ressassés pour livrer une sauce aussi à l’arrière-goût potassée, ils se sont mis en tête de critiquer l’un des maîtres de la noirceur fantastique, arguant la même rengaine : Burton ne se renouvelle pas, il fait toujours la même chose. Pire, c’est même devenu grand public. Il est vrai que Burton s’est éloigné de la folie transgénérationnelle de ses débuts, ne serait-ce que pour les glorifier. Avec Frankenweenie pour exemple, la boucle est bouclée. Avec un double nœud.

 

Extrait du film Frankenweenie (2012)
Extrait du film Frankenweenie (2012)

 

Issu d’un court métrage réalisé par Burton en 1984, Frankeenweenie est la version canine de Frankenstein, ce que le réalisateur s’évertue à faire comprendre aux plus jeunes, non sans naïveté. 2012, c’est vers ce nouveau public qu’il se tourne, comme pour transmettre un témoin. Le cinéaste s’auto-raconte en même temps qu’il essaie de porter son touchant court en long métrage, non sans difficulté et faute de rythme. Il y raconte l’histoire d’un jeune garçon qui deviendra le miroir de ses futurs personnages (solitaire, noir, passe-partout, intelligent) attristé par la mort de son chien, le non moins connu Sparky, avec qui il a tissé une puissante relation d’amitié. Jusqu’au jour où son professeur de science prouve à son auditoire que les muscles d’un animal mort répondent à l’électricité. Ou comment ramener un mort à la vie, le fantasme ultime de Burton, le même thème que ce dernier va exploiter tout au long de sa carrière, et notamment dans son dernier film, également sorti en 2012, Dark Shadows.

 

Tout comme Dark Shadows dans un tout autre style, Frankenweenie apparaît comme un film-somme, s’approchant au plus près de la personnalité du toujours fascinant Tim Burton. Entendez par-là un film qui regrouperait à la fois de tous les éléments inhérents au cinéma burtonien, ainsi que des références et hommages en tous genres. Tout comme son précédent long métrage, Frankenweenie est découpé en deux parties évidentes, une première plus réaliste et mystique, sorte de mise en situation où Burton enchaîne les références à son propre cinéma, et une seconde plus folle, s’approchant plus du grand guignol qu’autre chose.

 

Extrait du film Frankenweenie (2012)
Extrait du film Frankenweenie (2012)

 

Frankenweenie démarre par la projection d’un film amateur, où Bur… Victor montre à ses parents le résultat de sa dernière création fantastique où le rôle de sauveur est tenu par son chien. Néanmoins, Frankenweenie accuse d’une construction narrative prévisible et irrégulière. Ainsi, la première partie sera un copier-coller plutôt habile de son cinéma, où une intrigue pouvant ressembler à Edward aux mains d’argent se déroule dans une banlieue trop tranquille, l’un des fils conducteurs favoris du cinéaste. Manquant de rythme et d’enjeux, ce répétitif Frankenweenie esquisse alors une once de folie lorsque Victor et son chien mort-vivant attisent les jalousies de camarades de classe bien décidés à faire eux aussi ressusciter une certaine progéniture. L’occasion d’aligner de nouveaux hommages aux films de monstres qui ont tant bercé l’enfance du jeune Burton. Ainsi, à l’image du petit japonais intelligent, géniteur d’une tortue géante ressemblant à Godzilla, Burton va multiplier des références, allant de L’Etrange créature du Lac Noir aux Gremlins. Autant de bonnes idées qui font catalogue et où le spectateur prendrait ce qui lui plait. La foire d’empoigne. Le tout pour finir sur une version plus enfantine et accessible de Sleepy Hollow et la fameuse scène du moulin, vite expédiée dans le court métrage de 84. Limité le Burton ? Tellement qu’on aurait aimé que ce bon vieux Sparky lâche la bride pour de bon, laissant Victor à son deuil et Burton a ses rêves perdus lorgnant vers de nouvelles inspirations cinématographiques. Mais non.

 

Extrait du film Frankenweenie (2012)
Extrait du film Frankenweenie (2012)

 

 

Un peu à la manière de Roman Polanski dans un style radicalement différent, Tim Burton rejoue le même film. Parfois on y prend un certain plaisir, mais avec Frankenweenie, la vue du simple court métrage d’origine se suffisait à elle-même. Ce long métrage d’animation, dont le seul intérêt (bien marketé j’en conviens) réside dans une 3D en noir et blanc et la beauté du stop motion,  se destine à un nouveau public, plus jeune et moins connaisseur probablement. Les fans apprécieront assurément cet auto-hommage, mais espérons qu’ils attendaient autre chose de Burton qu’une réécriture qui vire au cirque où les numéros s’enchaineraient dans un scénario équilibriste fortement déjà-vu.