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Critique : Gangs of Wasseypur – Part I, d’Anurag Kashyap

Souvent réduit au cinéma Bollywood, l’Inde révèle son nouveau cinéma commercial, plus noir et référencé. La grosse production Gangs of Wasseypur en est un exemple.

 

Affiche du film Gangs of Wasseypur - Part I, d'Anurag Kashyap
Affiche du film Gangs of Wasseypur – Part I, d’Anurag Kashyap

 

Wasseypur, Inde. La ville voit s’affronter trois générations de gangsters, héritiers de deux clans. Celui de Shahid Khan, qui le premier se lança dans le pillage de trains britanniques, contre celui de Ramadhir Singh, au pouvoir sans partage sur la région. Devenu paria, Shahid Khan est contraint de travailler dans la mine de son pire ennemi.
Sardar Khan, fils de Shahid et coureur de jupon invétéré, a juré de rétablir l’honneur de son père en devenant l’homme le plus redouté de Wasseypur.

 

Film-fleuve d’une durée de 5h20, Gangs of Wasseypur est une sorte de saga épique décrivant la rivalité de deux gangs dans une ville de province, de 1941 à 2009. La première partie, qui avoisine les 2h40 de pellicule, vient de sortir en salles. Anurag Kashyap, nouveau réalisateur visionnaire, est à la tête de cette super production de 45 millions de dollars – fait rare pour un tel film où aucun acteur n’est une star. Il signe un film ample coincé entre le Bollywood de son enfance – amour, trahison et musique – et le cinéma noir – polar, vengeance, meurtre – qui a fait de ce réalisateur un contrefort de la nouvelle vague indienne. En 2003, le metteur en scène se faisait connaître des cercles cinéphiles underground avec Paanch, un film violent et noir encore censuré en Inde. Black Friday (sur les attentats de Bombay en 1993) et Bombay Velvet (un film noir jazzy au milieu des années 60) sont les autres exemples de ce cinéaste ancré dans les références culturelles, déterminé à populariser un cinéma subtil et révolutionnaire. Pas étonnant de le voir à la tête d’un film qui se voudrait ancré dans un cinéma parallèle au Bollywood, tout en restant mainstream.

 

Extrait du film Gangs of Wasseypur - Part I (2012)
Extrait du film Gangs of Wasseypur – Part I (2012)

 

Je vantais il y a peu le renouveau du cinéma indien avec l’audacieux et engagé I Am, qui n’a pu connaître les affres d’une sortie cinéma en France. Gangs of Wasseypur fait partie de cette nouvelle génération de films urbains qui n’a peur ni des codes qui régissaient soi-disant le cinéma indien, contraint de l’extérieur à être vu comme la terre du Bollywood, ni de s’ouvrir à un cinéma plus engagé et noir. Gangs of Wasseypur puise autant ses références dans le polar noir que dans le western spaghetti. Anurag Kashyap, qui s’est fait porte-drapeau d’un cinéma novateur, assume clairement sa position : « Avec le boom d’internet, l’émergence d’une classe moyenne et l’essor d’une jeunesse urbaine, les goûts ont changé ». Ce qui explique alors pourquoi la première partie de son film Gangs of Wasseypur est un savant mélange d’influences, à la fois bollywoodiennes (les personnages du film sont entièrement berçés par le Bollywood, tout comme le réalisateur) et étrangères. Doté d’un humour piquant, Gangs of Wasseypur veut en même temps plonger son action dans une certaine violence et son intrigue dans une noirceur sociale quasi critique envers la société dans laquelle il évolue (corruption, conséquence de l’après-colonialisme…). Allié au Bollywood, Gangs of Wasseypur fait difficilement le lien entre chaque inspiration et volonté, quitte à ce que le spectateur soit dérouté au point de ne plus y voir très clair. Il ne faudrait rien lâcher de ce récit épique sous peine d’en perdre les enjeux. Passer pourtant de la comédie musicale au polar puis à la comédie satirique et au drame familial n’est pas chose aisée. Son Gangs of Wasseypur est une sorte d’ouverture, un laboratoire qui captive par son originalité et sa volonté de rassembler des genres quasi antonymes. Un long-métrage ample au style visuel léché signé par un pilier de la nouvelle vague du cinéma indien, plus noir, moderne bien qu’ancré dans les traditions cinématographiques du Bollywood hindi.

 

 

L’avis : Réalisé par un avant-gardiste pilier de la nouvelle vague indienne, Gangs of Wasseypur est un film-fleuve commercial, coincé entre la volonté d’un cinéma noir et violent instigué par Anurag Kashyap et les influences évidentes d’un Bollywood trop présent dans la culture populaire pour être omis. Gangs of Wasseypur assume ces genres qui s’entrelacent avec humour et style visuel indéniable. Malheureusement, le spectateur devra attendre l’automne pour apprécier la seconde partie, au risque de perdre toute la saveur entamée par la première.