Critiques de films, Documentaire

Critique : Freakonomics, de Seth Gordon, Morgan Spurlock…

Tiré d’un best-seller américain, Freakonomics est transposé en un documentaire, réalisé en six segments pour six cinéastes, dont l’amateur de comédie Seth Gordon. Au final, un documentaire à la fois ludique et enrichissant, bien que très fourni en informations.

 

Affiche du film Freakonomics, de Seth Gordon, Morgan Spurlock...
Affiche du film Freakonomics, de Seth Gordon, Morgan Spurlock...

 

 

Le bakchich généralisé à l’école permet-il d’avoir de meilleures notes ? Le prénom choisi par vos parents forge-t-il votre destin ? Les lutteurs de sumo sont-ils véritablement au dessus de tous soupçons ?
Adaptation au cinéma du best-seller éponyme écrit par l’économiste hors norme Steven Levitt et le journaliste du New York Time Stephen Dubner, le film offre une approche inédite de l’économie, bousculant au passage les évidences et les idées reçues. Mêlant culture populaire, théories sérieuses et vérités statistiques, Freakonomics pose des questions en apparence saugrenues et met en évidence des liens de cause à effet totalement inattendus. Transformant l’économie en un divertissement accessible à tous, Freakonomics révèle la face cachée de toutes choses.

 


FREAKONOMICS Bande annonce du film par CINEFAC

 

La force de Freakonomics, c’est d’interpeller le spectateur avec des questions apparemment anodines, mais qui ont un lien directe avec le situation économique actuelle et le fonctionnement de cette entité. Avec humour et originalité, les réalisateurs comme Morgan Spurlock, Alex Gibney et Seth Gordon mettent en scène de manière ludique les lois de l’économie pour expliquer les comportements des individus en société. On est encore loin d’un Inside Job ou de Cleveland vs. Wall Street, deux documentaires très piquants et n’hésitant pas à aller aux devants de problèmes pour dénoncer une situation grave et des injustices. Freakonomics est à la base un livre qui se voulait justement différent dans le regard qu’il porte sur la société et l’économie. Le succès du livre a été immédiat, puisque nos deux auteurs (un journaliste et un économiste) s’étaient employés à justement offrir un regard décalé et pertinent, pour nous parler d’économie d’une autre façon. Sauf que le livre est une mine d’or en chiffres et en vérités, plus ou moins plausibles. Sa version documentaire, Freakonomics invite au débat, donne des pistes, se hâte sur quelques conclusions un peu bringuebalantes –comme sur la question intéressante sur le nom que nous donnons à nos enfants et qui peuvent influencer leurs avenirs. C’est donc certes plus accessible, un peu plus ludique –donne aux chiffres un aspect un peu plus sexy, chose qu’avait déjà tenté quelques docu-fictions par le passé- mais cela reste encore très fourni et parfois brouillon.

 

Extrait de Freakonomics (2012)
Extrait de Freakonomics (2012)

 

Une des particularités de ce documentaire, c’est de permettre à six réalisateurs de choisir chacun un segment du livre, et de le réaliser selon sa propre vision. Par exemple Alex Gibney qui choisit d’évoquer la culture sumotori au Japon et la corruption qui la gangrène, tout en restant assez indépendant vis-à-vis du livre. Puis on a Eugene Jarecki, qui est plus proche du livre. Parmi ces réalisateurs, on retrouve un spécialiste de la comédie, Seth Gordon (Comment tuer son boss, Tout… sauf en famille), qui a voulu adapter ce livre pour la fraîcheur et la nouveauté qu’il dégageait. De passage à Paris, il m’avait expliqué tout la complexe organisation pour monter Freakonomics, sans oublier le côté excitant que cela avait procuré, parce qu’il n’avait aucune idée de l’allure que ce documentaire allait prendre. Il avait raison dans l’ensemble : effectivement Freakonomics part un peu dans tous les sens, chapitre un documentaire qui n’aurait presque pas de sens et apparaitrait encore plus comme un patchwork, et fourni beaucoup d’infos sans forcément les mettre en relief d’une façon pertinente. Un film de qualités inégales en quelques sortes, assez sympathique à suivre, qui pose quelques intéressantes, mais qui ne lance pas un réel débat de fond.

 

L’avis : Freakonomics passe du best-seller au documentaire, porté par six réalisateurs et six visions d’une économie incontrôlable. Le côté délirant et frais du livre est respecté, mais le documentaire n’apparaît aussi abouti que son homologue.